TEMPÉRATURE DES SOUTERRAINS
De 1783 à 1817, ce thermomètre s'est élevé de ll'',417 à ]2'',086. Arago se demanda si ce léger accroissement n'était pas dû au thermomètre lui-même. Pour ▼érîGer celle conjecture, il pria Gay-Lussac de faire lui-même un thermomètre. Ce savant physicien se rendit à son désir, et gradua avec le plus grand soin un thermomètre qui fut placé à côté de celui de Lavoisier et avec les mêmes précautions. On constata une erreur de -f- 0^,380 dans la graduation de l'ancien thermo« mètre, à cause du déplacement du zéro de son échelle. (A la longue, presque tous les thermomètres deviennent faux. Le zéro, le terme de la glace fondante, monte le k>Dg de l'échelle graduée, comme si la boule contenant le mercure se rétrécissait.) La température de 1817 devait être réduite à 11^706 au lieu de 12^,086, et alors la différence avec la température de la surface (10^,7) n'était plus que de 1 degré, excès en rapport avec l'accroissement de la température suivant la profondeur.
Je suis descendu dans ces caves mémorables le 24 septembre 1871,* deux siècles, Jour pour jour, après la première observation tlicrmoniétrique qui y ait élé faile. Les avenues qui de là conduisaient aux catacombes de Paris ont été fermées; mais le silence sépulcral qui règne en ces profondeurs invite au recueillement aussi bien et mieux peut-être que l'ossuaire vulgaire des squelettes voisins. Le colossal édifice de Louis XIV, qui élève la balustrade de sa terrasse à 28 mètres au-dessus du sol, descend, au-dessous, en des fondations qui ont la même profondeur : 28 mètres. A l'angle de l'une des galeries souterraines, on remarque une statuette de la Vierge, placée là cette même année 1671, et que des vers gravés à ses pieds invoquent sous le nom de • Notre-Damc-de-dessoubs-terre. » De là, on arrive à la galerie des thermomètres, dans laquelle plane le souvenir silencieux des savants qui l'ont parcourue, des Cassini, des Réaumur, des Lavoisier, des Laplace, des Humboldt, des Arago.... Les orages de l'atmosphère et ceux de l'humanité ne pénètrent pas jusqu'à ce sanctuaire, et la Commune de 1871, qui avait osé gravir la terrasse supérieure, a reculé devant l'idée d'aventurer ses pas brutaux sur ces marches sacrées....
En 1871, le thermomètre de Lavoisier marque 11^,73 ; celui de Gay-Lussac, 11^7.
On voit que c'est précisément 1 degré au-dessus de la température moyenne de Paris.
La température moyenne d*un lieu est celle que Ton obtient en faisant la somme des températures moyennes annuelles^ et en divisant par le nombre des années pendant lesquelles ont été faites les observations. Le mode d*opérer n*est applicable qu'à un nombre restreint de stations. Aussi on a dû chercher de bonne heure un moyen d'obtenir, par des expériences effectuées rapidement, des nombres qui pussent suppléer, avec une suffisante approximation, à des déterminations si longues. Nous avons vu que dans nos climats la couche solide qui est à la surface du sol éprouve des yariations de température diurne, que plus bas on trouve une couche qui n'éprouve que des variations annuelles, et qu'enfln, à une profondeur suflisamment grande, à environ 25 mètres, on rencontre une couche invariable, qui est très-voisine de la moyenne d*une très-longue série des températures journalières de l'Atmosphère. En cherchant la température de cette couche sufdsam* ment profonde, ou bien, ce qui revient au même, en déterminant
la température constante des sources qui jaillissent dans une contrée ou des puits peu profonds, ou encore des souterraios, on peut donc arri ver à trouver pour la température de chaque lieu un nombre qui diffère très-peu de celui calculé en employant une longue suite de températures annuelles.
Dans les régions équinoxiales, il suffit de descendre un thermomètre à la simple profondeur d'un tiers de mètre dans des lieu<E abrités, pour qu'il marque constamment le même degré à un ou Jeux dixièmes près. On creuse à cet effet un trou dans des rez-decliaussée sous des cabanes d'Indiens, ou sous de simples hiuigars, dans 'des lieux où le sol se trouve à l'abri de l'échaufTement direct produit par l'absorption de la lumière solaire, du rayonnement nocturne et de l'infiltration des pluies.
En prenant la température des sources pour celle de l'intérieur de la terre, on trouve une concordance très-grande pour la zone comprise entre SOf et 55' de latitude, pourvu que les lieux ne soient pas élevés de plus de 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Pour les latitudes supérieures à 55*, la différence entre les températures de l'air et des sources s'accroit d'une manière sensible.
Vers la cime des Alpes suisses, au delà de 1 400 et 1 500 mètres de hauteur, comme dans les hautes latitudes, les sources delà terre sont de 3* plus chaudes que l'air.
Dans les contrées méridionales les températures des sources et du sol sont inférieures aux températures moyennes de l'air, comme ou le voit par les relations de Humboldt et de Léop. de Buch.
Sous nos latitudes, cette température est égale à celle du so) près de la surface, et est un peu supérieure à la moyenne du lieu.
Ainsi l'une des sources de la Seine, celle de la Duy, à Châtillon-sur-Se ine, a l'tr trouvée à 10',4par Arago,le S5 octobre 1825, à quatre heures du soir. L'eau, alun fort peu abondante, de la • fontaine des Ducs i marquait 10*, \. Une aulre source du mCme fleuve, celle d'Érergereaux, n'était qu'h 9°,2 ; mais il faul dire qu'élit est à 470 mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis que la première n'est qu'à -270. La source de la Marne, près de Langres, qui s'échappe du versant orieitlil d'un coteau calcaire, t 381 mètres au-dessus du niveau de la mer, a élé notée à 9*,7 le 18 oclol>re IB39, dans la matinée, par mou compatriote Walferdin. Sur le versant opposé du même coteau et à peu près au même niveau coule la source (fe [tlanciie r iilùne.doat la température était le même jour, une heure plus tard, de %'*,6. Sur !>' prolongement du même versalit, une source qui coule au bas de 11 villi: de l.:ii>;:;res marquait le même jour 9',b, C'est également la température des puits ilo l.:iTigres qui coulent à la profondeur moyenne de 39 mbtres avec un coU'