CHAPITRE PREMIER
v-fi POJ^T]^ DU ayo
Lq sa»^<ii 6 juia 190a romyit la monotone v|e w*op ip^nait au po§te de Nassi-Imf^l par dçm^ éyéajBWÇats. dfiaégale importa,nçe : Tarrivéç d'u9« lettre (j€^ Mlle Cécile; de; C,.» et celle des pluçt réecîftts pumérqs du Jonmol Qfficiel de la RépiibUqUQ ^fançaisiç.
. -^ Si mpu lieuteaaAt le permet? — dit le marèebs^l d^ logis chel Oxâtelain» se mettant ^* ps^rcounr le§ nuiaéro* dout U avait fait sarL^r; les WMas.
P%iu si^e de tête» j'acquie^f ai» déjà tout entier plongé dan^ la lecture de la lettre dç Mlle de C...
« Lorsque ceci vous parviendra, écrivait en
sub»t|ince cette aimable j^une fllle^ mamaM et moi auroBs 9anS) doute quitté Paris pour 1^ campagne. Si» dans, votre bled» Fidée que je m'ennuie autant que vous peut vous être une consolation, soyez heureux. Le Grand Prix a eu lieiù J'sd joué le cbevaA que vous m'aviez indi* iqué» et, naturellement j'ai p^du. Vavanl-« veillé, nous avoua diné €;bQz les Mft^al de la T<«i^ H T avi^ Plaji Çb«^tria|i, toujours}
étonnamment jeune. Je vous envoie sson dernier livre, qui fait assez de bruit. Il parait que! les Martial de la Touche y sont peints nature^ J'y joins les derniers de Bourget, de Loti et de France, plus les deux ou trois scies à la mode dans les cafés-concerts. En politique, on dit' que l'application de la loi sur les congrégations rencontrera de réelles difficultés. Ptien de bien nouveau dans les théâtres. J'ai pris. un abonnement d'été à Y Illustration. Si ça vous chante... A la campagne, on ne sait que faire. Toujours le mêm^ lot d'idiots en perspective pour le tennis. Je n'aura:' aucun mérite à vous écrire souvent. Epargnezmoi vos réflexions à propos du petit Combemale. Je ne suis pas féministe pour deux sous, , ayant assez "de confiance en ceux qui me disent jolie, et en vous particulièrement. Mais enfin, j'enrage à ridée que si je me permettais vis-à-vis d'un seul de nos garçons de ferme le quart des privautés que vous avez sûrement avec vos Ouled-Naïls.., Passons. Il y a des imaginations trop désoblijgeantes, »
J'en étais à ce point de la prose de cette jeune fille émancipée, lorsqu'une exclamation scandaleuse du maréchal des logis me fit relever la tête.
— Mon lieutenant!
— Qu'y a-t-il?
— Eh bien! Ils en ont de bonnes au ministère. Lisez plutôt.
Il me tendit YOffîcîel. Je lus :
su Par décision en date du 1" mai .1903, le çapi-
taîne de Saînt-Avit (André), hois Cadrés, est affecté au 3* spahis, et nommé au commande^ ment du poste de Hassi-InifeL »
La mauvaise humeur de Châtelain devenait exubérante i
— Le capitaine de Saint-Avit, commandant du poste! Un poste auquel on n'a jamais eu rien à redire ! On nous prend donc pour un dépotoir !
Ma surprise égalait celle du sous-offici-er. Mais en même temps, je vis la mauvaise figure de fouine de Gourrut, le joyeux que nous employions aux écritures; il s'était arrêté de griffonner et écoutait avec un intérêt sournois. ♦;>
— Maréchal des logis, le capitaine de Saint- Avit est mon camarade de promotion, — dis-JQ sèchement.
Châtelain s'inclina, prit la porte; je le suivis.
— AllonSy vieux, — dis-je en lui frappant sur l'épaule, — pas de moue. Rappelez-vous que dans une heure nous partons pour l'oasis. Préparez les cartouches. Il faut sérieusement améliorer l'ordinaire.
Rentré dans le bureau, je congédiai d'un geste Gourrut. Resté seul, je terminai rapidement la lettre de Mlle de C..., puis ayant pris de nouveau VOffîcîel, je relus la décision ministérielle qui donnait au poste un nouveau chef.
Voilà cinq mois que j'en faisais fonction, et, ina foi, je supportais bien cette responsabilité èl goûta! s fort cette indépendance. Je puis même
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affirmer, sans me flatter, que, soJs ma dif^ee** tien» ie service avait marehé autrement que aoim celle du capitaine Dieulivol, le prédécesseur de SaintrAvit. Brave homme, ce capitaine Bieulivol, colonial de la. vieille école, sou&*officîev de& Dodds et dea Duchesna, mais nifecté d^ttne effroyable propension aux liqueurs fortes, et trop enclin, quand il avait bu, à confondre tous les dialectes et à faire subir à un Haoussa un interrogatoire en sakalave. Personne ne fut jamais plus parcimonieux de$ ressources en eau du poste. Un matin qu'il préparait son absinthe, en compagnie du maréchal des logis chef, Cbâteiain, les yeux fixés sur le verre du capitaine» vit ftYce. étonnement la liqueur verte blanchir sous u^e dose d'eau plus forte qu% Tordinaire. Il releva la tête, sentant que quelque chose d'anormal venait ^e se produire* Raidi» la carafe indlinée k la Wâin» le capitaine Dieulivol fixait Teau qui dégouttait sut te sucre* II était mort.
Cinq mois durant, u^^rès la disparition de ce sympathique ivrogtie» on .^vait semblé se désm* téresser en haut lieu de son remplacement J^aie» même espéré un moment qu^un# décision serait pri^e*^ la'invejsrtissaAt en droit des. foj^tions (spm j'exerçais en fait#. Et aujourd'hui, cette soudtinei nosrinatîeœu*. ^
Le capitaine de Sii^t«-Avt|;.^ A Saint^<<]fr» jU ^it de »es re<snies. Je l^avais perdu de; i^e. Puis Buai attentitm av^it éM va]»peMe tw Im 9fS^ S<>S ixiwiicgieni ii^^» s^ jé^oration» réeom*
L'ATLANTIDB It,
peose méritée de trois voyages d'exploratioa particulièrement audacieux, au Tîbesti et dans FAir; et soudain, le drame mystérieux de son quatrième voyage, cette fameuse mission entreprise avec le capitaine Morhange, et d'où un seul des explorateurs était revenu. Tout s'oublie vîtCi en France. 11 y avait bien six ans de cela. Je n'avais plus entendu parler de Saint-Avit. Jo croyais même qu'il avait quitté l'armée. Et maintenant, voîcî qae je me trouvais l'avoir, pour chef.
« Allons, pensai-je, celui-là ou un autre !«^ A TEcoIe, il était charmant, et nous avons toujours eu les meilleurs rapports. D'ailleurs je n'ai pas les. annuités voulues pour passer capi« taîne. »
Et je sortis du bureau en ^flotant.^
Nous étions maintenant, Chàtelaiii et moi, nos fusils posés sur la terre déjà moins chaude, auprès de la mare qui tient le milieu de la maigre oasis, dissimulés derrière une sorte de claie d'alfa^ Le scdeil couchant faisait roses les petits canaux stagnants où s'irriguent les pauvres cultures de« sédentaires noirs.
Pas un mot durant le parcours. Pas un mol (durant Taffût. Châtdbin visiblement, boudait.
En »lenee, xioos ^sattimes tour à tour quel« ques-unes des misérables tmirterelles qui venaient, leurs petites ailes traînantes sous le poids de la chaleur du jour^ étanchc^ leur soif à la lourde
<eau verte. Quand une demi-douzainë de minces corps ensanglantés furent alignés à nos pieds, je mis la main sur l'épaule du sous-offiçier,
— Châtelain!
Il tressaillit.
— Châtelain, je vous aï rudoyé tout à Theure, Il ne faut pas m'en vouloir. La mauvaise heure ^vant la sieste. La mauvaise heure de midi.
— Mon lieutenant est le maître, — répondit-il d'un ton qu'il voulait bourru, et qui n'était €[u'ému.
— Châtelain, il ne faut pas m'en vouloir...
iVous avez quelque chose à me dire. Yous savez ^e quoi je veux parler.
— Je ne vois pas vraiment. Non, je ne vois pas.
— Châtelain, Châtelain, soyons sérieux. Par< lez-moi un peu du capitaine de Saint-Avit.
— Je ne sais rien, — dit-il avec brusquerie.
^ — Rien? Alors, ces mots de tout à l'heure?...
— Le capitaine de Saint-Avit est un brave, — ■ murmura-t-il, le front obstinément baissé. — Il est parti seul pour Bilma, pour l'Aïr, tout seul dans des endroits où personne n'a jamais été. C'est un brave.
— C'est un brave, sans doute, — dis-je avec une infinie douceur. — Mais il a assassiné son compagnon, le capitaine Morhange, n'est-ce pasî
Le vieux maréchal des logis trembla.
— C'est un brave, — s'obstina-t-il.
— Châtelain, vous êtes un enfant.. Craignez*
Vous donc que je ne rapporte vos paroles à yotij nouveau capitaine?
J'avais touché juste. Il sursauta.
— Le maréchal des logis Châtelain n'a pëui?
de personne» mon lieutenant. Il a été à Abomey, contre les Amazones, dans un pays où, de chaque' buisson, sortait un bras noir qui vous saisissait la jambe, tandis qu'un autre, d'un coup de coujtelas, vous la tranchait, raide comme balle.
— Alors, ce qu'on dit, ce que vous-même...
— Alors, tout cela, ce sont des mots.
— Des mots. Châtelain, qu'on répète en France partout.
Il courba le front plus bas encore, sans répondrez
— Tête de bourrique, — éclatai-je, — parle-' Iras-tu! ^
— Mon lieutenant, mon lieutenant, — supplia-t-il, — je vous jure que ce que je sais oS rien...
— Xje que tù sais, tu vas me le dire, et tout de suite. Sinon je te donne ma parole que, d'un mois, je ne t'adresse plus un mot que dans 1^^ service.
Hassi-Inîfel : Trente goumiers indigènes. Quat^ Européens, moi, le maréchal des logis, un br. i gadier et Gourrut. La menace était terrible. EUtj jat son efifet.
• — Eh bien, voilà! mon lieutenant, -— fît-H avec un gros soupir. — Mais du moins, après, vous ne me reprocherez pas de vous avoir rapporté sur un chef des choses qui ne sont pas à[
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ïirë, snrloui qiiand elles ne reposent que sur deà propos de mess.
; .- — Parle.
f ' — C'était en 1899. J'étais alors brigadierioarrier, à S£ax, au 4^ spahis. J'étais bien noté. ci comme, en outre, je ne buvais pas, le capitaine adjudant-major m'avait désigné pour la ^pote des officiers. Vraiment, une bonne place. Le marché, les comptes, marquer les livres de Ëi bibliothèque qui sortaient (il n'y en avait pas beaucoup), et la clef de l'armoire aux liqueurs, parce que, pour cela, on ne peut se reposer sur les ordonnances. Le colonel, étant garçon, prenait 'ses repas au mess. Un soir, il arriva en retard, le front un peu soucieux, et s'étant assis, réclama le silence : '^
fr — Messieurs, — dit-il, — j'ai ane eommuniieation à vous faire et vos avis à recueillir. Voicâ 4e quoi il s'agit. Demain matin, la Ville-de» Haples arrive à Sfax. Elle a à son bord le capitaine de Saint-Avit qui vient d'être affecté à Feriana et qui rejoint son poste.
« Le colonel s'arrêta : « Bon, pensai-jc, c'e«t lé: menu de demain à soigner. » Car vous connaistes la coutume, mon lieutenant, suivie depuis ^^il y a en Afrique des cercles d'officiersi. Quand im officier est de passage, ses camarades voat le? chercher en bateau et l'invitent au cercle pour la durée de l'escale^ Il paie son écot en nouvelles Sv pays. Ce jour-là, oa fait bien les ciioses» même ^ouT un simple lieutenant. A Sfax, un officier
d« passage» eela voulait dire : ua plat de plus» du vîn bouché et de la meilleure fine.
« Or, cette fois, je compris, au regard qu'éehan- ^èreat les officiers que peut-être la vieille fine resterait dans sosi armoire.
« — Vous avez tous, je pense, messieurs, ént^idu parler du capitaine de Saint-Avit, et de eer« tain» bruits qui courent à son sujet» Nous n'avoni^ pas à apprécier ees bruits, et l'avancement qu'il a reçu, sa décoration, nous permettent même d'espérer qu'ils n'ont rien de fondé. Mais, entre ne pas suspecter d'un crime un officier, et recevoir à ïiotre table un camarade» il y a une distance quel nous ne sommes pas obligés de franchir» C'est à ce sujet quei je serais heureux d'avoir votre avis. ^
« Il y eut un silence. Les officiers sr re^rdèrent, soudain devenus graves, tous, jusqu'aux plus rieurs des petits sous-lieutenants. Dans le coin où je me rendais compte qu'on m'avait oublié, je faisais mon possible pour qu'aucun bruit ne vînt rappeler ma présence.
« — Nous vous remercions, mon colonel, -— dit enfin un commandant, — d'avoir eu la bonté de nous consulter. Tous mes camarades» je pensé, savent à quels In-uits pénibles vous faites allu-» sioa. Si je me permets de prendre la parole, c'est ^'à Paris, au Service géographique de l'armée, où j'étais avant de venir ici, bien des officiers» et des plus qualifiés, avaient, sur cette triste histoire, iame opinion qu'ils évitaient de formuler, m^iÉ
qu'on sentait défavorable au capitaine dé Sàint- Avit. 4
fc — J'étais à Bammako, à l'époque de la!
mission Morhange-Saint-Avit, — dit un capi* taine. — L'opinion des officiers de là-bas diffère, hélas! bien peu de celle qu'exprime le commandant. Mais je tiens à ajouter que tous reconnaissaient n'avoir que des soupçons. Et des soupçons, vraiment, sont insuffisants, quand on songe à l'atrocité de la chose.
« — Ils peuvent en tout cas suffire amplement, messieurs, — répliqua le colonel, — à motiver notre abstention. Il n'est pas question de porter un jugement; mais s'asseoir à notre table n'est pas un droit. C'est une marque de fraternelle estime. Le tout est de savoir si vous jugez devoir l'accorder à M. de Saint-Avit.
« Ce disant, il regardait ses officiers, à tour dé rôle. Sucessivement, ils firent de la tête un signé négatif.
« — Je vois que nous sommes d'accord, — teprit-il. — Maintenant notre tâche n'est malheureusement pas terminée. La Ville-de-N aptes sera dans le port demain matin. La chaloupé qui va chercher les passagers part à huit heures du port. Il faut, messieurs, qu'un de vous se dévoue et se rende au paquebot. Le capitaine de Saint-Avit pourrait avoir l'idée de venir au cercle. Nous n'avons nullement l'intention, de lui infliger l'affront qui consisterait à ne pas le recevoir, s'il s'y présentait, confiant dans Is^
coutume fradîtîônnelle de la réception. Il faut prévenir sa venue. Il faut lui faire comprendre qu'il vaut mieux qu'il reste à bord.
« Le colonel regarda de nouveau les officiers- Ils ne purent qu'approuver; mais comme on voyait que chacun d'eux n'était pas à son aise!
« — Je n'espère pas trouver parmi vous un volontaire pour une mission de cette sorte. Force m'est de désigner quelqu'un d'office. Capitaine Grandjean, M. de Saint-Avit est capitaine. Il est correct que ce soit un officier de son grade qui lui -fasse notre communication. Par ailleurs, vous êtes le moins ancien. C'est donc à vous que je suis contraint de m'adresser pour cette pénible démarche. Je n'ai pas besoin de vous demander de la faire avec tous les ménagements possibles.
« Le capitaine Grand jean s'inclina» tandis qu'un soupir de soulagement s'échappait de toutes les poitrines. Tant que le colonel fut là, il resta à l'écart, sans mot dire. Ce n'est que lorsque le chef se fut retiré qu'il laissa échapper cette phrase:
« — Il y a des choses qui devraient bien compter pour l'avancement.
« Le lendemain, au déjeuner, tout le monde attendait avec impatience son retour.
« — Eh bien? — interrogea brièvement Icf colonel.
« Le capitaine Grand jean ne répondit pas tout de suite. Il s'assit à la table où ses camarades étaient en train de se fabriquer leurs apéritifs, et lui, l'homme dont on raillait la sobriété, y
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huU presque <i*nn trait, sans attendre que le sucre fût fondu, un grand verre d'absinthe.
« — Eh biesi, capitaine? — répéta le colonel.
« — E2l bîea, noBon colonel, c'est fait. Vous pouvez être tranquille* II ne descendra pas i, ierre. Mais; vrai Dieu, quelle corvée!
« Les officiers n'osaient souffler mot. Seuls, leBrs regards disaient leur anxieuse curiosité.
« Le capitaine Grandjean se versa une gorgée d'eau.
t< — Voilà, j'avais bien préparé ma phrasé, en route, dans la chaloupe* En montant l'esca" lier, je sentis que tout s'était envolé. Saint-Avit était au fumoir, avec le commandant du paquebot. Il me sembla que je n'aurais pas la force de lui dire la chose, d'autant que je le voyais prêt à descendre. Il était en tenue de jour, son sabre sur la banquette, et il avait des éperons. On ne garde pas d'éperons à bord. Je me présentai, nous échangeâmes quelques paroles» mais je devai^s avoir l'air bien emprunté, car, dès la première minute, je compris qu'il avait deviné. Sous un prétexte quelconque, ayant quitté le commandant, il me ccmduisit à rarrière, près de la grande roue du gouvernail. Là, j'osai parier : mon colonel, qu'ai-je dît? Ce que j'ai dû bafouiller! Il ne me regardait pas. Accoudé au bastingage, il laissait ses yeux errer au loin, avec un sourire. Puis, soudain, quand je me fus bien empêtré dans mes explications, il me fixa froidement et me dit :
5 — Je vous remercie, mon cher camarade.
éé rôtis être donné tout ce dérangement. Mais Vraiment, c'était bien inutile. Je suis fatigué, et n'ai pas l'intention de débarquer. J'aurai eu du moins l'agrément de faire votre connaissance. Pcnsque je ne p«ix profiter dé votre hospitalité, "VOUS me ferez la grâce d'accepter la mienne^ tant que la chaloupe sera au flanc du paqueboL
« — Alors, nous sommes revenus au fumoir.
n a préparé lui-même des cocktails. Il m'a parlé. Nous nous sommes retrouvé des amis communs^ Jamais }e n'oublierai ce viisage, ce regard iro^ xâque et lointain, cette voix triste et douce. Ah! mon colonel, messieurs, j'ignore ce qu'on peut raconter au Sét>vice géographique ou dans les postes du So«idan...r Mais il ne peut y avoir là qu'une horrible équivoque. Un tel homme, coupaUe d'un tel crime, croyez-moi, ce n'est pas possible. »
— C'est tout, mon lieutenant, — acheva Châtelain après un silence. — Jamais je n'ai vu repas plus triste que celui-là. Les officiers dépêdikèrent leur déjeuner,, sans mot dire, dans une impression de malaise contre laquelle personne B'essaya de lutter. Et, parmi ce grand silence» on voyait les regards revenir sans cesse^ à la dérobée, vers la Ville-de-Naple», qui dansait làbas» sous la brise à une lieue en mer.
« Elle y était encore le soir, quand ils se trouvèrent pour le dîner, et ce ne fut que lorsqu'un coup de sirène, suivi de volutes de fumée s'échappont de la dienônée rouge et noire, eut annoncé Iq
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départ du paquebot pour Gabès, ce fut seulement alors que reprirent les causeries, mais pas aussi gaies que d'habitude.
« Depuis, mon lieutenant, au cerclé de Sfax»
on a fui, comme la peste, tout sujet qui risquait de ramener la conversation sur le capitaine d^ Saint-Avit. »:
Châtelaiil avait parlé à voix presque basse, éf lé petit peuple de Foasis n'avait pas entendu ssi singulière histoire. Il y avait une heure que notre dernier coup de fusil avait résonné. Autour de la mare, les tourterelles rassurées s'ébrouaient. Dé grands oiseaux mystérieux volaient sous les palmiers assombris. Un vent moins chaud berçait en frémissant les palmes mornes. Nous avions posé à doté de nous nos casques, pour que nos tempes pussent recevoir la caresse de cette maigre brise. I
— Châtelain, — dis-jé, -^ il est l'heure d^ rentrer au bordj.
Lentement, nous ramassâmes les tourterelle^ tuées. Je sentais le regard du sous-offlcîer peser sur moi et, dans ce regard, un reproche, comme un regret d'avoir parlé. Mais, pendant tout le temps que dura notre retour, je ne pus trouver la force de rompre, par un mot quelconque, notre silence désolé.
La nuit était presque tombée quand nous arrivâmes. On voyait encore, affaissé contre sa hampe, Ji drapeau qui surmontait le poste, mais, déjà»
on n'en distinguait plus les couleurs. A Toccident» derrière les dunes ébréchées sur le violet noir du ciel, le soleil avait disparu.
Quand nous eûmes franchi la porte du fortiiij Châtelain me quitta.
— Je vais aux écuries, — dit-il.
Resté seul, je regagnai la partie du fort où se trouvent le logement des Européens et le magasin à munitions. Une inexprimable tristesse courbait mon front.
Je pensai à mes camarades des garnisons françaises : à cette heure, ils devaient être en train de rentrer chez eux, où les attendait, disposée sur le lit, leur tenue de soirée, le dolman à brandebourgs, les épaulettes étincelantes. v
« Dès demain, me dis-je, j'adresserai une demande de mutation. »
L'escalier de terre battue était déjà noir. Mais quelques lueurs pâles rôdaient encore dans le bureau quand j'y pénétrai.
Penché sur les registres d'ordre, un homme était accoudé à ma table. Il me tournait le dos. Il ne m'avait pas entendu venir.
— Eh bien, Gourrut, mon garçon, je vous en prie, ne vous gênez pas. Faites comme chez vous.
L'homme s'était levé, je le vis, assez grand, ^velte et pâle.
— Lieutenant Ferrières, n'est-ce pas?
Il s'avança et me tendit la main.
— Capitaine de Saint-Avit, Enchanté, mon cher i^amarade.
ao l'atlantidb
Aa même moment. Châtelain apparaissait sux:
le seuil du bureau.
— Maréchal des logis chef» — dit sèchement le nouyeau venu, — je n'ai pas de compliments à vous faire sur le peu que j'ai vu. Il n'y a pas une selle de méhari à laquelle il ne manque des boucles, et les plaques de couche des lebels sont dana un état à faire croire qu'il pleut à Hassi-Inifel trois cents jours par an. En outre, où étiez-vous cet après-midi? Sur quatre Français que compte le iposte» je n'ai trouvé, quand je suis arrivé, qu'un Joyeux attablé devant un quart d'eau-de-vie. Tout ^ia changera, n'est-ce pas? Rompez.
— Mon capitaine» — dis- je d'une voix 'blanche, tandis que Châtelain médusé restait au garçlc à vous, — je tiens à voqs dire que le maréchal des logis était avec moi, que c'est moi qui suis responsable de son absence du poste, qu'il est un sousofikier irréprochable, à tous points de vue, et que si nous avions été prévenus de votre arrivée..^*
— Evidemment, — dit-il avec un sourire de froide ironie. — Aussi, lieutenant» n'ai-je pas l'intention de le rendre responsable des négligences qui doivent rester à votre aetif. Il n'est p9(S obligé de savcir que l'officier qui abandonne, ne fût-ce que deux heures, un poste comme Hassi** Inifel, risque fort de ne pas trouver grand'ehose à son retour^ Les pillards Chaamba, mon cher camarade, aiment fort les armes à feu, et» pour s'adjuger les soixante fusils de vos râteliers* je suis sûr qu'ils n'au-aient aucun scrupule à profiter»
au risque de le faire passer en conseil de guerre» de l'absence d'un officier dont je connais» par ailleurs, les excellentes notes. Mais suivez-moi, voulez-vous. Noxis allons compléter la petite inspection à laquelle je n'ai pu me livrer que trop rapidement tout à l'heure,
II était déjà dans l'escalier . J'emboîtai le pa^ sans mot dire. Châtelain fermait la marche. Je l'entendis qui murmurait, sur un ton dTiumeur que je laisse & imagijier :
— Eh bien, vrai, ça va être drôle, ici.