‹ L'athéismeChapitre 8 sur 87 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Définitions. — Discussion des preuves de inexistence de Dieu.

« Il y a on Dien, puisque j*y crois. »

(TODTLB MOlfBI.)

§ 5. — LA DÉFINITION DE L'ATHÉISME RÉSULTERA DE L^A DISCUSSION DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU

Autant que j'ai pu le comprendre dans les livres, les croyants ne s'entendent pas tous sur ce qu'ils appellent Dieu; mais ils s'entendent en revanche pour déclarer que l'athéisme est absurde. Je pense que les athées sont comme les croyants, et ont pour seul caractère commun de déclarer dépourvues de sens les affirmations de ceux qui croient. Gela est bien humain; on s'entend plus facilement contre quelqu'un que pour quelque chose ; dès qu'une doctrine triomphe, des schismes naissent.

D'abord, une chose m'a toujours profondément

étonné, c'est que les croyants de tous les temps ont cherché et donné' des preuves de Texistence dç Dieu. Et, naturellement, toutes ces preuves sont irréfutables pour ceux qui les utilisent ; malheureusement, elles ne le sont que pour eux; elles prouvent qu*ils croient en Dieu^ et voilà tout.

La démonstration d'un théorème de géométrie est à Tusage de tous; elle entraîne chez tous une certitude indiscutable; chez les croisants, la certitude de l'existence de Dieu préexiste à la démonstration; la démonstration n'y ajoute rien. Il me semble que, si j'étais croyant, je n'aurais pas besoin de me demander pourquoi. Mais, me dirat-on, il y a les athées comme vous qui niez l'existence de Dieu; c'est à cause des athées qu'il faut des preuves, en vue de ceux que l'athéisme pourrait influencer. S'il y' a des athées, cela prouve simplement que les preuves de l'existence de Dieu ne valent rien. Elles sont bonnes pour ceux qui croient, et qui, par conséquent, n'en ont pas besoin; elles sont inefficaces pour ceux qui ne croient pas, et c'est même une grande imprudence que de donner de telles preuves, car un athée, les ayant jugées insuffisantes, se trouvera, par là même, plus autorisé à se proclamer athée. On ne saurait attaquer le croyant qui se contente d'affirmer sa foi ; on peut discuter les raisons qu'il en donne, s'il a la témérité d'en donner. Les Pensées de Pascal sont, à mon avis, le livre le plus capable

DISCUSSION DES PREUVES DE l'eXISTENCE DE DIEU 25

de renforcer Tathéisme chez un athée. En déclarant, d'ailleurs, que « la foi est un don de Dieu », le catéchisme ne laisse aucun espoir à ceux qui voudraient l'acquérir ou la transmettre par le raisonnement.

On enseigne cependant les preuves de Texistence de Dieu aux élèves de philosophie. Je divise ces preuves, dites classiques, en deux catégories : celles que je comprends et celles que je ne comprends pas. Je discuterai les premières, car il ne suffit pas de comprendre un raisonnement pour l'admettre ; on peut énoncer, en termes fort clairs, un théorème faux; j*ai donc le droit de chercher si, à des preuves énoncées en langage compréhensible, je ne puis trouver un défaut de logique.

Quant aux preuves de la seconde catégorie, je n'y puis voir qu'une expression de la mentalité de croyant; elles ne sont pas accessibles à la mienne; les comprendre serait les admettre ; elles résultent simplement, chez ceux qui les ont trouvées, de l'idée préconçue et indiscutée de Texistence de Dieu ; en d'autres termes, elles prouvent que leurs auteurs sont croyants et bien croyants.

§ 6. — LES PREUVES MéTAPHYSlQUES

Dans cette seconde catégorie entrent presque toutes les preuves dites métaphysiques. Je n'en

donnerai pour exemple que le raisonnement emprunté à Descartes : « Je sais que je suis, mais qui suis-je? un être qui doute, c'est-à-dire imparfait. Or, je ne puis considérer mon imperfection sans concevoir Tètre infiniment parfait. Et cette idée ne peut me venir, ni de moi-même puisque je suis imparfait, ni du monde extérieur qui est plus imparfait encore. Il faut donc qu'elle me soit donnée par l'être parfait lui-même. » Si vous voyez là autre chose que du fatras inintelligible et des affirmations gratuites, c'est que vous êtes croyant vousmême et que ce « raisonnement » eût pu naître en vous, comme en Descartes. Quand on est swr d'une chose, on n'a pas besoin de se fatiguer le cerveau pour la démontrer.

Cependant, en comparant cette « preuve » de Descartes à celle qui est connue sous le nom de preuve de Saint-Anselme, il me semble possible de mettre en évidence la pétition de principe résultant de l'idée de « perfection ».

K Nous avons Tidée d'un être parfait, dit Saint- Anselme; or la perfection absolue implique l'existence, donc l'être parfait existe ».

La « preuve » étant donnée sous cette forme, on voit que le point de départ du raisonnement est Texistence, chez celui qui l'émet, de l'idée innée de Dieu ; elle pourrait se traduire en langage clair : H Nous avons l'idée de Dieu, or nos idées ne nous trompent pas, donc Dieu existe ». Cela suppose

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