DISCUSSION DES PREUVES DE L*EXISTENCE DE DIEU
deux choses ; 1* que Thomme a l'idée de Dieu ; 2® que nos idées ne nous trompent pas.
A la première de ces deux propositions je ne puis rien dire, sinon que je n'ai pas et que je n'ai jamais eu cette idée considérée comme commune à tous les hommes ; mais c'est là une affirmation gratuite ; je ne pourrai pas la démontrer et les croyants ne voudront pas me croire. De même un daltonien vrai ne pourrait démontrer à des hommes normaux qu'il n'a pas l'idée de couleur. Je laisse donc de côté la première des deux propositions précédentes ; cependant la preuve de Saint-Anselme me permet de comprendre un peu mieux celle de Descartes, qui, si je ne me trompe, se ramène à ceci : « Nous avons ridée de la gradation dans la perfection, donc il existe un être infiniment parfait ». Descartes, qui était mathématicien, savait pourtant que certaines grandeurs peuvent croître indéfiniment sans dépasser jamais une limite finie donnée, ou, si l'on préfère, que certaines courbes ont une asymptote horizontale.
Nous pourrions donc imaginer un être plus parfait que tout ce que nous connaissons sans être obligés pour cela d'admettre un être infiniment parfait; je me demande d'ailleurs avec quel instrument on mesure la perfection, et comment Descartes a pu découvrir que le monde extérieur est plus imparfait que nous. Mais je laisse de côté ces considérations qui feront sourire les croyants ;
j'aime mieux en venir tout de suite à ce qui me paraît vraiment susceptible d'être scientifiquement discuta, savoir que « nos idées ne nous trompent pas ï>. C'est là le vrai champ de bataille entre les croyants et les athées; nous retrouverons la même affirmation dans les preuves dites morales, qui concluent, par exemple, de notre idée de justice, à Texistence d'un souverain juge.
Pour un évolutioniste convaincu de Tacquisilîon progressive de tous les caractères physiques ou psychologiques qui constituent aujourd'hui notre mécanisme, pour un philosophe qui croit à l'hérédité des caractères acquis, la forme absolue de nos idées n'a rien que de très naturel, et la genèse de ces idées se conçoit. J'ai longuement exposé cette question dans un autre volume* de cette collection de philosophie scientifique ; je me contente d'y renvoyer le lecteur. Mais il me semble que, même sans faire intervenir la notion d'évolution, nous constatons en nous l'idée de bien des choses qui n'existent pas. Nous avons l'idée de la ligne droite, nous avons Tidée de la couleur, nous avons l'idée du son ; or nous ne connaissons pas de ligne droite ; direz- vous que la couleur existe, que le son existe? Je vous répondrai que la couleur résulte de la rencontre de certaines conditions ambiantes et d'un être vivant capfable d'en être