‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 41 sur 54 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

L'existence des esprits dans notre milieu est réelle, mais leur manifestation sensible est impossible, à moins qu'ils ne s'incorporent préalablement.— D'après les réciU mêmes de la Bible, cette condition paraît indispensable.— Si Dieu a fait l'homme à son image , celui-ci le lui rend bien. — Un mot sur les anges de Loth , de Jacob , de Tobie, etc. — Les esprits ne doivent pas être considérés comme des impondérables et confondus avec eux. — Erreur de Barthez sur la nature spirituelle. — Théorie de M. de Mirville sur la folie et les hallucinations. — Elle n'est pas admissible. — Jugement d'un médecin contemporain sur les convulsionnaires de Saint-Médard.— Conclusion de l'auteur sur le spiritisme.

Marseille, octobre 1867,

S'il est incontestable que le règne du matérialisme et de l'épicurisme a toujours annoncé aux sociétés le commencement de leur fin, et si nous devons le considérer comme le principal élément du mal, parce qu'il tue la morale en érigeant en dogmes le fatalisme et l'irresponsabilité, reconnaissons d'un autre côté que le spiritualisme mal interprété , cessant d'être la source des hautes conceptions, des nobles sentiments , devient un véritable fléau en engendrant l'intolérance, le fanatisme, le mysticisme, la thaumaturgie et les plus dégradantes supersti-* tiens.

Loin de moi la pensée de nier Texistence du monde spirituel tel que l'admet la religion, tel que nous le dépeint la théologie! Si je pouvais sous ce rapport me mon-

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trer sceptique, non-seulement je me mettrais en opposition avec le consentement universel, mais encore avec les principes philosophiques qui servent de base à ce livre.

En effet, quiconque professe comme je l'ai fait, et avec une conviction qui ne peut être suspectée, qu'il existe en nous un être libre, simple, un, inaltérable, indivisible, immortel, ne serait pas conséquent avec lui-même s'il se refusait à croire que cet être, qui au moment de la mort échappe à la dissolution fatale de notre agrégat matériel doit commencer une nouvelle destinée, et que s'il ne se réincarne pas ici-bas, comme l'ont professé après Pythagore tant de spéculateurs anciens et modernes, il doit aller vivre de sa vie propre, c'est-à-dire de la vie spirituelle, dans un monde de délices ou de souffrances. Pour ma part, je l'affirme en toute sincérité, non-seulement cette croyance n'a rien qui offense ma raison, mais encore je la caresse sans cesse, tant elle m'est chère. Elle a été l'espoir, la consolation de ma vie, et le suicide, que je condamne, m'aurait paru une fin naturelle et légitime, si j'avais pu la perdre un seul instant.

Mais, après avoir fait cette profession de foi non équivoque sur l'existence du monde des esprits , sur celle du paradis et de l'enfer, si je me demande, en médecin philosophe et en considérant de nouveau la nature psychomatérieUe de notre milieu , comment des êtres purement spirituels, c'est-à-dire des anges , des démons , des âmes de trépassés, peuvent s'y manifester à nos sens, je suis forcé de reconnaître que, hormis le cas formel de miracle, cas dont la rareté est universellement reconnue même par les théologiens, cette manifestation est impossible. Dans notre monde tel qu'il est constitué, toute intelligence

quelle qu'elle soit (Dieu excepté) , doit être servie par des organes, afin de pouvoir se manifester d'une manière sensible; sinon elle demeure forcément à l'état virtuel, négatif, impuissant. *

Je me refuse donc absolument à admettre, à l'exemple de M. de M ir ville, qui aime tant à rappeler à la science ses incertitudes, sa faiblesse et son incrédulité, qu'un esprit pur non incorporé puisse parler, gémir , affecter une forme visible quelle qu'elle soit, donner des taloches et des soufflets, produire de la lumière et de la fumée, et par dessus tout recevoir des coups d'épée. Ces phénomènes, s'ils pouvaient se produire chezles êtres spirituels tels que nous les concevons , impUqueraieut forcément leur incarnation ou leur réincarnation préalables, résultant elles-mêmes d'un véritable miracle dont, je le répète, Dieu n'est nullement prodigue, quoi qu'en puissent dire les magnétiseurs, les sorciers et les médiums de notre siècle.

Je vais plus loin ! appréciant comme il convient de le faire toujours la majesté, la sagesse infinie, la providence (lu Maître de la nature, mais surtout son incompatibiUté avec l'absurde, je croirais lui faire injure si je pouvais penser un seul instant que , dans le but de prouver aux matérialistes la réelle existence des esprits, il permette aux âmes des morts de hanter notre atmosphère^ d'éhre domicile^ dans certaines contrées, dans certains lieux , et de s'incorporer, ainsi que l'admet M. de Mirville, à des fluides impondérables, et cela tout simplement pour faire danser le menuet à des tables , à des chenets, à des pincettes à feu, des objets de vaisselle; pour mettre en branle toutes les sonnettes d'une maison, frapper aux portes, et effrayer enfin, par ces phénomènes à la fois vulgaires, in-

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solides et sans signification, des individus inofiensifs, paisibles, qui ne sauraient se rendre compte du but providentiel d'un pareil tintamarre.

Des esprits purs, des âmes de trépassés dépourvues d'organisme , ne peuvent évidemment posséder que leur sens interne; encore n'est-il pas grand'chose et même rien dans notre milieu mixte, où ce sens a un besoin absolu de l'organe cerveau pour pouvoir s'exercer, car ce sens interne n'est autre chose que l'ame elle-même que la force vitale reliait en quelque sorte à son instrument de manifestation, et que la perte de ce dernier réduit ici-bas à l'impuissance. Qu'on se rappeUeceque j'ai dit plus haut sur l'éducation animique et sensorielle de l'infortuné Gaspar Hauser, ot on comprendra de reste que , dans l'état actuel de nos connaissances , il est parfaitement raisonnable de professer qu'un esprit pur ne saurait ni habiter notre milieu, ni entrer en relation directe avec nous, si ce n'est en se procurant un organisme vivant auquel il doit au préalable s'incorporer. Abandonnons à l'imagination et à l'ignorance des Orientaux le monopole des génies, des djinas, des vampires, des ogres, des goules, etc., et faisons définitivement justice des fables absurdes au milieu desquelles ils semblent se complaire, et dont les Mille et une Nuits charmèrent nos jeunes années; proclamons enfin bien haut, pour l'honneur de notre raison, qu'aucun être ne saurait vivre de la vie propre à ce monde sublunaire , sans être esprit et matière en même temps.

M. de MirviUe aimant beaucoup à faire ressortir l'orthodoxie de sa doctrine, et l'étayant sur des citations tirées de la Bible, je vais suivre son exemple, pour la vérité de ma thèse.

Toutes les fois qu'il est question dans la Bible de l'apparition des anges , leur incarnation préalable ne laisse aucun doute dans l'esprit du lecteur; Dieu, lorsqu'il les envoyait en mission dans ce monde psycho-matériel, évitait de renverser les lois naturelles qu'il a lui-même établies : il donnait une forme visible à ses missionnaires, afin que les patriarches en eussent la perception réelle. Ainsi, les anges qui vinrent annoncer à Loth la ruine prochaine de Sodome étaient des êtres momentanément organisés et tellement visibles et palpables, que les misérables habitants de cette ville tentèrent de s'emparer d'eux. Bien plus, ces anges, à leur arrivée, furent accueillis comme de véritables hommes ; le patriarche leiir lava lui-même les pieds selon l'usage du temps, leur fit servir un bon repas, pendant lequel ils firent preuve d'un excellent appétit ; ils allèrent ensuite se reposer comme des personnes naturelles dans le ht qu'on leur avait préparé.

Jacob vit parfaitement, sous la forme d'un homme vigoureux et solide, l'ange contre lequel il lutta près du gué de Jabbok, et qui, après l'avoir rendu boiteux en lui touchant la hanche, lui annonça qu'il porterait désormais le nom d'Israël (fort) , parce qu'il avait pu lui résister toute une nuit.

Enfin, la Bible nous apprend encore que, pour servir de guide au jeune Tobie pendant son voyage au pays des Mèdes, l'ange Raphaël s'offrit à lui, comme par hasard, sous la forme d'un jeune homme de très-bonne mine; que, chemin faisant, ce jeune homme ne parut pas mener une vie différente de celle de son compagnon humain ; mais qu'à son retour à Ninive, et lorsqu'il eut fait connaître sa véritable nature, il eut soin de dire à Tobie : a II vous sem-

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