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L'EQUATEUR. — LES TROPIQUES

cien monde^ à la mer libre de glaces qui la sépare des régions polaires, et surtout à Texistence et à la situation géographique du continent africain, dont les régions intertropicales rayonnent abondamment et provoquent Tascension d'un immense courant d'air chaud, tandis que les régions placées au sud de l'Asie sont en grande partie océaniques. L'Europe deviendrait plus froide si l'Afrique était submergée, si la fabuleuse Atlantide, sortant du sein de Tocéan, venait joindre l'Europe à l'Amérique, si les eaux chaudes du Gulf-Stream ne se déversaient point dans les mers du nord, ou si une nouvelle terre, soulevée par les forces volcaniques, s'in« tercalait entre la péninsule Scandinave et le Spitzberg. A mesure que Ton avance de l'ouest à l'est, en parcourant sur un même parallèle de latitude, la France, l'Allemagne, la Pologne, la Russie, jusqu'à la chaîne des monts Ourals, on voit les températures moyennes de l'année suivre une série décroissante. Mais aussi, à mesure que l'on pénètre ainsi dans l'intérieur, la forme du continent devient de plus en plus compacte, sa largeur augmente, l'influence de la mer diminue, celle des vents d*ouest devient moins sensible : c'est là qu*il faut chercher la raison principale de l'abaissement progressif de la température. »

La température moyenne de l'équateur est de 27", 5. En raison des causes que nous venons de spécifier et de l'absence de végétation, celle de l'intérieur de l'Afrique est de 30 degrés pour un thermomètre placé à l'ombre et à l'abri du vent chaud; mais il y a des points où l'action des vents brûlants et la rareté des nuages se combinent pour condenser une chaleur intolérable. Ainsi à Tintérieur de l'Abyssinie, et aux abords de la mer Rouge, les températures de 48 à 50 degrés à l'ombre ne sont pas rares en été. Celle du sol est bien plus élevée encore. Pendant l'après-midi, les vallées abyssiniennes sont de vraies fournaises; M. d'Abbadie a observé 70 degrés sur le sol, et les deux aventureux colonels d'état-major, MM. Ferret et Galinier, en ont constaté jusqu'à 75. L'air est stagnant au milieu de toute la chaleur réverbérée; nulle brise ne vient rafraîchir cet enfer terrestre. L'air <*st souvent méphytique au fond de ces gorges; malheur à celui qoi s'y repose avant ou après la saison des pluies ! On ne peut alors voyager que la nuit, et l'on parcourt des plaines absolument nues.

Parfois, en Iraversant ces déserts, dit M. d'Abbadie, on est assaiUi par le Aart/, trombe aérienne rougeâtre, fantôme de poussière brûlanle qui apparaît à Tho-

rizon et semble grandir en s'approchant. Le vent qui le transporte siflle comme un ouragan ; hommes et bètes sont forcés de lui tourner le dos, et restent enveloppés d'un nuage sec et noir qui les couvre comme d'un sinistre manteau. Heureusement, cet ouragan de feu ne dure que quelques minutes, et Tod se félicite, après cette nuit passagère, de retrouver la chaleur intense, mais tranquille, qui est particulière à ces régions.

D'autres fois , on est surpris par le simun (le poison) , vent de flamme qui se déchaîne tout d'un coup sans signes précurseurs. On voit alors le chameau mettre sa tête contre le sol, pour chercher quelque fraîcheur sur la terre, pourtant ellemême embrasée. Les plus hardis parmi les indigènes s*aflaissent avec désespoir. La prostration des forces est si subite et si complète que M. d'Abbadie, enveloppé par ce vent désastreux , ne put même parvenir à soulever un petit thermomètre placé à sa portée , afin de connaître au moins la température de ce vent étrange. L'ouragan de feu avait duré cinq minutes : les hommes périssent quand il dure un quart d'heure.

Si, par aventure, on rencontre dans cette région un maigre ruisseau, on le voit bientôt disparaître, absorbé par les sables. Ces oasis en miniature, composées de quelques arbres entourés d'herbes, sont rares dans ces plaines désolées.

Ces mômes vallées sont le théâtre d'un phénomène des plus extraordinaires : l'irruption subite des eaux, qui, à certaines époques de l'année, causent des inondations auprès desquelles nos inondations européennes ne sont que des jeux d'enfants. Chose singulière, c'est pendant la saison d'été qu'apparaît ce phénomène redoutable.

Quelquefois on marche en toute sécurité sous un ciel serein, lorsqu'un indigène entendant au loin un bruit étrange, qui ne tarde pas à grandir, se met k crier de toutes ses forces : f Le torrent ! » et grimpe en toute hâte sur la hauteur la plus voisine. Trente secondes après , le fond de la vallée disparaît sous une large et profonde nappe d'eau qui entraine avec elle des arbres, des quartiers de rochers et même des bètes sauvages. Ces torrents, formés en un instant, s'épuisent dans la même journée , et ne laissent comme traces de leur passage que des débris de toutes sortes et des flaques d'eaux bourbeuses, retenues çà et là dans le^ anfractuosilés.

Comment expliqiier cet étrange phénomène? La nudité des montagnes rend compte de ces averses instantanées. Du fond de Tentonnoir où le voyageur est engagé, il ne peut voir les nuages peu étendus qui subitement se fondent en eau avec une abondance inconnue hors des régions tropicales. Il y a bien peu de terre, et encore moins de racines d'arbres pour absorber cette pluie soudaine. Elle s'écoule donc aussitôt, bondit de rocher en rocher comme le long d'un toit, débouche de chaque vallon, et arrive dans la vallée principale pour former un fleuve effrayant mais passager.

M. d'Abbadie raconte qu'un jour il arriva trop tard pour contempler dans toute sa grandeur une de ces inondations subites. Il ne trouva qu'un indigène qui, d'un air hébété, regardait la terre humide. « Sois bien, lui dit le voyageur; quelles sont tes nouvelles ? Où sont tes armes ? Un homme comme toi peut-il rester sans lance ni bouclier? — Sois bien, répondit l'Africain, reste en santé. Le torrent a emporté ma lance, mon bouclier, mon chameau et toute ma fortune, ma femme et mes enfants. Malheur à moi! malheur à moi! »

Des causes diverses influent donc^ comme on voit, sur le cii* mat des difîérentes contrées du globe, et Ton se tromperait fort si Ton calculait seulement sur la distance à Téquateur pour évaluer la décroissance de la température en marchant vers le pôle. Nous

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