‹ L'athéismeChapitre 30 sur 87 · CONSIDÉRATIONS SUR LA RELIGION DU PEUPLE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LA RELIGION DU PEUPLE

catholicisme ; moi, je n'ai pas les mêmes raisons de vouloir faire des prosélytes,- car je ne sais pas si l'athéisme est bon ; mais je trouve qu'il est du devoir de tout croyant convaincu d'essayer de communiquer sa foi. Mon contradicteur était fort éloquent, et aussi un peu bavard comme moimême ; nous eûmes donc beaucoup de plaisir à converser, mais je dus résumer de mon mieux les arguments de mon adversaire, et c'était là, je l'avoue, une besogne ingrate pour quelqu'un que lesdits arguments n'avaient pas convaincu ; passant par une bouche d'athée, les démonstra^tions de mon abbé perdaient toute force et toute saveur. Il a heureusement pris soin, depuis, de les reproduire in extenso dans la Revue du Clergé français. On m'a reproché de les avoir affaiblies volontairement; ce reproche est illogique; il serait expli cable s'il s'agissait d'un croyant qui expose les théories d'un athée, car son devoir de croyant serait d'atténuer, s'il les trouvait dangereux, les arguments de son adversaire. Encore cela n'est-il pas à craindre, car un croyant comme celui dont je parle, ne saurait être ébranlé dans sa foi par les théories les plus osées; il n'aurait donc aucune raisQn de ne pas les reproduire intégralement, les trouvant inoffensives ; de même l'athée pour le curé. Si j'ai ouvert ici cette parenthèse, ce n'est pas pour me défendre du reproche de mauvaise foi, c'est pour faire unr* -'* mement.

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C'est au peuple, dit-on. que la religion est nécessaire; c'est donc la religion du peuple qui doit être bonne ; un athée devrait être cjanvaincu parle plus simple des croyants, aussi sûrement que par un prince de la théologie. Si les prêtres ont une doctrine ésotérique, et enseignent au peuple une religion grossière, quel avantage puis-je tirer de ce que leur doctrine personnelle est très élevée, si celle qui joue un rôle social, celle dont les excès sont à craindre et les avantages à apprécier, si la religion du peuple, en un mot, est un ramassis de bourdes et de superstitions? Eh bien I ici, dans mon pauvre pays breton, je n'hésite pas à affirmer que la religion du paysan (qui, heureusement, n'est plus fanatique et ne peut plus être dangereux), se réduit exclusivement à quelques pratiques extérieures, dont beaucoup sentent le paganisme d'une lieue. Le culte des statues, des fontaines, des symboles en un mot, est la véritable religion des paysans bretons. Ils s'indigneraient sans doute, si je leur disais que c'est un contresens zoologique de mettre des ailes à des anges, qui ont déjà des bras, et que d'ailleurs, les anges de Dieu, n'ayant pas que l'atmosphère pondérable à traverser (au fait, d'où venaient-ils?) n'avaient pas besoin d'ailes pour se mouvoir.

Mais je ne le leur dirai pas ; la foi du charbonnier lui donne, dit-on, le bonheur, et je serais désolé de l'en priver; je veux bien discuter avec des

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philosophes qui ont, comme moî, leur siège fait ; je suis certain, heureusement, que mes voisins paysans ne liront pas mes livres; sans cela, je ne les écrirais peut-être pas.

Ce qui me paraît le plus frappant dans la mentalité de mes pauvres compatriotes, c'est l'absolue séparation qui existe pour eux entre le devoir religieux et le devoir social. Le devoir religieux consiste à aller à la messe, à communier de temps en temps, et â faire maigre le vendredi; mais^ sans oser affirmer qu'ils n'en disent jamais un mot à confesse, je suis convaincu que, pour eux, les aiTaires de voisin à voisin ne regardent pas le curé. Il y a bien la confession au lit de mort^ mais je crains que beaucoup ne comptent trop sur cette confession dernière^ qu'ils ne croient jamais prochaine; or, la confession au lit de mort n'a plus aucune importance sociale; un mourant n'eat pas dangereux.

Réduite à ses proportions actuelles, je ne croîs donc pas que la religion du peuple puisse être considérée comme ayant une influence sociale quelconque. L'observance des lois regarde le gendarme et non le curé, abstraction faite, bien entendu, de la conscience morale de chacun qui, indépendamment de toute foî religieuse, joue un rôle immense dans les relations humaines. Si, dans les circonstances actuelles, les paysans illettrés trouvent une contradiction entre robéissancé aux

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