OBJECTIONS DE LA « REVUE DE WILOSOPHIE
L'auteur commence par un avant^propos dans lequel il déclare qu'il fait de la métaphysique (p.x), mais que « le matérialisme étant un système métaphysique, il faut bien que la critique raisonnée de cette doctrine soit aussi de Tordre métaphysique ». Il est bien difficile à un homme de ne pas faire de métaphysique ; j'en ai fait, moi aussi^ sans m'en douter, et bien souvent; mais toutes les fois que je m'en suis aperçu, j'ai fait mon mea culpa^ et j'ai essayé de me corriger, car ce serait perdre son temps que de discuter avec des gens ayant des convictions opposées, relativement à des choses qui ne sont pas susceptibles de vérification. Dans mon livre Les Lois naturelles, j'ai fait un effort soutenu pour m'en tenir aux choses mesurables et les prendre comme point de départ de tout ; je me suis aperçu alors, en relisant mes ouvrages antérieurs, que j'avais maintes fois employé des expressions métaphysiques, et j'en ai été fâché ; mais, en y regardant de plus près, j'ai constaté qu'il y avait seulement là un vice de forme, et que les mêmes propositions pouvaient subsister sans mo-
1. La série d'articles de M. P.Vignon a été publiée sous forme de brochure; c*est à cette brochure que je renverrai pour la pagination.
dification et être traduites dans un langage positif^ ; que, en d'autres termes, des propositions d'apparence métaphysique signifiaient tout de même quelque chose. C'est parce que je trouve dans l'ouvrage métaphysique de M. Vignon, un substratum positif, que j'en fais mention ici; je n'irais pas volontiers me battre avec une ombre. Je m'en tiens donc à ma définition toute positive du monisme, et ce sera ma position pour écouter M. Vignon. Je sais bien qu'on me dira que je fais encore de la métaphysique, puisque je considère comme mesurables des choses qui n'ont pas jusqu'à présent été mesurées ; elles sont difficiles à mesurer, j'en conviens, mais nous avons des raisons de croire qu'elles sont le siège de modifications et c'est là la thèse du monisme. Je n'imiterai pas Auguste Comte qui, n'ayant pas connu le spectroscope, déclarait impossible l'étude de la chimie stellaire ; je ne vois pas que le phrénoscope soit plus invraisemblable que le spectroscope, et les rayons N ont déjà failli nous donner l'équivalent des raies de Frauenhofer. Il ne faut pas désespérer des progrès de la science qui a pour objet principal la recherche de nouvelles méthodes de mesure.
M. Vignon commence par définir le matérialisme « un monisme substantiel et un monisme
1 . Jo crois avoir, par exemple, donné, au cours de ce chapitre, une définition de la conscience épiphénomène, meilleure que la première, mais équivalente.
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analytique » ; il déclare en conséquence qu'il a pour base Tunité de conslitution de la matière et qu'il ne saurait admettre les nombreux corps simples de la chimie. Sur le terrain biologique où je me suis placé, je n*ai pas à m*occuper de cela, ainsi que je Tai fait remarquer plus haut. Si, être matérialiste, cela signifie admettre comme base Tunité de la matière, je confesse que j'ai eu tort de m'intituler quelquefois matérialiste, et que j'ai péché par ignorance des systèmes philosophiques ; il est dangereux, pour un homme qui n'a fait que des études scientifiques, d'employer des épithètes philosophiques qtii l'inféodent à des systèmes dont 'il ne connaît rien. La physique des électrons me paraît avoir fait un grand pas dans la voie de cette théorie de l'unité de la matière ; je trouve ses conquêtes admirables, et je m'en réjouis ; mais cela n'a rien à voir avec le monisme biologique que je défends. M. Vignon me le concède d'ailleurs : « Nous ne demanderons pas à M. Le Dantec ce qu'il pense du polythéisme corpusculaire ; il nous répondrait, avec raison, qu'il n'y a là qu'une fantaisie antiscientifique* ». Je ne sais pas ce que je répondrais à M. Vignon, s'il me posait cette question, mais j'aime mieux qu'il ne me la pose pas, et j'entre tout de suite sur le terrain où je me meus plus à l'aise :