Supplément du numéro de septembre 1903, p
lités qui accordent cependant à la conscience des déteiininations d'agir, indépendantes de Fétat du cerveau ; à côté du mécanisme il y a quelque chose qui, malgré tout, est indépendant du mécanisme, et qui tourne les robinets de mise en train. L'équivalence mécanique de ces actes matériels est si faible qu'elle est difficile à mettre en évidence ; de même, lorsqu'on étudie le rendement d'une locomotive, on ne* tient pas conipte de l'effort du mécanicien qui actionne la machine, et cependant, cet effort existe et est mesurable ; mais il se passe en dehors de la machine même, tandis que, dans latfiiachine humaine, les mécanismes de mise en train font partie de la machine comme tous les autres rouages. Si les spiritualistes admettent cela, ils sont monistes, et je ne vois pas par quelle nuance ils diffèrent des autres; mais je crains bien qu'ils n'arrivent, par une souplesse d'esprit dont je suis incapable, à accorder le déterminisme le plus rigoureux avec la liberté absolue des mises en train. C'est ce que fit, avec sa bonne fumeur habituelle, M. l'abbé Naudet, dans une conférence contradictoire où nous parlâmes l'un et l'autre. Il me dit, en substance, que les miracles ne sont pas en contradiction avec le déterminisme, et voici l'exemple qu'il me donna :
« Un homme dort sur le bas port à l'ombre d'un pont; une grosse pierre se détache à quelques mètres de hauteur, juste au-dessus de la tête
du dormeur; il est infailliblement condamné; mais du bout de ma canne, je donne une légère impulsion à la pierre, sa trajectoire dévie, et voilà mon homme sauvé; voyez-vous là quelque chose qui soit en contradiction avec les lois naturelles? Dieu peut donc faire des miracles sans lonner le moindre accroc aux lois qu'il a imposées au monde ».
Évidemment, l'effort de la canne du sauveteur est petit par rapport à la force vive du pavé qui tombe; mais il n'est pas nul, et il a une équivalence mécanique ; tandis que si c'est Dieu qui est intervenu, par l'exercice d'une volonté qui se manifeste sans que se modifie nen qui soit susceptible de mesure^ son intervention, si minime qu'elle soit, est en contradiction avec le déterminisme universel. C'est toujours la question des mises en train. De ce que nous en connaissons quelques-unes qui nécessitent un très faible effort et que, dans la pratique^ on peut négliger dans l'évaluation d'un travail total souvent très considérable, on conclut qu'il est possible, dans les théories, d'assimiler à ces quantités négligeables les déterminations d'agir qui se passent dans le cerveau de l'honime, et de déclarer, avec M. Armand Gautier, qu'elles n'ont pas d'équivalent mécanique. Avec la formule que j'ai proposée comme définition du monisme, il me semble qu'aucune ambiguïté ne subsiste.
J'arrive, maintenant, au travail de M. Vignon^