‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 35 sur 54 · DE I. ATMOSPHERE · texte numérisé non relu

DE I. ATMOSPHERE

nés, et son pouvoir mérite toute notre attention ; il existe entre lui et Thomme ou les animaux un commerce perpétuel ; leur corps est perméable du dedans au dehors, et du dehors au dedans. »

Sans doute, si le Vieillard de Gos avait eu à traiter de l'action de l'air sur la matière inorganique, il aurait admis, comme je l'admets moi-même, que cette matière est en commerce perpétuel avec l'air et que les phénomènes qu'il suscite en elle sont, toutes choses égales, aussi merveilleux que ceux qu'il détermine dans les corps organisés. Je le répète, ce grand médecin, qui vivait à une époque où les sciences physiques étaient dans leur première enfance, était doué d'une instruction prodigieuse ; mais les hommes de génie tels que lui, tels que Galilée, Newton, Christophe Colomb, devinent toujours les choses: ils ont rintuition de toutes les vérités méconnues; nous devons les regarder comme le trait d'union qui rattache l'intelligence humaine à celle qui dirige et règle tout dans l'univers. On a dit quelquefois qu'en fait de grandes découvertes, le hasard était plus puissant que le génie humain ; mais en soutenant cette énormité on a oubhé tout simplement qu'eu dehors de ce génie il y a encore Taction providentielle, dont il faut savoir tenir compte, parce que l'histoire de la société humaine en démontre surabondamment l'existence.

En résumé, il faut regarder le milieu ambiant conmie la matrice miraculeuse incompréhensible de tous les corps de l'univers; de quelque règne qu'ils relèvent, ils ne naissent, ne subsistent, ne s'accroissent, ne se conservent et ne se reproduisent que par lui, et c'est encore par lui qu'ils se décomposent lorsque leur durée propre, fixée par le

Créateur, est arrivée à son terme. Ces principes une fois posés, jetons un coup d'œil rapide sur les fonctions de l'organe sang, que Bordeu avait appelé la chair coulante et Hunter le fluide mystérieux ; après avoir lu le peu que j'en vais dire, on fera bien, je crois, de se demander si les gens de l'art, qui s'efTorccnt en vain depuis tant de siècles de pénétrer, de résoudre le problème vital du sang, peuvent faire honneur de la composition de ce fluide au hasard. Quant à la sève, qui joue le même rôle chez les végétaux, je ne m'en occuperai pas, afin d'éviter une superfétation, me bornant à renvoyer mes lecteurs à nos meilleurs et plus récents ouvrages de physiologie végétale.

Il m'a toujours semblé que ce doit être par le sang que s'effectue, chez les animaux, la combinaison des esse^ices matérielles avec le principe vital intermédiaire à l'âme et au corps , et que Moïse, qui fut sans contredit un grand médecin hygiéniste, est dans le vrai lorsqu'il déclare dans un de ses livres, en défendant l'usage du sang comme nourriture, que l'esprit, la vie de toute chair est dans le sang : (( Anima omnis carnis in sanguine esty) . Cette idée, dont les conséquences physiologiques et pathologiques sont importantes, et qu'il ne faut pas critiquer ou condamner tout d'abord comme une vieillerie, puisque la science moderne en voit à chaque pas la justification, était aussi en faveur chez les Grecs, chez les Romains, et Virgile nous dit, par exemple, à l'occasion de la mort de Rhétus : aPurpuream- vomit

nie animamy>.

Puisque j'ai nommé Moïse, et que je lui ai donné la qualification de médecin hygiéniste, qu'il me soit perjnis de faire remarquer, en passant, que quiconque voudra se donner la peine, mettant de côté toute prévention , de méditer

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attentivement seslivre&^^^n particulier le Lévitique, reconnaîtra comme moi que ses connaissances médicales devaient être aussi étendues que le permettait son époque. Personne n'ignore d'ailleurs que les princes et les grands de rÉgypte se faisaient tous initier à l'art de guérir, qui était alors un attribut du sacerdoce , et que la médecine faisait partie de leur éducation. Or, le fondateur de la Loi hébraïque ayant été élevé à la cour d'un Pharaon, avait dû y puiser une brillante instruction. Telle est du reste l'opinion de Clément Alexandrin, qui dit formellement que Moïse n'était pas seulement médecin très-distingué, mais encore qu'il n'était resté étranger à aucune des connaissances de la civilisation égyptienne. Toutes les précautions auxquelles on recourt encore dans notre siècle contre la propagation des maladies contagieuses , et dont la nécessité a été de nouveau mise en lumière dans ces derniers temps, viennent de lui, et j'en dirai autant d'une foule d'autres mesures hygiéniques que ce n'est pas ici le lieu de rappeler. Revenons au sang.

Ce fluide est donc incontestablement un mélange biophare qui dérive lui-même du mélange atmosphérique , il est le véhicule du principe vital; en d'autres termes, ce principe est incarné en lui comme il l'est à la matière de l'air. Sans doute, je l'ai déjà dit dans le précédent chapitre, cette opinion n'est qu'une hypothèse de plus ajoutée à toutes celles que nous possédons sur le même sujet; mais on ne saurait méconnaître son caractère spécieux, sa haute probabilité. Afin de la faire ressortir autant que possible, je vais énumérer rapidement, et sous forme de simples propositions , les principales preuves du rôle immense que joue le sang dans la prçduction des phénomènes vitaux.

De même que la fécondation chez les végétaux s'opère à l'aide de la quintessence de la sève, c'est par la quintessence du sang, s'il est possible de s'exprimer ainsi, qu'elle s'opère chez les animaux, et par suite chez l'homme.

Ce n'est que par le sang que s'exerce la faculté plastique du principe vital, en vertu de laquelle le germe fécondé se développe progressivement, devient embryon, fœtus, et s'organise alors même qu'il est anencéphale (sans cerveau, sans tête) . C'est aussi par le sang que guérissent les fractures, les plaies, et que les fragments détachés d'un polype deviennent autant d'animaux complets.

Le sang est le véhicule, sinon la source, de la chaleur animale que fournissent la respiration, la nutrition, l'absorption, l'innervation, car elle résulte en même temps de ces diverses fonctions. Quelques anatomistes ont fait de la calorification l'acte vital par excellence, ou plutôt ont regardé le calorique comme la vie elle-même; mais il suffit, pour juger cette hypothèse, de se souvenir qu'il existe une classe d'animavx, dits à sang froid, chez lesquels n'existe aucune chaleur appréciable, comme les reptiles, les poissons, dont la vitalité s'exprime néanmoins par les mouvements les plus rapides et persiste bien plus longtemps après la mort que chez les animaux à sang chaud.

Les connexions intimes du sang avec le principe vital sont surtout exprimées par ce fait, d'observation vulgaire, que dès l'instant que la circulation est suspendue, même momentanément, les phénomènes de la syncope ou de la mort apparente se manifestent , et que lorsqu'une trop grande quantité de sang sort de ses vaisseaux dans une hémorrhagie spontanée ou traumatique, la vie générale ne tarde pas à s'éteindre.

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Du reste, l'énorme quantité de sang que reçoit l'encéphale chez l'homme démontre bien l'autocratie vitale de ce fluide merveilleux : le cerveau seul reçoit, pour sa part. le huitième de la masse totale du sang. Très-peu de nerfs au contraire pénètrent la substance du système sanguin ; presque tous s'arrêtent à sa surface, en formant des gaines aux vaisseaux.

L'individu que les circonstances ont rendu anémique, c'est-à-dire chez lequel la masse du sang a considérablement diminué, résiste avec diflîculté à l'action des causes physiques en permanence dans le milieu ambiant; ces individus demeurent surtout sans défense contre l'électricité atmosphérique et peuvent mourir subitement pendant les temps orageux, comme j'ai pu le constater à la Havane, dans une circonstance remarquable, chez un convalescent de fièvre jaune qui avait été saigné jusqu'à défaillance par un praticien de cette ville.

Le sang contient non-seulement tous les éléments réparateurs de l'économie, mais encore les matériaux de toutes les sécrétions, c'est à-diro qu'il devient bile dans le foie, lait dans les mamelles, salive dans les glandes salivaires, etc.; c'est dans les poumons, qu'entrant en communication avec le milieu atmosphérique, il puise sans cesse les éléments physiques dont il a besoin pour conserver ses propriétés vivifiantes.

Non-seulement il reçoit par la respiration et les absorptions ces divers éléments, mais encore il entre en communication avec le sol lui-même et s'en assimile les principes par les sucs élaborés dans l'acte digestif. Ainsi la nutrition, la fonction la plus générale et la plus essentielle de l'animalité, a pour but capital la formation, l'entretien, le

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renouvellement du sang ; d'autre part , la durée , l'intensité, la normalité de la force vitale sont en raison directe de la pureté et de la quantité du sang qui existe dans l'économie : n'est-on donc pas forcé de reconnaître que ce fluide, cette chair coulante, est, sinon le principe vital lui-même, du moins sa partie visible, palpable, matérialisée? Cette opinion paraît naturelle lorsqu'on se souvient que les attributs du sang embrassent toutes les fonctions (le l'animalité, dont il est le liiiheu spécial, et qu'on peut résumer ces attributs par les mots : respiration, calorificafion, réparation, dépuration et reproduction.

Le rôle que joue le sang dans la pathologie animale n'est pas moins essentiel : il reçoit et élabore tous les germes contagieux, tous les principes miasmatiques, tous les poisons en un mot , quel que soit le système organique par lequel ils procèdent. De là les maladies que les médecins qualifient de générales, de diathésiques, telles que les pestes, les fièvres essentielles, les fièvres éruptives, le cancer, la goutte, le scorbut, les dartres, la scrofule, etc. Selon la nature du poison, du miasme ou de l'élément hétérogène qui a pénétré dans le sang, il présente des signes variables d'altération ou de dissolution, et cette altération, cette dissolution, qui ne peuvent être mises en doute tant elles sont évidentes, manifestes, coïncident toujours avec le désordre, la perturbation profonde de toutes les fonctions de l'économie. Dans ma relation de l'épidémie de fièwe jaune à laquelle je dus faire tète aux Antilles en 1839, j'ai insisté fortement sur l'état particulier du sang dans cette maladie. J'ai prouvé qu'au moment même où on le tire de la veine, il présente des signes incontestables de putridité, et que ces signes pouvaient faire prévoir, dans

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un temps plus ou moins prochain, le vomissement noir, la jaunisse, les hémorrhagies passives, le délire, les convulsions et la gangrène, qui donnent à la dernière période de cette peste un caractère si effrayant. J'ai même établi par de fortes présomptions que la mort propre du sang précédait celle du reste du système organique, et je me suis principalement appuyé sur ce fait que, dans la fièvre jaune, la putréfaction du cadavre commençait réellement à l'agonie. Mon vieil et excellent ami Clot-Bey a fait des observations à peu près semblables pendant la dernière peste d'Egypte : c'est que probablement la peste et la fièvre jaune sont dues à une cause morbide qui frappe directement sur le sang, partant, sur le principe vital.

Je rappellerai maintenant que les émotions vives de l'àme retentissent aussi avec promptitude, instantanément, sur ce fluide merveilleux. Le peuple en est si bien convaincu qu'il a conservé l'habitude de recourir à la saignée après une émotion violente, sous prétexte d'évacuer le mauvais sang: en effet, la colère, la terreur, peuvent le changer en un véritable poison. Qui ne connaît les exemples authentiques de décomposition subite , d'altération spontanée du sang, qui à toutes les époques furent signalées par les médecins, etdontj'ai rapporté moi-même plusieurs exemples frappants et authentiques dans mes écrits! Qui ne sait que, par cette cause, le lait, la saUve, etc., peuvent acquérir tout à coup des propriétés virulentes délétères !

Mais si les vives émotions de l'âme agissent directement sur le sang d'une manière fâcheuse, les manifestations propres de ce principe peuvent être troublées profondément à leur tour par la perturbation où ce fluide malade jette les fonctions de l'entendement. Chez les scorbutiques, les

chlorotiques, les anémiques, etc., les facultés intellectuelles et morales sont languissantes, et le délire, les convulsions et autres phénomènes nerveux, se montrent trop souvent danslecoursdesempoisonnements du sang parles miasmes ou le virus sep tique. Il y aurait un magnifique ouvrage à composer sur ce sujet si vaste et si intéressant: j'ai osé en faire une ébauche que je n'ai pas eu le courage d'achever ' ; car , pour mener un pareil travail à bonne fin , il faudrait être un Bordeu, un Barthez , un Bichat, et pouvoir disposer d'une très-longue vie.

On a professé dans beaucoup de livres, et bien des personnes admettent encore, que la mort sénile résulte de l'usure de l'organisme. Mais il serait plus rationnel de remonter jusqu'à la cause de cette usure, de ces changements qui se produisent chez les vieillards dans les divers tissus, et on arriverait alors à reconnaître que le point de départ de l'état sénile, et partant de la diminution de la vitalité, est dans le sang; avec l'âge, ce fluide s'appauvrit, et sa masse diminue, sans doute parce que les forces digestives et les absorptions diminuent d'activité, dans une proportion fâcheuse ; déplus, la transpiration cutanée devient presque nulle. A partir de ce moment, c'est-àdire dès que le sang a perdu une partie de ses quahtés vivifiantes et qu'il ne peut plus se débarrasser des principes hétérogènes, toutes les facultés vitales languissent; les plaies, les fractures deviennent des lésions incurables ou à peu prés, les maladies aiguës guérissent difficilement faute d'action médicatrice et dépuratoire naturelle ;

* Dt* la mixtion psifcbo-matérielle, ou nouvelle base de dynamique universelle.

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et il se produit dans réconomie animale des changements de forme, de volume, dans les viscères, qui sans cela conserveraient leur aspect normal; ces changements consistent surtout dans des obstructions, des concrétions calcaires, des corps étrangers enfin , dont la source est le sang, et qui ne tardent pas d'ailleurs à l'entraver luimême dans sa marche circulatoire, de la manière la plus fâcheuse. On peut alors comparer le corps humain aune machine à vapeur dont les chaudières 'et les conduites sont incrustées de masses sahnes que le fluide élastique y abandonne, et qui finit par se détraquer et tomber dans rinertie ; tandis qu'elle eût continué à fonctionner trèslongtemps encore, si le moteur était resté dans ses conditions normales. La vie moyenne de l'homme serait bien plus longue s'il s'attachait, par les moyens hygiéniques appropriés, à maintenir les quaUtés normales du sang, et à faire fonctionner convenablement sa peau.

Lorsqu'on médite bien ces phénomènes de l'état sénile en se plaçant au point de vue que j'indique, et après avoir réfléchi aux belles expériences de Legallois. de Leuret, de Velpeau, de Gendrin. de Guersent, de Lecanu, etc., etc., on demeure convaincu que, dans l'immense majorité des cas, nos maladies sont dues à des altérations du sang, et que les médecins qui de nos jours s'obstinent à nier la vie de ce fluide et ses affections essentielles, peuvent être comparés avec justesse à ces habitants de la zone torride dont parle Hunter, qui refusent opiniâtrement de croire à la solidification de l'eau , paroe qu'ils ne peuvent s'en faire une idée nette, n'ayant jamais vu de glace.

La haute importance ou plutôt la nature essentiellement

vitale du sang ressort encore de quelques faits authentiques, irrécusables, de transfusion de ce fluide, faits qui ont démontré que des sujets qui ne respiraient presque plus et qui commençaient à se refroidir par l'effet d'hémorrhagies formidables, ont été en quelque sorte ressuscites par l'introduction dans leurs veines d'un sang riche et vivifiant. P. Bérard a rapporté une quinzaine de ces faits, et des plus probants, dans le tome III de ses Leçons de physiologie.

Si l'analyse chimique a été impuissante jusqu'à ce jour à pénétrer la composition du mélange atmosphérique, elle n'a pas été plus heureuse à l'endroit du sang; les travaux de Berzélius, Dumas, Marcet , Becquerel , Andral , Gavarret, Lecanu, sont sans doute d'un très-haut intérêt sous le rapport chimique , et on ne saurait leur refuser une grande utiUté; mais ils ne peuvent avoir aucune portée sur l'histoire du sang , considéré comme organe distributeur de la vie: sous ce dernier point de vue, la question du sang ne peut être envisagée que philosophiquement, c'est-à-dire par les lumières que fournit la méthode inductive et expérimentale, par la méthode baconnienne. J'ai déjà dit que la chimie a bien peu de chose à voir dans la solution des problèmes biologiques, que les chimistes eux-mêmes le sentent, et que les plus éminents d'entre eux sont précisément ceux qui comprennent le mieux, sous ce rapport, la faiblesse de leur science. Cependant, malgré la solidité de mes convictions en cette matière, j'aime à admettre, avec le savant M. Lecanu, dont j'ai lu avec le plus grand intérêt les travaux sur le sang, que a un jour viendra où l'analyse plus exacte de ce fluide [)0urra fournir des indications d'une extrême importance

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sur notre constitution, notre tempérament , la nature de nos affections morbides, le mode d'action de nos aliments, de certains médicaments, etc. »

De tout ce que j'ai dit, dans mon précédent chapitre et dans celui-ci , sur la force vitale et sur le sang , je crois pouvoir faire découler la théorie suivante :

Bien que ce que nous sommes convenus d'appeler la vie ne soit qu'un ensemble , une succession de phénomènes propres aux corps vivants, animaux et végétaux , et qu'il soit absolument impossible d'en découvrir et d'en apprécier la cause, le raisonnement inductif nous amène pourtant à admettre :

Que le principe vital est un agent psycho-matériel, en permanence dans l'atmosphère pour l'entretien de la vie animale et végétale ;

Que, communiqué aux germes dans l'acte de la fécondation, il préexiste à l'organisation de l'individu , ainsi que l'ont admis non-seulement les plus célèbres médecins vitalistes, mais encore beaucoup de philosophes éminents parmi lesquels je me bornerai à citer le panthéiste allemand Kant, qui a dit dans sa Tëléologie ou Science des causes finales, que l'organisme est un tout résultant d'une intelligence calculatrice qui réside dans son intérieur. Il est vrai qu'aux yeux de Kant cette intelligence était Dieu luimême; mais en faisant la part de ses erreurs, nous voyons clairement que c'est du principe vital qu'il a voulu certainement parler;

Que l'essence de ce principe, qui, je l'ai déjà dit ailleurs, peut se rapporter à celle des fluides impondérables, est un mystère pour nous comme celle de ces derniers, d'abord à cause de l'imperfection et de la faiblesse de nos

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sens, ensuite et surtout parce que nous ne possédons aucune donnée sur les êtres de raison que l'on nomme esprits, substances, et qui peuvent pourtant former le dessous de la matière elle-même; mais que la présence, dans le sang et dans la sève, du principe vital, qui s'entretient et se renouvelle sans cesse dans le milieu ambiant, au moyen de la respiration, ne saurait être mise en doute;

Que ce n'est qu'en considérant ce principe comme je le fais ici, c'est-à-dire comme une essence, une substance psycho-matérielle, et non pas comme une modalité, une simple propriété de l'organisme, qu'on peut faire la part des exagérations spiritualistes et matérialistes, également fâcheuses, et répondre d'une manière sinon exacte, mais du moins satisfaisante et en harmonie avec le dogme de la double nature de l'homme, aux principales objections qui ont été faites pour démontrer ou nier l'existence du principe vital;

Que ce serait en vain qu'on s'obstinerait à soutenir que chez l'homme il n'est que la partie inconsciente de l'âme, puisque, d'une part, ce principe existe chez tous les êtres organisés qui ne possèdent pas cette dernière , et que , d'autre part, nous savons parfaitement qu'il se produit en nous : lo des actes intellectuels, moraux, volontaires, que notre libre arbitre dirige ; 2© des actes involontaires, des fonctions végétatives qui s'accomplissent absolument à notre insu ; 3° des actes ou fonctions mixtes qui tiennent à la fois des deux autres ordres.

Mais, quoi qu'il en soit de cette théorie, que je n'ai pas

la prétention d'imposer à personne, et que je ne saurais

développer ici avec tous les détails qu'elle comporte, je

ne crains pas d'être contredit en proclamant avec la plus

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profonde conviction, que quiconque méditera sur les actes du principe vital et sur le rôle admirable , prodigieux . que jouent le sang et la sève sur les êtres vivants, sera forcé de penser à Dieu et de flétrir l'absurde et fallacieuse doctrine du hasard.

Bien que quarante années de pratique médicale, dont près de trente dans de grands hôpitaux, aient fait de moi un homme très-positif, s' attachant essentiellement à la lésion palpable, visible, et ne manquant jamais de poursuivre par tous les moyens usités la constatation de cette lésion, et bien que je sois parfaitement convaincu qu'au ht du malade le clinicien n'a jamais besoin de remonter jusqu'aux causes premières pour arriver à saisir la nature d'une maladie et le traitement dont elle a besoin; malgré tout cela, dis-je, je ne suis pas de ceux que le mot de Dieu paraît étrangler lorsqu'ils le prononcent, tant il sort avec difficulté de leur gosier, et je professe en toute occurrence la nécessité etl'utilité delà philosophie médicale qui, plus qu'aucune autre branche des connaissances humaines, est à même de démontrer que les faits les plus grossièrement matériels peuvent conduire à des inductions précieuses sur la vie et sur le grand principe de causahté. Quoi de plus vulgaire que le sang, et pourtant quelle œuvre sublime que ce liquide mystérieux auquel sont dévolues de si nombreuses, desi importantes fonctions, et qui renferme en lui tant de propriétés différentes et contradictoires! Quel sera le physiologiste, le médecin qui, cherchant à les approfondir, ne sentira pas tout le vide du matérialisme, toute l'absurdité de l'athéisme; quel sera le chimiste qui entreprendra d'en composer une seule goutte?

Qu'avons-nous à faire de Dieu? disent souvent des sa-

vante estimables, mais qui sacrifient un peu trop aux idées de l'époque ; ce n'est là qu'un mot de convention , exprimant l'idée d'un être insaisissable, invisible, incompréhensible, extra-scientifique, et qu'il est parfaitement inutile de faire intervenir dans le raisonnement, si ce n'est lorsqu'on veut trancher d'office, et sans les éclairer le moins du monde, les problèmes les plus insolubles. Nous ne pouvons pas plus comprendre ce que peut être Dieu que l'éternité, qui est son premier attribut.

A cela je réponds: S'U nous est difficile de concevoir l'existence d'un être qui n'a jamais eu de commencement et n'aura jamais de fin, ne peut-on concevoir celle de la durée indéfinie, comme l'est par exemple la multipUcation des unités, celle des nombres dans le calcul mathématique ? Or, à l'endroit de l'éternité. Dieu est l'unité ou le principe du nombre des siècles, et la raison ne peut assigner une hmite à la succession de ces derniers. Oui I Dieu et l'éternité sont et ne peuvent être qu'une seule et même chose, ou plutôt ils sont l'un dans l'autre, et nous ne pouvons nous en faire une idée logique qu'en les considérant ainsi. Bien qu'en métaphysique on doive autant que possible éviter les comparaisons matérielles, il est cependant permis quelquefois d'y recourir pour se faire mieux comprendre ; qu'il me soit donc permis de dire ici que je compare Dieu et l'éternité à un cercle central autour duquel se rangent parallèlement et indéfiniment d'autres cercles concentriques.

Sans doute, nous ne pouvons ni voir, ni toucher, ni comprendre le grand être de raison que nous appelons Dieu. Nous devons nous résigner, comme l'a dit avec tant de justesse Lamartine : à le connaître en l'ignorant , et à l'ignorer

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en le connaissant, A peine, messieurs les savants, savezvous quelque chose de la composition de Tatmosphère, dont tout sort et où tout retourne; ce que vous nommez les fluides impondérables ne vous est guère mieux connu, car vous ne savez pas au juste si Télectricité, le magnétisme, la lumière sont réellement des matières subtiles ayant une existence propre, ou de simples phénomènes résultant de certains états de la matière universelle. Au milieu de tant d'obscurités, n'y aurait-il pas de la folie à faire abstraction du grand principe de causalité, et ne nous convient-il pas, en le trouvant et en le sentant par tout, de confesser en toute occasion qu'il est invariablement la raison de tous les mystères qui nous entourent, enfin le nœud de notre propre énigme.

«L'idée d'une cause suprême, ditTiedemann^fraite' de physiologie), est l'œuvre de la raison; l'unité et l'harmonie qui régnent dans l'univers, la tendance vers un but unique que la raison y découvre dans les corps innombrables qui le composent, et dont l'homme n'apprend à bien connaître que quelques fragments, prouvent qu'il ne peut y avoir qu'une seule cause première. La raison, qui est contrainte par elle-même de reconnaître dans la nature un tout complet, à la fois cause et effet de lui-même, doit se représenter ce qui crée et conserve dans l'univers, comme l'absolu, l'âme du monde. Dieu.

»La raison génératrice de l'idée de Dieu, ajoute l'illustre allemand, a beaucoup trop de tendances à se déifier ellemême et à s'assimiler à la raison qui règne dans l'univers. Mais il nous semble que la raison, même celle des plus profonds métaphysiciens, est à peine à celle de Dieu commue le ver luisant à la clarté du soleil, r)

L'idée de Dieu, dirai-je à mon tour en finissant ce chapitre, celle de l'immortalité qui en découle naturellement, sont la pierre angulaire de l'édifice social. Sans elles, il n'y a plus rien de grand et de beau dans l'humanité, et la science elle-même, vouée à de funestes erreurs * , devient un véritable élément de dissolution. Malheur! malheur au peuple qui entre dans les voies putrides de l'athéisme ou qui ne se sent pas la force de l'extirper de son sein ! il inaugure lui-même l'ère de sa décadence physique, intellectuelle , morale , et signe en définitive son propre arrêt de mort.

' C'est surtout à la médecine que s'appliquent ces paroles ; depuis quelle s'est vouée au matérialisme et qu'elle est sortie des voies tracées par les grands génies de l'art , elle est tombée dans le chaos et semble frappée partout de stérilité , tandis que ses prétentions redoublent. Qu'on nous dise, par exemple, où sont les grandes découvertes de cette médecine expérimentale dont on fait tant de bruit , qui ne s'occupe que des phénomènes matériels , laissant sciemment de côté l'étude inductive des forces , et qui repousse même le principe de l'unité vitale, si bien établi sur l'observation des sympathies organiques ! Qu'on nous dise aussi dans quelles écoles on voit poindre les grands maîtres qui devront fonder la nouvelle science médicale si pompeusement promise de toutes parts , et au milieu du gâchis le plus épouvantable !

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