Voy. Les lots nalm^lles, op. cit. y cliap. xix
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mécanicien; c'est Tétat particulier d'un certain ensemble de tissus, la série des variations produites dans une partie du corps, qui dirige, met en train ou suspend, suivant les cas, l'activité de tous les organes de Thomme vivant ; et cet état particulier, cette série de variations est elle-même la conséquence de réactions physiques et chimiques, qui se produisent entre le corps et le milieu ambiant* ou dans rintérieur du corps, et qui, comme toutes les actions physiques ou chimiques, sont soumises au déterminisme universel. Voilà la conclusion fatale qui s'impose à tout esprit logique, et cette conclusion suffit à écarter du monisme la plupart de ceux qui en entendent parler.
C'est la question de la liberté individuelle.
Pour un dualiste croyant à une entité directrice indépendante du corps, la liberté absolue de l'individu ne fait aucun doute I Le corps étant sain, l'entité directrice indépendante peut, quant elle veut, actionner le rouage qui lui plaît, choisir à sa fantaisie, parmi les fonctionnements de l'organisme, celui qu'elle veut mettre en train; elle n'est limitée dans son choix que par la limitation du mécanisme humain lui-même, mécanisme qui, pour être admirablement varié, n'est pas cependant infiniment malléable; en d'autres termes, cette
1. Nous verrons plus loin combien il est important de mettre en évidence que tout ce qui se passe dans le corps dépend de deux facteurs, le corps et le milieu.
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entité directrice peut hommer comme il lui plaît, mais ne peut qn^hommer.
Pour un moniste au contraire, les raisonnements et les déterminations d'agir qui se manifestent dans la mentalité d'un homme, ne sont que le reflet intérieur de mouvements physico-chimiques du cerveau, mouvements qui sont soumis au déterminisme universel ; en d'autres termes, quelqu'un qui saurait, au moyen du phrénoscope^ lire pendant un certain temps tout ce qui se passe dans la substance! cérébrale d'un homme, saurait, par là même, tout ce que cet homme aurait pensé^ senti, VOULU, dans cet intervalle ; les volitions de Tindividu seraient donc soumises au déterminisme le plus rigoureux, puisqu'elles ne seraient que le reflet intérieur des mouvements physico-chimiques qui se produisent dans la partie directrice de la machine humaine. Par conséquent, un moniste convaincu, doit considérer comme impossible qu'un homme ait voulu à un moment donné autre chose que ce qu'il a voulu précisément à ce moment. La volonté de l'homme n'est donc pas libre, au sens absolu que lui attribuent les dualistes.
C'est sur ce point que porte tout le débat.
Il y a deux raisons pour que, présenté de cette façon, le problème ne puisse pas être résolu :
D'abord, et c'est là encore un mystère au sujet duquel les métaphysiciens peuvent se livrer indéflniment à des méditations sublimes, ce qui est
passé est passé': le temps coule, disent les poètes, comme un fleuve qui ne peut remonter à sa sou ice ; et par conséquent, il est impossible de faire une expérience pour savoir si un homme qui a pensé ou voulu une chose à un moment donné, aurait pu vouloir ou penser au^re chose, à ce même moment. Les dualistes sont convaincus qu'il l'eût pu; les monistes doivent croire le contraire; aucune expérience ne peut trancher la question; ce qui est passé est passé, et nous n'y pouvons rien. Cette affirmation me fait penser à la belle action d'un pauvre curé breton que j'ai connu dans mon enfance; ce curé avait du génie sans s'en douler^ il avait inventé la psychothérapie et il a hûi un miracle. Une pauvre femme très scrupuleuse avait, quelque dix ans auparavant, commis une vilaine action qu'elle continuait à se reprocher, au point que les macérations qu'elle s'imposait menaçaient d'altérer gravement sa santé ; le bon curé ne savait comment consoler sa pénitente; un beau Jour il eut une idée merveilleuse; la vilaine action que se reprochait la malheureuse n'avait laissé nulle part aucune trace, si ce n'est que dans le cerveau malade de cette exaltée.
« Ma sœur, lui dit-il un jour, vos jeûnes et vos prières ont enfin gagné votre cause près du Tout- Puissant; il a effacé du livre des jours la pa^^i que vous aviez salie; ce que vous vous êtes tant repioclié depuis dix ans n'a pas eu lieu. »
Et la bonne femme fut guérie; elle était d'une nature simple, et je ne crois pas qu'un moniste, niéme facile à convaincre, admette une intervention miraculeuse de cet ordre dans une expérience sur la liberté absolue des volitions.
La seconde raison pour laquelle le débat sur la liberté absolue de la volonté humaine me paraît devoir s'éterniser, c'est que \e mot /iéer/^ lui-même est emprunté à l'observation de l'homme et des animaux; la spontanéité apparente des mouvements lies êtres vivants a été, pour les observateurs grossiers qu'étaient nos ancêtres, la première caractéristique de la vie! être libre, c'était être comme un homme ou comme un cheval, par opposition avec une pierre ou un cours d'eau ; il n'y a pas d'autre définition possible de la liberté puisque, en dehors des êtres vivants, il n'y a aucun exemple dans la nature, qui puisse faire croire à une faillite dïï déterminisme. Mais alors, il est évident que si cette notion de liberté est empruntée à l'observa- Uon de l'homme, si elle vient de ce que chacun de nous sent en lui-même, rien ne paraîtra plus ridicule que la négation de la liberté de l'homme, à moins qu'il ne soit prouvé que l'on a déformé la notion empruntée à l'homme, ou qu'on lui a donné une extension illégitime; c'est précisément ce que prétendent les monistes. Le moniste le plus convaincu ne niera jamais qu'il agisse, à un moment donné, pour des raisons qui sont en lui.
Je viens de recevoir d'Amérique une brochure que je n'ai pas encore eu lé temps de lire, et qui est intitulée : The freedom of Ihe willy a study in matérialisme. La dédicace de cet opuscule m'a violemment intéressé; elle commence par ces mots : « AM. X., dont toute la vie est un exemple de volonté libre ». Il faut que le problème de la liberté absolue soit bien mal posé pour que les auteurs songent encore à en chercher une solution dans l'exemple fourni par la vie d'un héros de Plutarque ou de tout autre individu. Chacun sait que les organismes humains diffèrent quantitativement les uns des autres et que le mécanisme appelé volonté est plus ou moins développé chez nos congénères; ce mécanisme, dans lequel se transforment en déterminations d'agir les impulsions venues du dehors, est tout à fait différent chez un impulsif, chez un aboulique ou chez le cardinal de Richelieu; la seule question est de savoir si c'est un mécanisme comparable aux autres mécanismes connus, en ce sens que rien ne s'y passe sans que se modifie quelque chose qui est susceptible de mesure. Les monistes le prétendent; les dualistes le nient, mais l'observation du caractère le plus entier, le plus volontaire, le plus intraitable, ne fera pas faire un pas à la ques' tion.