‹ L'athéismeChapitre 13 sur 87 · VT""I · texte numérisé non relu

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c'est un ensemble de conquêtes impersonnelles, utilisables pour tous ; exprimées en langage humain, on les appelle « les lois naturelles ))^.

La découverte de celles qui sont connues aujourd'hui a été la chose la plus importante de l'histoire de rhomme, et lui a assuré une suprématie indiscutable sur les autres animaux qui en connaissent beaucoup moins que lui ; grâce à la science, l'homme a, en effet, acquis des armes très puissantes dans la lutte qui constitue la vie ; il est devenu le roi du monde vivant.

Mais, plus il avance dans cet ordre de conquêtes, plus il pénètre dans la constatation des faits, plus se développe son besoin d'explication. Ce besoin, je Tai comme tous mes congénères, je suis donc loin d'en nier l'existence ; il ne me conduit pas à croire en Dieu. L'homme est un animal épris de métaphysique, comme il est un animal religieux ; je crois même qu'il est religieux parce qu'il est épris de métaphysique, et que Tidée de Dieu a été la première conséquence du besoin d'explication de nos ancêtres.

Je n'ai pas la prétention de deviner ce qui s'est passé chez nos ancêtres d'avant l'histoire, mais, convaincu que je suis de l'origine évolutive de tous nos caractères actuels, je n'ai pas peur de

1. J'ai publié il y a quelques années un ouvrage portant ce nom, et où j'ai essayé de me borner à Tctude des constatations qui forment la science.

DISCUSSION DES PREUVES DE l'eXISTENCE DE DIEU 37

me tromper beaucoup en prêtant à nos ascendants les plus anciens les idées et les sentiments qui font aujourd'hui partie de notre patrimoine héréditaire.

Parmi les événements qui se déroulaient jiutour des hommes, les plus familiers pour eux étaient certainement ceux dans lesquels un homme était acteur. Devant la constatation d'une déprédation, d'un meurtre, etc., la question qui se posait le plus naturellement à l'esprit de nos ancêtres (comme elle est encore la plus naturelle qui se pose à nous) était évidemment : « Qui a fait cela? » Et la réponse : « C'est Joseph, c'est Abraham, etc.» donnait à la curiosité du questionneur une satisfaction parfaite. De là vient probablement, dans notre hérédité actuelle, le caractère qui fait que nous n'attribuons la valeur d'une explication qu'à une réponse de cette forme : « Qui a fait le monde? Dieu. » Voilà qui est considéré par la plupart des hommes comme donnant une parfaite satisfaction à la curiosité la plus exigeante.

J'avoue que je suis plus difficile, et c'est précisément ce que j'exprime en disant que je suis athée; mais, en toute sincérité, je ne trouve aucune satisfaction dans l'affirmation que « Dieu a créé le monde ». Je n'en trouvais déjà aucune étant enfant, peut-être simplement parce que, plus curieux que les autres, je me posais immédiatement la question suivante : « Qui a créé Dieu ? »

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question à laquelle on ne donnait pas de réponse. Au mystère de Texistence du monde on substituait un autre mystère équivalent, celui de Texistence de Dieu ; la difficulté n'était reculée que d'un cran.

Aujourd'hui que j'ai étudié la vie, je trouve d'autres raisons de n'être pas satisfait par la théorie théologique; ces raisons je vais les dire brièvement, mais je ne me dissimule pas leur vanité. Je suis assez sage pour me dire, avec M. de la Palisse que, si je ne crois pas en Dieu, c'est parce que je suis athée ; c'est là la seule bonne raison que je puisse donner de mon incrédulité. Mais puisqu'après tout je suis un homme comme les autres, j'ai bien le droit, moi aussi, d'avoir des besoins d'explication et d'y satisfaire de mon mieux.

D'abord, la question « Qui a créé le monde ? » me paraît mal posée ; elle contient d'avance sa réponse, puisqu'elle suppose que quelqu'un a créé le monde: que, ce quelqu'un, on l'appelle Dieuy ou qu'on lui donne tout autre nom, cela ne m'avancera en rien, car je ne vois pas du tout la nécessité que quelqu'un ait créé le monde. Si on me demande, au contraire « quelle a été l'origine du monde?», je répondrai humblement : « Je ne sais pas; je ne vois même pas de raison pour que le monde ait eu une origine, un commencement ». Il paraît que cette nécessité s'impose à tous les esprits, par la comparaison avec tout ce que nous

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