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CONTRADICTIONS DES DUALISTES

L'une des plus grandes difflcultés que l'on rencontre lorsqu'on veut discuter le dualisme, c'est que les dualistes ne sont pas d'accord les uns avec les autres ; je n'oserais pas affirmer d'ailleurs qu'il y ait plusieurs monistes exactement du même avis, mais le seul monisme que je puisse défendre est celui que j'admets moi-même, et cela me sera d'autant plus facile que de nombreux auteurs m'ont fait l'honneur, en attaquant mes idées, de de me considérer comme un champion du monisme actuel.

Je relève, par exemple, une contradiclion l'ondamentale entre l'opinion, citée plus haut, de M. Armand Gautier, et celle d'un dualiste de Lrès haute valeur, M. Duhem.

« Il n'y a donc pas eu, disait tout à rfjcure M. A. Gautier, pour créer la pensée ou la dùlcrmination d'agir, détournement d'une parti u de forces mécaniques ou chimiques, transformation de l'énergie matérielle en énergie de raisonnement, de délibération, de pensée. Ces actes, exclusivement propres aux êtres doués de vie, n'ont pas d^ équivalent mécanique ».

Voici, d'autre part, ce que dit M. l>ylu?m*, reprenant, pour la faire sienne, une p^nr^t^e de Leibniz : « Bien loin d'imiter cette physique qui croyait avoir donné une explication, alors qu'elle avait seulement créé un nom, on devran à Timilation de Descartes et de Huygens, poussur l'analyse des effets naturels jusqu'à ce qu'ils soient réduits aux phénomènes les plus simples ; mais, lorsqu'on sera parvenu à ces propriétés premifues des corps, qui expliquent toutes les antres, on trouvera qu'elles ne consistent pas smkmp.ni dûn% t étendue, c'est-à-dire dans la grandeur, fffjurt: et mouvement^ mais qu'il faut nécessairement y rvt'Ofi^ naître quelque chose qui ait du rapport aux thurji ri qu'on appelle communément forme subsb/ulMllr^ un

1. P. DoHEM. Revue générale des Sciences, janvir^t^ lOO'ï, pp. 71-72.

force, comme dit Leibniz en maint endroit ».

Ainsi donc, pour M. Duhem qui veut ressusciter la physique de la qualité, les diverses formes de Tactivité physique, qui sont unies les unes aux autres par des relations d'équivalence, contiennent quelque chose qui « a du rapport aux âmes », tandis que pour M. A. Gautier, les phénomènes de la pensée, « propres aux êtres doués de vie, n'ont pas d'équivalent mécanique ». Il est d'ailleurs facile de* voir que M. Duhem, physicien qui se cantonne dans la physique, est parfaitement moniste au sens que j'ai défini plus haut, et serait amené, s'il allait jusqu'au bout de sa pensée, à admettre que « rien ne se passe qui soit connaissable à l'homme, sans que se modifie quelque chose qui est susceptible de mesure ». Au contraire, M. A. Gautier, biologiste, est franchement dualiste en admettant que les phénomènes de la pensée n'ont pas d'équivalent mécanique et, quoique connaissables à celui qui en est le siège, se produisent par conséquent sans que se modifie quelque chose qui soit susceptible de mesure. Ce sera toujours dans la biologie que nous trouverons le dualisme vrai, et cela est naturel, car il est né de l'observation de la vie; toutes les entités statiques, appelées forces^ et exploitées dans le domaine de la physique, ne sont que des notions anthropomorphiques transportées hors du domaine de la biologie où elles avaient pris naissance.

DÉFENSE DU MONISMB 179

J'ai longuement étudié ailleurs * ces prétendues entités statiques que Ton appelle forces, et j'ai montré qu'elles sont calquées sur Tactwité vitale de rhomme; je n'y reviens donc pas ici» et je me contente de rappeler que ces forces no se manifestent précisément à nous que par une modification de quelque chose de mesurable. Voici, au reste, comment je terminais dans ce précédent travail l'étude de ce premier point fondamental du dualisme.

« Rechercher s'il y a dualisme dans les phénomènes vitaux, cela ,revient à savoir si, dans un homme vivant, la pensée se produit sans correspondre à une dépense d'énergie chimique ou autre ; les dualistes le prétendent, mais comme ils n'ont jamais vu une âme penser sans être logée dans un corps, et que, d'autre part, le corps, pour rester vivant, doit consommer des aliments, il ne me semble pas que personne soit autorisé à dire que l'homme pense sans dépenser. Pour ma part, quand je pense, je me fatigue, et c'est là un phénomène chimique*; je crois donc que la pensée correspond à un phénomène chimique, et qu'il y a équivalence entre de la pensée et du travail. Les daalistes le nient, c'est leur affaire, mais ils n'ont pas le droit de s'appuyer pour cela sur la physique de la qualité ; car toutes les « qualités » de la nature phy-

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