‹ L'athéismeChapitre 58 sur 87 · Introduction à V étude de ta psychologie, pp · texte numérisé non relu

Introduction à V étude de ta psychologie, pp

d'une manière vicieuse. Les états de conscience sont la traduction, dans le langage subjectif propre à celui qui en est le siège, des modifications mesuriables que l'observateur étranger étudierait au moyen du phrénographe hypothétique de tout à rheure. L'observateur étranger, lisant au phrénographe, ne lirait pas : « douleur des coups de bâton », « amour maternel » ; il verrait seulement des hiéroglyphes mesurables conduisant à d'autres hiéroglyphes qui représenteraient, dans le premier cas, la mise en train d'un mouvement de fuite, dans le second cas, la mise en train d'un mouvement de défense, et tout cela lui paraîtrait soumis au déterminisme le plus parfait, sans qu'il eût aucun moyen de savoir si Tanimal étudié est au courant, d'une manière ou d'une autre, de ce qui se passe en lui. La conscience de ces mouvements cérébraux chez l'animal observé serait aussi inconnue de l'observateur au phrénographe, que la sonorité des vibrations l'est du sourd qui fait de l'acoustique. Mais si Ton apprend au sourd que des hommes plus privilégiés peuvent lire directement, au moyen de leurs oreilles, le mouvement vibratoire qu'il lit indirectement au moyen de ses yeux, il n'aura jamais l'idée de prétendre que la ligne sinueuse du cylindre enregistreur « est mécaniquement, mathématiquement déterminée, quels que soient les sons correspondants qu'entendent les hommes pourvus d'oreilles ».

L'influx nerveux résultant d'une impression donnée se répartit dans le cerveau suivant Tétat du cerveau au moment considéré*, et produit dans les divers points de ce viscère des modifications mesurables qui, dans Thypothèse du phrénographc réalisé, peuvent se lire de deux manières : Tune réservée au propriétaire du cerveau et qui est le langage subjectif des états de conscience, l'autre qui est à la portée de tout individu capable de lire un phrénographe. Mais il n'y a là que deux traductions différentes des mêmes mouvements,' des mêmes modifications mesurables: il suffirait de savoir établir un dictionnaire pour passer de Tune des langues à Tautre ; dans tous les cas, le fait de la lecture consciente de son propre cerveau par V observé échapperait à* l'observateur du phrénographe, serait pour lui un épiphénomène sans intérêt, au point de vue de son étude objective des phénomènes; il faut le répéter une fois de plus, puisque les dualistes semblent toujours ne pas comprendre notre thèse ; ce qui est sans intérêt pour l'observateur objectif, ce n'est pas ce que lit l'observé dans son jiropre cerveau, mais seulement le fait qu'il lit dans sa conscience quelque chose de précisément équivalent à ce qu'observe objectivement le lecteur du phrénographe.

1. Et cet état change sans cesse^ comme nous le constatons dans notre langage subjectif, par la mobilité de nos pensées, comme le constatent également les observateurs étrangers qui étudient objectivement les phénomènes vitaux.

Nous pouvons maintenant renoncer à Thypothèse du phrénographe réalisé; il nous a servi seulement à expliquer sans ambiguïté la théorie de la conscience épiphénomène ; il est évident désormais, me semble-t-il, pour quiconque s'est donné la peine de suivre ces raisonnements plutôt ennuyeux, que la théorie de la conscience épiphénomène est identique à la définition du monisme dont elle n'est qu'un exposé dififérent; elle se borne à prétendre que rien ne se passe dans la pensée humaine sans que se modifie parallèlement quelque chose qui est susceptible de mesure, qui, en d'autres termes, est observable au phrénographe^

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