LA VIE VÉGÉTALE
à la fois tous les phénomènes périodiques, soit diurnes, soit annuels; elle formerait à elle seule une science aussi étendue qu'instructive.
Linné^ qui^ le premier , comprit tout le parti que Ton pourrait tirer de la météorologie appliquée au règne végétal^ avait indiqué quatre termes d observations^ savoir : la feuillaison^ la floraison^ la fructification et la défeuillaison. De ces quatre données, la plus importante est la floraison.
C'est surtout par la simultanéité d'observations faites sur un grand nombre de points que ces recherches peuvent prendre un haut degré d'importance. Une seule plante étudiée avec soin nous présenterait déjà les renseignements les plus intéressants. On pourrait tracer à la surface du globe des lignes synchroniques pour sa feuillaison^ sa floraison^ sa fructification^ etc. Le lilas^ par exemple^ fleurit, dans les environs de Paris, vers le 26 avril; on peut concevoir à la surface de l'Europe une ligne sur laquelle la floraison est avancée ou retardée de dix, de vingt ou de trente jours. Ces lignes alors seront- elles équidistantes ? Auront-elles des analogies avec les lignes relatives à la feuillaison, ou à d'autres phases bien prononcées dans le développement de Tindividu ? On conçoit par exemple que, pendant que le lilas commence à fleurir à Paris, il existe encore une série de lieux vers le nord où cet arbuste pousse seulement ses feuilles: or, la ligne qui passe par ces lieux a-t-elle des rapports avec la ligne isanthésique qui correspond à la même époque ? On peut se demander encore si les lieux pour lesquels la feuillaison a lieu le même jour, auront aussi la floraison et la fructification le même jour; on voit déjà, en 8*en tenant même aux données les plus simples, combien de rapprochements curieux peuvent être déduits d'un système d'observations simultanées, établi sur une grande échelle. Les phénomènes relatifs au règne animal, ceux particulièrement qui concernent les migrations des oiseaux voyageurs, n'offriraient pas des résultats moins remarquables.
La météorologie, malgré ses travaux persévérants, n'a pu reconnaître jusqu'à présent que l'état moyen des différents éléments scientifiques relatifs à l'Atmospèrc, et les limites dans lesquelles ces éléments peuvent varier en raison des climats et des saisons. Il faut qu*elle-mème continue sa marche parallèlement avec l'étude qu'il s'agit de faire, et que, pour diriger nos jugements sur les résultats observés, elle nous montre, à chaque pas, si les influences atmosphériques sont à l'état normal, ou bien si elles manifestent des anomalies.
Tout èlre organique^ soit animal, soit plante, a essentiellement besoin de Tair atmosphérique, tant pour se développer que pour se conserver la vie; son développement, l'exercice de ses fonctions, de ses habitudes sont arrêtés ou modifiés par les modifications de ce même air atmosphérique. Ainsi Ton observe que des maladies épidémiques ou endémiques régnent en certaines saisons, en certaines années; que la progéniture du lièvre commun ne se développe pas toujours également bien ; que plusieurs rongeurs pullulent une année dans une localité, tandis que Tannée suivante on en retrouve à peine le nombre normal; le cerf, le chevreuil perdent leur bois à une époque qui n est pas invariablement la même chaque année. Pour citer encore quelques exemples également faciles à saisir, ne voit-on pas la perdrix grise élever avec des succès variés sa nombreuse famille; Thirondelle, le martinet, le rossignol arriver dans nos contrées et les quitter à une époque plus ou moins reculée de Tannée; la chenille et le hanneton nous effrayer quelquefois par leur nombre dans nos plantations, etc., etc.?
Le degré de connexion qui existe entre Tanimal, la plante et Tair atmosphérique doit être observé; des observations consciencieuses et suivies doivent indiquer T influence que les êtres éprouvent de la part du milieu dans lequel ils vivent.
Dans le règne animal, Tcpoque de Taccouplement, celle de la naissance, celle de la mue, celle des migrations, celle d'engourdissement et de réveil, celle d'apparition, la rareté ou Tabondance remarquable d'une espèce, sont les points qui doivent être observés et indiqués avec exactitude, conjointement avec les observations météorologiques .
La zoologie et la botanique devraient être les premières interrogées, afin que Ton pût chaque année s'assurer jusqu'à quel point les variations dans la constitution météorologique peuvent avancer ou relarder l'apparition de certains animaux, ou la floraison et la feuillaison des plantes.
Nous avons vu plus haut que dans l'humanité même, l'influence des saisons se manifeste sur les naissances, les mariages, les décès, les maladies, sur tout ce qui se rapporte au physique de Thomme, et jusque sur ses qualités morales et intellectuelles. Les aliénations mentales, les crimes, les suicides, les travaux, les relations commerciales, etc., sont loin d'être numériquement les mêmes aux différentes époques de Tannée. C'est là un immense et fertile champ de recherches.