‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 34 sur 54 · CHAPITRE XVll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVll

Du milieu atmosphérique, du san(^,de la sève; induction» philosophique» qu'on doit tirer du mystère de leur composition et des usages qu'ils remplissent dans l'univers, chez les animaux et les végétaux.

Marseille, octobre 1867.

Si la puissance infinie et la sublime intelligence du Créateur éclatent de toutes parts dans la nature, et si les cieux et la terre chantent sa gloire, il est permis aux savants, aux philosophes, aux médecins, de soutenir que son plus grand miracle a été, sans contredit, la formation du milieu universel, du sang et de la sève, véritables chefsd'œuvre, expressions les plus élevées de la divine mixtion psycho-matérielle .

L'air atmosphérique, point de départ et aboutissant de toutes les formations organiques, agent de génération, de conservation et de destruction à la fois, est, on le sait, un mélange composé sur cent parties, de 20,81 d'oxygène, de 79,19 d'azoteen volume, ou de23,0i5 d'oxygène, de 76,990 d'azote en poids, de 3 à 6 dix-millièmes d'acide carbonique, d'une quantité variable de vapeur d'eau, enfin de quelques atomes appréciables d'ammoniaque , d'iode, d'hydrogène carboné . etc. ; mais les résultats de celte analyse de l'air, invariables sous toutes les latitudes, dans tous les lieux et dans quelque condition que puisse se

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trouver ce fluide, me paraissent prouver avant toute chose que sa véritable constitution ne nous est pas connue ; qu'il doit renfermer une foule de principes, d'éléments divers impossibles à saisir ; que son essence en particulier échappe d'une manière absolue aux investigations des chimistes. Evidemment, l'air atmosphérique ou le miUeu ambiant est à tous les règnes de la nature , à l'univers enfin, ce que le sang et la sève, qui en tirent d'aiUeurs leurs éléments, sont aux animaux et aux végétaux. Quant à moi , je suis intimement convaincu et je professe depuis longtemps que c'est dans l'atmosphère que les substances matérielle et spirituelle primordiales ont été combinées, amalgamées par le sublime Artisan , pour les besoins de la vie universeUe, et que, de tous les mystères qui nous entourent, celui-là est sans contredit le plus ineffable et le plus admirablement providentiel.

Cause première et immédiate de l'étrange dualité psycho-matérieUe de tous les êtres de l'univers, depuis le simple caillou jusqu'au végétal et à l'animal, le milieu ambiant doit être le point de départ de toute étude philosophique ou scientifique: mais, je me hâte de le dire, bien que les animaux,, comme tous les autres corps de la nature, tirent de ce milieu leurs éléments organiques et vitaux , et participent ainsi à la dualité universelle , on tomberait, à mon avis, dans une grande erreur , si on envisageait chez eux cette dualité comme on la considère chez les végétaux. Lorsqu'on enseigne que les animaux sont doubles, on veut dire qu'il y a en eux deux éléments distincts : 1° le principe vital et les forces qui en dérivent, amalgamé, mixtionné dans la matière organique : 2" l'âme oul'inteUigence, plus ou moins parfaite, que Dieu a empri-

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sonnée dans leur organisme pour des fins providentielles, qui n'a rien de commun avec le principe vital des végétaux. L'honmie, par exemple, qui est doué d'une âme supérieure raisonnable, sent parfaitement, je crois l'avoir déjà dit d'ailleurs, constate dans mille circonstances que son esprit ne perd jamais son individualité propre, qu'il est toujours libre, indépendant de son corps, excepté dans les cas de maladie cérébrale, si bien que même pendant le sommeil naturel ou provoqué, alors que tout sentiment est aboli en lui et que sa vie de relation a cessé, il continue à avoir la perception de son moi et à éprouver des sensations qui en émanent directement, sans qu'il puisse se les expliquer par les souvenirs et les habitudes résultant de la vie journalière.

Quelques jours après la triple exécution capitale qui eut lieu à Marseille en janvier dernier, une personne qui avait eu la triste curiosité d'assister à ce lamentable spectacle, et dont l'imagination méridionale avait été fortement impressionnée , rêva que, condamnée à mort, elle subissait le supplice des assassins. En me rendant compte avec une émotion évidente des sensations qu'elle avait éprouvées pendant ce songe effrayant, je dus, en ma qualité de médecin et de physiologiste, en remarquer quelques-unes que je n'aurais pu, au point de vue scientifique, taxer d'absurdité. Pourtant, ces sensations à caractères si spéciaux avaient une origine tout interne, et ne pouvaient en aucune manière, on en conviendra, être le fait de la mémoire et de r habitude

Quoi qu'il en soit, et pour revenir à la question qui m'a ramené sur cette matière, à laquelle j'ai déjà touché dans plusieurs parties de ce livre, la simple réflexion nous in-

duit à admettre que, de même que la sève et le sang possèdent en eux les éléments vitaux de reproduction, de conservation, dénutrition, etc., des êtres organisés, et tiennent sous leur dépendance tous les phénomènes de la vie animaleetdela vie végétale, de même l'air atmosphérique, dont l'influence est universelle, contient en lui, on ne peut en douter, les éléments constitutifs de tous les corps de la nature, sans qu'on puisse en acquérir la preuve chimique. Oui, je le répète, je le proclame de nouveau, avec une foi profonde : de tous les ouvrages de Dieu, de tous les miracles qu'il a opérés par le moyen des forces naturelles soumises à sa volonté et réglementées par lui, le plus grand, à mes yeux, est la formation de l'air d'une part, et de l'autre celle des fluides sanguin et se veux; il y a dans cette œuvre de quoi dérouter jusqu'à la fin des siècles le ban et l'arrièreban des physiciens, des chimistes, des micrographes, en un mot toute la cohorte des savants qui n'admettent comme possible que ce qu'ils voient, touchent ou analysent.

Hippocrate, que je cite volontiers partout quand je le peux, parce que je m'honore particulièrement d'être son disciple, Hippocrate, qui avait pressenti, deviné tant de vérités importantes, quoique ses ressources scientifiques fussent si bornées, avait compris instinctivement le rôle que joue dans la création et en particulier sur les êtres organisés le milieu atmosphérique, a L'homme, dit-il (De flatibus) , se nourrit à la fois de trois choses : des aliments, de la boisson et du soufjle ou esprit; il mange, il boit, il respire ; on nomme vent ou esprit, ajoute-il, le souffle qui est dans le corps ; en dehors, on le nomme air ; c'est l'air qui dans notre intérieur produit les plus grands phénomè-

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