‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 31 sur 54 · UN MOT · texte numérisé non relu

UN MOT

Un fait qui est saillant dans l'action providentielle, c'est qu'elle semble avoir opposé partout le bien au mal^ de telle sorte quenotre libertépeuttoujours, lorsqu'elle s'en soucie, éviter ce dernier , aussi bien dans l'ordre physique que dans Tordre moral : l'ivraie pousse au milieu du froment ; le précieux tubercule de Parmentier à côté delà jusquiame et de la pomme épineuse ; le mancenillier croît volontiers sur les bords delà mer, dont l'eau purgative peut être considérée jusqu'à un certain point comme son antidote; de même , depuis l'origine des temps , le matérialisme et le spiritualisme sont en présence , toujours prêts à en venir aux mains, et se corrigeant l'un par l'autre.

Ce fut peut-être en vertu de cette loi providentielle que le fameux athée de Lamettrie, dont j'ai parlé dans ce livre, vint au monde sur la terre plantureuse de l'Armorique, à côté du philosophe qui devait être son correctif, de Moreau de Maupertuis, lequel, bien qu'il ne fut ni bigot ni fanatique , et qu'il eût été agréé par Frédéric-le-Grand conmie président de la fameuse Académie de Berlin , ne cessa jamais de professer des sentiments trés-orthodoxes sur la providence de Dieu.

Maupertuis a en effet établi et surabondamment prouvé dans ses écrits, assez rares et assez peu connus des savants modernes, qui se souviennent plus volontiers de ceux de Limettrie , qu'ils sont en toute occasion heureux de citer, (( que tout dans l'univers fait sentir sa dépendance et le besoin où il est de la présence de son Auteur ; que c'est Lui seul qui le meut en entretenant et renouvelant sans cesse les forces par lesquelles ce mouvement se produit; que ces forces sont toujours disposées avec la plus grande économie et la plus grande prévoyance. »

SUR LA PROVmENCE. 311

Ce dernier fait, ou plutôt cette dernière circonstance, est aux yeux du célèbre mathématicien — car Maupertuis n'était pas un poète, mais un homme des plus positifs — la plus grande preuve qu'il puisse donner de la sagesse infinie de Dieu. Mais j'ose dire que s'il avait été médecin, et que par suite il eût été appelé à s'occuper du petit univers, c'est-à-dire de l'organisme humain, il en aurait sans doute trouvé de plus concluantes encore, car c'est surtout dans les corps vivants qu'éclatent les merveilles de l'éternel Auteur de toutes choses.

Dans son Essai de cosmologie, qui est loin d'être aussi célèbre, aussi savant que celui de Humboldt, mais qui lui est au moins très-supérieur sous le rapport des sentiments religieux dont il est imbu, Maupertuis présente Dieu comme un être essentiellement moteur et bon, qui a fondé les lois du mouvement et du repos des corps sur le principe de l'harmonie et du mieux (ce sont là ses propres expressions), et qui après avoir formé ces corps leur a ajouté certaines forces émanant de lui-même.

Maupertuis professait donc, comme l'école spiritualiste la professa dans tous les temps, et comme je la professe moi-même avec conviction, l'inertie de la matière. Il ne croyait pas que les forces qui la mettaient en action lui fussent inhérentes; aussi s'écrie-t-il en terminant son Essai

cosmologique :

a Ouvrons les yeux, parcourons l'univers et livronsnous hardiment à toute l'admiration que ce spectacle nous cause; tout est lié dans la nature : le monde tient au fil de l'araignée, comme à cette force qui pousse ou qui tire les planètes vers le soleil ; mais ce n'est pas dans le fil de l'araignée qu'il faut chercher les preuves de la sagesse de

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