CDNSIDÉBATIONS SUB LA RELIGION DU PEUPLE
veille de Pâques que le lendemain des fêles; et que, de temps en temps, la religion n'empêche nombre de petits maux et ne produise nombre de petits biens.
La Maréchale. — Petit à petit, cela fait somme.
Crudeli. — t Mais croyez-vous que les terribles ravages qu'elle a causés dans les temps passés, et qu'elle causera dans les temps à venir, soient suffisamment compensés par ces guenilleux avantages ? Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue la plus violente antipathie entre les nations. Il n'y a pas un musulman qui n'imaginât faire une action agréable à Dieu et au saint Prophète en exterminant tous les chrétiens, qui, de leur côté, ne sont guère plus tolérants. Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue, dans une même contrée, des divisions qui se sont rarement éteintes sans effusion de sang. Notre histoire ne nous en offre que de trop récents et trop funestes exemples. Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue dans la société, entre les citoyens, et dans la famille, entre les proches, les haines les plus fortes et les plus constantes. Le Christ a dit qu'il était venu pour . séparer l'époux de la femme, la mère de ses enfants, le frère de la sœur, l'ami de l'ami; et sa prédiction ne sW que trop fidèlement accomplie.
La Maréchale. — Voilà bien les abus, mais ce n'est pas la cho3e.
Crudeli. — C'est la chose si les abus en sont inséparables. »
Je n'ai pas qualité pour trancher le différend; c'est seulement l'histoire (encore faudrait-il qu'elle fût faite sans passion), qui pourrait résoudre la question, s*il y avait une histoire de peuples athées à mettre en parallèle de celle des peuples croyants. Il n'y en a pas.
Je me contenterai donc de faire quelques remarques sur ce que j'ai vu dans mon pays, la Bretagne armoricaine, pays considéré comme très religieux et qui est vraiment arriéré. Quoi que je dise, je suis sûr d'être repris et violemment; les revues catholiques ne sont pas tendres pour ceux qui ne croient pas comme elles. Voici, par exemple, comment j'ai été traité il y a quelques années pour avoir, en toute sincérité, écrit ce que je pensais : *
« Volume à la fois très perfide et très sot Ce
livre est détestable, mais — et c'est son châtiment — -' ^st puéril, ridicule souvent, odieux et vil toujours ». 11 s'agissait d'un petit livre* oii j'avais rapporté, aussi fidèlement que possible, des conversations que j'avais eues avec un ecclésiastique de mes amis. Naturellement, c'était le prêtre qui avait commencé; il avait voulu, comme c'était son devoir de croyant, me convertir an
1. Revue générale^ Bruxelles, septembre 1901, et Revue bibLographique belje^ Bruxelles, 31 juillet 1901.
Le Conflit. Armand Colin.