‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 137 sur 269 · LE FROID. — LA GLACE · texte numérisé non relu

LE FROID. — LA GLACE

tilleric E. Williams remplit d*eau une bombe de 13 pouces de diamètre, puis il ferma le trou de fusée avec un bouchon de fer enfoncé à force. Il exposa la bombe à un froid énergique, Teau gela, projeta le bouchon h plus de 400 pieds, et il sortit par le trou un o\lindre de glace de 8 pouces de long. Dans une seconde expérience, le bouchon résista, mais la bombe se fendit, et une lame de glace sortit de la fente.

Il n y a, d'après cela, rien que de très-naturel, à voir la gelée soulever les pavés des rues, crever les tuyaux des conduites d'eau. C'est alors, comme dit le proverbe, qu il gHe à pierre fendre.

Les pierres dites gélîves, qui se brisent par les temps de gelée, <K>ivent cette propriété à leur porosité; Teau s'introduit dans leurs pores, et, se congelant, brise son enveloppe. Certains végétaux périssent pendant Thiver, parce que Teau contenue dans leurs vaisseaux se congèle et, par son expansion, déchire les tissus. L'un des exemples les plus désastreux de cette action nous est fourni par les pommes de terre, cet aliment devenu si général, et auquel la gelée faii éprouver une altération assez profonde pour modifier sa constitution physique. On sait qu'elle contracte par là un goût extrêmement désagréable qui les fait refuser même par les animaux, et qu'il est à peu près impossible d'en retirer la fécule après le dégel, quoique la composition chimique reste la même.

Complétons ce chapitre par une revue générale des hivers les plus rigoureux.

Il est difficile de décider à quel degré du thermomètre il convient de limiter la définition du froid rigoureux. Nous sommes généralement portés à juger le froid que nous ressentons nousmêmes plus sévèrement que celui qui a sévi sur nos pères, et, lorsque la température descend seulement à 10 degrés au-dessous de zéro, par exemple, nous sommes tout disposés à croire que jamais pareils frimas n*ont glacé la France. Or, nous ne considérerons ici comme hivers rigoureux que ceux dont le froid est assez intense et assez long pour geler, faire prendre certaines sections des grands fleuves , tels que la Seine , la Saône et le Rhin; pour solidifier le vin, pour détruire le tissu de certains arbres, et avoir de graves conséquences sur le règne végétal comme sur le règne animal.

Voici, parmi les hivers mémorables, ceux qui ont été les plus rudes depuis cent ans. Notons d'abord que les plus rudes hivers des siècles passés ont été ceux de 15A4, 1608 et ITOOy année pendant

(l'un bord à l'autre,

sont plus mpides

gent, lepai^

vient assi'

y passe-

preu?-

térr

1" ^;.,Ti-atoire de Paris descendit à

. ';,vfl(e ensuite comme exceptionnelle

.. ,• ^/,/a marquèrent. Le Tibre, le Rliin, la

.',■ j^/ui-mènie, si rapide, furent pris presque

Fig. 117. — Lbivcr.— La Seine cb»rie.

entièrement. A Paris le vin ^'ela dans les caves et les tonoeaux se brisèrent. On entendait dans les bois les arbres se fendre et êcla* ter avec bruit. Des voyageurs moururent de froid sur les routes el restèrent ensevelis dans le linceul de la neige partout répandue.

Après me, nous arrivons à l'hiver de 1788-1789, précurseur de la Pétolution- Cel hiver a été un des plus rigoureux et des plus longs qui aient sévi dans loul*^ l'Europo. A Paris, le TroiU a commencé le 2!> novembre, et dura, sauf une intrrruption de la gelée pendant un jour [lt2b décembre], &0 jours conséculils; te d<V->'l eut lieu à partir du 13 janvier; on mesura une épaisseur de neige de 0-,65. Sjriif grand canal de Versailles, dans les élangs et sur plusieurs riviËres, la glace atteignit jusqu'à 0",60 d'épaisseur. L'eau gela aussi dans plusieurs puita Irùs-proronds ; le vin se congela dans les caves. La Seine commença à prendre dis le 36 novembre 1788 ; durant plusieurs jours, son cours fut interrompu, et la déblcle n'eut

lieu que vers le 20 janvier. La plus basse température observée à Paris fut, le 31 décembre, de —21^,8. Le froid n'a pas été moins fort dans les autres parties de la France et dans toute TEurope. Le Rhône fut complètement pris à Lyon; la Garonne gela à Toulouse ; à Marseille, les bords du bassin furent couverts de glace. Sur les c6tes de TOcéan, la mer gela dans une étendue de plusieurs lieues. La glace, sur le Rhin, fut si épaisse, que des voitures chargées purent traverser ce fleuve. L'Elbe fut entièrement couvert de glaces et porta des chariots de transport. Le port d'Ostende fut gelé assez fortement poun qu'on pût traverser la glace à pied et à cheval ; la mer a été prise jusqu'à quatre lieues de distance des fortifications extérieures de cette place, dont aucun navire ne pouvait approcher. La Tamise fut gelée jusqu'à Gravesand, à six lieues plus bas que Londres ; pendant les fêtes de Noël et le commencement de janvier, à Londres et aux environs, le fleuve fut couvert de boutiques.

Voici les plus basses températures observées en divers lieux :

Râle (Suisse), le 18 décembre — 37^5

Rrème ^Allemagne], le 16 décembre — 35 6

Saint-Albans (Angleterre), le 31 décembre —33 8

Varsovie (Pologne), le 18 décembre — 32 5

Dresde (Allemagne] , le 17 décembre —32 1

Eosberg (Norvège), le 29 décembre — 31 3

Saint-Pétersbourg, le 12 décembre —30 6

Rerlin (Prusse), le 28 décembre • . —28 8

Strasbourg, le 31 décembre — 26 3

Tours, — —25 0

Lons-le-Saunier, — —24 0

Troyes, — — 23 8

Orléans, — —22 5

Lyon, — -219

Rouen, le 30 décembre —218

Paris , le 31 décembre — 2 1 8

Grenoble , — —21 2

Angoulème, — — 18 7

Marseille, — —17 0

Le froid de cet hiver a sévi cruellement sur les hommes et les animaux ; les végétaux furent aussi atteints d'une manière grave. Dans le pays toulousain, le pain gela dans presque tous les ménages: on ne pouvait le couper qu'après Tavoir exposé au feu. Plusieurs voy«3geurs périrent dans les neiges; à Lemberg,en Gallicle, trente-sept personnes furent trouvées mortes de froid en trois jours à la fin de décembre. Les oiseaux qui habitent ordinairement le nord se montrèrent dans plusieurs provinces de la France. Les poissons périrent dans presque tou3 les étangs à cause de la profondeur qu'atteignit la glace.

1794-1795. — dïet hiver a été remarquablement long et rigoureux dans toute l'Europe. A Paris, on compte 42 jours consécutifs de gelée; le 25 janvier eut lieu le plusgrand froid qui ait jamais été observé; le thermomètre descendit à — 23^5 A Londres, le minimum de température eut lieu le môme jour, et fut de — 13^,3; à minuit, sur les bords du Rhône, près de Genève, de — 14^. Le Mein, l'Escaut, le Rhin, la Seine furent gelés au point que des voitures et des corps d'année les tra versèrent en plusieurs endroits. La Tamise fut prise dans les premiers jours de janvier, aux environs de White-Hall, malgré la hauteur de la marée. Pichegru envoya, vers le 20 janvier, dans le Nord-Hollande, des détachements de cavalerie et

d*arUllerie légère, avec ordre à la cavalerie de traverser le Texel, de s'approcher et de s^emparer des vaisseaux de guerre hollandais surpris à Tancre par le froid. Les cavaliers français traversèrent au galop les plaines de glace, arrivèrent près des vaisseaux, les sommèrent de se rendre, s'en emparèrent sans combat et firent prisonnière Tarmée navale 1

1798-1799. — Le froid a été rigoureux durant cet hiver dans toute TEurope. A Paris, on compte 32 jours consécutifs de gelée, et la Seine a été prise complètement du 29 décembre jusqu'au 19 janvier, du pont de la Tournelle au delà du pont Royal, mais sans pouvoir porter des piétons. La température la plus basse observée fut, le 10 décembre 1798, de — 17®,6.Un aigle des Alpes fut tué à Chaillol. La Meuse, TElbe, le Rhin furent gelés plus solidement que la Seine. On traversa la Meuse en voiture; à la Haye et à Rotterdam, des boutiques de marchands et toutes sortes de spectacles furent établis sur le fleuve. Un régiment de dragons, partant de Mayence, traversa le Rhin sur la glace au lieu de passer sur le pont de Cassel qu'on avait été obligé de lever.

1812-1813. — Cet hiver est à jamais mémorable par les^erriblcs désastres de la retraite de l'armée française à travers les plus rudes frimas de la Russie, après la prise et l'incendie de Moscou. Le froid commença à sévir de bonne heure dans toute l'Europe. Partout la température la plus basse, non-seulement de l'hiver mais des deux années 1812 et 1813, est arrivée en décembre 1812. Les premières neiges tombèrent à Moscou le 13 octobre ; la retraite de l'armée commença le 18. Napoléon sortit de la capitale de l'empire moscovite le 19, et l'évacuation complète de la ville eut lieu le 23. L'armée se mit en marche sur Smolensk, san^ que la neige eût cessé de tomber. Les froids prirent une rigueur extrême à p.irlir du 7 novembre ; le 9,1e thermomètre marqua — 15®. Le 17 novembre, la température •descendit à — 26®,2 , d'après Larrey, qui portait un thermomètre suspendu à ha boutonnière. Le valeureux corps d'armée du maréchal Ney écliappa à l'année russe qui l'enveloppait de toutes parts, dit Arago, en traversant, durant la nuit du 18 au 19 novembre, le Dnieper gelé. La veille, un corps d'armée russe (raver*«a. avec son artillerie, la Dwina sur la glace. Mais le froid faiblit, et un dégel sumnt le 2^, sans toutefois persister; de telle sorte que les 26, 27, 28 et 29, lors du lor? et tragique passage de la Bérézina, l'eau charriait de nombreux glaçons sans présenter nulle part un passage pour les hommes. Bientôt la rigueur du froid reprit énergiquement; le thermomètre redescendit h 25® le 30 novembre, à 30 degK'S le 3 décembre, et à 37® le 6 décembre à Molodeczno, le lendemain du jour où Napoléon partit de Smorgoni et quitta l'armée après la rédaction du 29<^ bulletin, qui apprit à la France une partie des désastres de cette terrible campagne.

Les effets du froid rigoureux auquel les soldats, mal vêtus, furent tout h coup soumis, doivent être signalés ici comme un exemple de l'action des tcmpéralur»"» très-basses sur les êtres animés. D'abord, les neiges épaisses du commencent ni de novembre assaillirent l'armée : « Pendant que le soldat s'efforce, dit M. de Ségur, pour se faire jour au travers de ces tourbillons de vent et de frima**, !♦'> flocons de neige, poussés par la tempête, s'amoncellent et s'arrêtent dans toutes le"* cavités; leur surface cache des profondeurs inconnues qui s'ouvrent profondément sous no^s pas. Là, le soldat s'engouffre, et les plus faibles s^abandonnant, y restent ensevelis. Ceux qui suivent se détournent, mais la tourmente leur foueltr au visage la neige du ciel et celle qu'elle enlève à la terre ; leurs habits, mouilN-^. se gèlent sur eux; cette enveloppe de glace saisit leur corps et raidit tous Icur^ membres. Un vent aigu et violent coupe leur respiration ; il s'en erajwire au ni*>menl où ils l'exhalent et en forme des glaçons qui pendent par leur barbe aul'»ur de leur bouche. Les malheureux se traînent encore en grelottant, jusqu'à ce que

Page 1