LES VARIATIONS DU BAROMÈTRE
de Tannée, vers 10 heures du matin comme vers 10 heures du soir. Quant aux minima, leur distance est plus grande en été qu'en hiver : ces deux termes s'écartent successivement l'un de lautre quand on se rapproche des mois d'été. Durant les jours les plus courts (en novembre, décembre et janvier), les minima ne sont séparés que de huit heures : ils arrivent vers 6 heures du matin et 2 heures de l'après-midi; tandis que, pendant les autres mois, ils s'écartent davantage pour se rapprocher ensuite.
Si par les points indiquant les deux maxima et les deux minima de chaque mois de Tannée, on suppose quatre courbes, ces courbes seront plus rapprochées de la ligne de midi en janvier et décembre, et elles en seront plus éloignées en juin. Elles présentent à peu près les mêmes inflexions que les deux lignes qui indiquent le commencement et la fin du jour pendant les quatre saisons.
Le premier minimum varie de plus de deux heures; il précède en effet midi, de 8 heures 30 minutes en juin, et seulement de 6 heures 22 minutes en décembre.
Le déplacement du premier maximum est également sensible : ce terme extrême arrive à 10 heures 50 minutes du matin en février, et à 8 heures 40 minutes en juin ; toutefois il existe des causes locales qui peuvent influer sur les époques de ces termes extrêmes.
L'époque du second minimum varie dans des limites plus larges encore : il se présente à 2 heures 15 minutes de Taprès-midi en janvier, et à 5 heures 30 minutes en juin : cet intervalle est de trois heures un quart.
Les limites entre lesquelles varie Tépoque barométrique sont, pour le premier maximum comme pour le premier minimum, de près de deux heures environ. L'espace de temps qui s'écoule entre le premier maximum et le second minimum mérite une attention particulière : ces deux termes limites ne sont séparés que de 4 heures en janvier, et leur séparation est de 8 heures 50 minutes en juin : ce dernier intervalle est plus que double du premier.
La formule montre que la variation diurne totale se compose de la combinaison de deux ondes : Tune, à peu près nulle, qui, dans l'espace de 24 heures, a un maximum et un minimum de (y~,03 seulement, et l'autre, très -sensible, ayant deux maxima et deux minima de 0""",25.
Telles sont les variations régulières du baromètre, dues à Taclion diurne et annuelle de la chaleur solaire. Ce sont les moindres. L'Atmosphère est sans cesse en mouvement sous T influence
de forces qui acquièrent une plus grande intensité^ quoiqu'elles aient la môme origine. Les variations irrégulières s'exercent dans une amplitude beaucoup plus considérable. Cette amplitude augmente en allant de Téquateur aux pôles. Tandis que les dif> férences extrêmes du baromètre ne dépassent pas en moyenne quelques millimètres dans les régions équatoriales (exception
faite des cyclones dont il sera question plus loin)^ elles atteignent 50 et GO millimètres dans nos latitudes.
C'est en hiver que se présentent les plus fortes variations barométriques^ et c'est en été que ces variations sont les plus faibles.
A toutes les époques de Tannée, du reste, le baromètre accuse une hauteur plus grande pendant les minima de température que pendant les maxima.
C'est surtout pendant les mois d'automne et d'hiver que les différences de température font le plus sentir leur influence sur la hauteur du mercure. Au printemps, cette influence est moins sensible et se trouve en grande partie masquée par des causes plus actives.
L'Atmosphère n'est pas mise tout entière en mouvement par ces variations de température inférieures. Causées par la durée plus ou moins longue des saisons et par les différences des températures et l'inégale longueur des jours, ces variations produisent, il est vrai, des agitations atmosphériques beaucoup plus élevées en été qu'en hiver; mais elles ne s'élèvent guère dans la première saison à plus de six à huit lieues, et dans la seconde à la moitié de cette hauteur. La partie la plus élevée est relativement dans un état immobile. Les marées atmosphériques au contraire, dues à Tattraction du Soleil et de la Lune, et qui sont à peine sensibles dans nos bas-fonds, doivent être plus marquées dans les grandes hauteurs que les oscillations dues à la chaleur.
Nous verrons plus loin les variations barométriques dues aui vents, aux tempêtes, aux orages, et caractérisant les cbangemenls de temps.
Arrivons maintenant aux saisons considérées en elles-mèmed. Et d'abord^ salut à l'œuvre du Soleil, au Printemps et à TÉté.
CKVPITRE V.
LE PRINTEMPS. — LÉTE.
LA VIE VEGETALE ET ANIMALE. — DE-r^ES t-E CiîALTTR NÉCESSAIRES AUX DIVERSES PLANTES- — LES CERF \irs: LE BLÉ : L\M::SS:n
LA vigne: Ui VEM'AN^.E.
LES ÊTES MÊM<»IIABLE5. — LES PLIS HACTES TEMPÊBJkTCT ES CESEX^ÉE5.
Noos venons d*apprécier le mécanisme des saisons et les varialions mensuelles de la température causées par le transfM>rt oMique de notre planète autour du foyer solaire. Les cliiffres que nous avons constatés nous ont donné la mesure exacte de l'action calorifique du Soleil sur la surface terrestre que nous habitons. Mais ce n*est là quune cause, et ce sont les effets qu'elle produit qui nous intéressent le plus. Si la Terre était un globe de mari>re ou de pierre^ il nous importerait peu de mesurer la variation thermométrique qu'elle pourrait éprouver dans le cours de Tannée. Elle est enveloppée d*un fluide aérien sans cesse agité par la force calorifique qui descend du grand astre^ d*un océan liquide dont la surface se soulève en vapeurs plus ou moins condensées à travers TAtmosphère^ d*un tapis de plantes qui constituent à la fois laliment du règne animal et la parure de la planète; et ces plantes qui tantôt forment d*immenses prairies aux opulents pâturages, tantôt développent dans les plaines ces sillons d*or du pain quotidien^ tantôt brunissent les côtes échauffées de la vigne aux lourdes grappes^ ces plantes sont pour nous le grand thermomètre de l'action vitale de Tastre générateur : ce sont elles qui nous manifestent la véritable marche intéressante des saisons sur notre pla-
nète, ce sont elles qui doivent maintenant nous occuper, car c'esl au déreloppement de la vie qu'est destiné tout ce mécanisme astronomique et météorologique que nous venons d'étudier.
Reportons-nous d'abord au sépulcre de l'hiver, et davantage nous saurons apprécier la splendeur de la résurrection. Nivôse, Pluviôse, Ventôse ont voilé le ciel de leur manteau sombre; élendu sur la terre le suaire glacé des neiges et des frimas. La mort, l'immobilité régnent sur ces tristes jours de février, sans soleil el sans lumière; un ciel de plomb pèse sur dos tètes, la nature esl muette, les squelettes des arbres restent silencieusement immobiles sur la plaine blanche, et le ruisseau qui gazouillait à leurs pieds s'est arrêté, glacé sous le souffle léthargique.... Mais voici le printemps! le radieux, le souriant sylphe avant-coureur de Télé! Germinal, Floréal, Prairial apparaissent avec leurs ailes palpitantes, tissées de rayons solaires, et jettent dans l'air au divia Soleil les notes cadencées de leur carillon. Les voiles de l'.Vtmosphère se déchirent et s'é%'anouissent, te vent glacé d'hiver fait place au léphyr et à la brise, le ruisseau reprenJ sa marche suspendue, la neige fond, et la verdoyante prairie se déploie de nouveau sous les caresses du printemps ! C'est le mois des roses et des parfums, des fauvettes et des chansons. La nature rajeunie se ré\'eille d'un sommeil léthargique; les germes des plantes sentent leur cœur éclater, leur sève monter en tige vers la lumière, les feuilles naître, les bourgeons éclore; et les Qeurs sécrètent des sources de parfums, que le souffle des beaux soirs emportera sous les cieus. La chaleur, cet agent subtil et mystérieux qui se fait sentir dans la matière la plus dense comme dans la plus légère, mais dont l'action mécanique sur les sens généraux est ausâî inexplicable que celle de l'électricité ou que l'émotion que produit en nous un regard ou une parole, la chaleur lait toutes ces mer> veilles, dont l'homme moissonne le meilleur fruit au soleil de messidor.
Comme image, comme symbole du printemps, de la vie renaissante et multipliée, regardons un instant l'oiseau, ce divin habitant de l'air, dans lequel toute la tendresse de la nature semble s'être incarnée, et qui à bien des litres pourrait souvent servir de modèle à notre grande humanité.
Au fond du bois silencieux, que trouble à peine le gazouillement de la source murmurante, les rayons du soleil de mai pieuvent ù travers les branches, et deux petits êtres chantent et causent. Que se disent-ils en leur doux langage? Leurs cœurs palpitent, et si Fort, que de loin nous pouvons même eu distinguer les battements. Quel être que ce petit oiseau des bois dont le cœur est aussi gros que le corps et qui ne vit, dans la pureté du ciel et dans l'atmosphère parfumée que pour aimer et chanter que pour s a bandonner sans reserve à I ardente flamme qui est toute sa Aie!
Xo3 pères voyaient dans 1 œuf le .symbole du Iterceau du monde et delà formation de 1 univers En lui, nous voyons encore se re fléter pour ainsi dire tout le ta
btcau de la nature Ce n est plus maintenant le soleil que nous contemplons, ni ses rayons bruts que nous mesurons numériquement, mais leur métamorphose dans la vie. Cet œuf, inerte en apparence, dur caillou pour nos mains et nos yeux, ce grain est l'espoir de cette jeune mère, hier encore rieuse, légère et insouciante, et aujourd'hui déjà réfléchie, pensive et patiente jusqu'à l'abnégation absolue, qui pendant bien des jours et des nuits se condamne à rester immobile sur cet' objet qu'elle couve de sa chaleur et de son inconscient amour! Et voici
que la \ie se manifeste, la vie, sous cette écorce; et des trcisaillementa dans l'œuf répondent à l'anxiété de la petite couveuse. lît pais, c'est le flis mystérieux de la chaleur qui lui-même va frapper de 3oa bec la prison qui l'enferme, et sortir déjà de sa cage pour l'air lumiQeux, pour la liberté....
La correspondance qui se révèle entre les fonctions de la vie
^Si'^C
370 LE PHINTEMPS.
organique dans le règne végétal et dans le règne animal et t'aecroisseraent de la chaleur solaire est si absolue, que certaines écoles philosophiques de l'antiquité et des temps modernes n'oat vu dans la vie qu'un effet des forces aveugles de la nature. Les hommes qui ont admis ces idées incomplètes n'avaient pas réflêclii qu'il existe dans l'univers trois mondes essentiellement distincts : le monde de la pensée, le monde des forces, et le monde de la matière. La pensée, l'intelligence, les facultés spirituelles et morales, n'ayant rien de commun avec les forces ni avec la matière, ne peuvent être le produit de choses inférieures à elles en puissance. Les forces, comme la chaleur, la lumière, l'électricité, l'altraction, ne sont pas davantage des propriétés de la matière, car il est facile de démontrer que la matière est gouvernée malliémaliquement par elles, et sous leur dépendance. Les phénomènes de la nature, tels que ceux qui se manifestent dans le renouvellement annuel d'une partie de la vie terrestre au printemps, par exemple, nous montrent en présence ces trois ordres d'enlilés : la pensée dans l'organisation générale du système; la force dans l'exécution des œuvres de la nature, et les atomes inertes de la matière diri<;é3 par la pensée et par l'intermédiaire de la force pour conserver sur cette planète la somme d'existences qui lui est confiée, et la développer dans le progrès.
Le plan de la nature se révèle dans les actes instinctifs du petit oiseau des bois aussi bien que dans les mouvements des astres parcourant l'immensité. Et ici nous avons de plus le commencement de la pensée individuelle qui se manifeste dans l'esprit du petit Mre vivant et pensant. Les oiseaux viennent d'éclore, à la grande surprise peut-fitrc de la jeune couveuse elle-même; mais il faut les nourrir et les élever.
A peine nés, les voilà affamés et criards; il faut se metti-e en chasse, et apporter soigneusement au nlil, morceau par morceau, chaque becquée. Le nid esl construit pour éviter le soleil, le grand vent et la pluie.
Que de soinsl quel incessaat travail ! Et quand le corps n'a plus faim, c'est de l'esprit qu'il faut s'occuper. Le cœur sera toujours ardent et dévoué; mais l'esprit? L'éducation d'un oiseau
n'est pas une mince a£Faire. Éviter les méchants — et même les bons (car sur cette planète les apparences sont trompeuses)^ — se bien cacher de Toiseau de proie comme du chasseur. Et le plus grand apprentissage de laviation : voler « plus lourd que Tair » dans Tair même; surpasser à la fois du premier coup d*aile et Taéronaute^ jouet du vent^ et Ftistronome qui ne sait s'orienter sans étoiles^ et le marin dont la boussole est moins sûre que le vol instinctif de Toiseau vers le calme.
Existe-t-il dans toute la nature un tableau plus merveilleux et plus instructif que celui du printemps? Quel contraste entre les glaces de Thiver et le tiède rayonnement du nouveau soleil; entre le cadavre raide et glacé et la souriante résurrection d*une jeunesse toujours nouvelle 1 C'est surtout dans les montagnes de la Suisse^ sur le versant des Alpes, en face des lacs silencieux, que l'œil humain saisit le plus vivement cette profonde transformation due au balancement de l'axe terrestre relativement au soleil.
Pendant la saison glacée, les régions neigeuses sont inaccessibles. Mais aussitôt que le printemps arrive, qu'une haleine du midi fond la pâle couronne des hauts sommets, lout change, tout s'anime sur la montagne; la vie, paralysée pendant sept mois, semble vouloir rattraper le temps perdu. Les herbes poussent avec abondance, les fleurs s'épanouissent avec une prodigalité qui enchante, qui émerveille le promeneur. Le fabuleux Éden n'aurait pu avoir ni de plus fraîches pelouses, ni des bancs plus serrés, des broderies plus élégantes, de plus somptueuses corolles. Les troupeaux, longtemps captifs, sortent des étables et des bergeries. Les pasteurs les conduisent sur les prairies embaumées, où ils trouveront désormais de savoureux festins. Les oiseaux chantent, les fenêtres s'ou. vrent, et les paroles de Gœthe, quand Faust décrit « la promenade hors des murs v, vous reviennent à la mémoire : a Hors des portes obscures et profondes se pousse une multitude bigarrée. Chacun aujourd'hui se chauffe si volontiers aux rayons du soleil ! Ils fêlent la résurrection du Seigneur et sont eux-mêmes ressuscites, échappés aux sombres appartements de leurs maisons basses, aux liens de leurs métiers et de leurs vils trafics, aux toits et aux plafonds qui les écrasent, à leurs rues sales et étouffantes, aux ténèbres mystérieuses de leurs églises; tous ils renaissent à la lumière.... »
La peinture en chromolithographie qui accompagne ce chapitre est destinée à rappeler ici au souvenir de nos lecteurs Tétat de nos paysages ordinaires des régions tempérées sous la douce et joyeuse influence du Soleil de printemps. II serait superflu d^enlrer sur ce sujet dans aucune description : chacun a contemplé
Taziir du ciel lumineux, le verdoyant tapis des prés, le clair miroir des fontaines; chacun se souvient des paysages d'été, et des bois au sein desquels il s'est égaré pour demander à la nature le calme et la paix des beaux jours.
Afin de sentir aussi complètement que possible le contraste des saisons sur cette terre et dans notre propre climat, le même paysage a été peint pendant Phiver au cœur des frimas, et placé au chapitre suivant, consacré à l'automne et à rhiver voy. p. ^01\ Dans celui-ci toute la vie, toute la joie, toute la lumière des beaux jours s'e^t enfuie; les eaux de la riviôre sont arrêtées dans la mort, les arbres squelettes sont couverts d'un froid linceul, le silence règne sur cette tombe, et les nuages plombés d'un ciel neigeux étendent leur manteau sombre sur la
terre. — Il est intéressant, au double point de vue scientifique et esthétique, de comparer les deux tableaux.
C'est surtout dans le règne végétal que se manifeste l'œuvre de la chaleur solaire: aussi est-ce sur ce grand livre de la nature terrostre que nous pouvons le mieux lire la progression de TinQuence du soleil pendant la saison printaniére et estivale. Quoique le tube inanimé du tliermomètre soit une excellente mesure de constatation, toutefois il est bon de compléter ses indications par l'examen de réclielle, beaucoup plus vaste, de la végétation. La météorologie n'arrivera à acquérir le titre de science que du jour où, par l'élude longue et patiente des faits, nous pourrons embrasser sous un môme regard Taction annuelle du soleil sur notre planète et tous ses elTets dans la nature. Notre savant correspondant Ad. Quételet, dont nous avons déjà maintes fois cité les travaux dans cet ouvrage, car il est l'un des premiers promoteurs de la météorologie, est de tous les astronomes le premier qui ait conçu un plan vaste et fécond d'études sous ce point de vue. Il y a plus de trente ans qu'il a indiqué et commencé lui-môme à robservatoire de Bruxelles une série d'observations des phéfwmhies périodiques qui, dans le règne végétal surtout, enregistrent le plus clairement l'état de la température.
Pendant qtie la Terre parcourt son orbite annuelle, il se développe à sa surface une série de phénomènes que le retour périodique des saisons ramène régulièrement dans le même ordre. Ces phénomènes, pris individuellement, ont occupé les observateurs de tous les temps ; mais on a généralement négligé de les étudier dans leur ensemble, et de chercher à saisir les lois de dépendance et de corrélation qui existent entre eux. Les phases de l'existence du moindre puceron, du plus chétif insecte, sont liées aux phases de l'existence de la plante qui le nourrit; cette plante elle-môme, dans son développement successif, est en quelque sorte le produit de toutes les modifications antérieures du sol et de l'Atmosphère. Ce serait une étude bien intéressante que celle qui embrasserait
PAYSACE D'ÉTÉ .
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