LE MISTRAL
UD peu par leur caractère de Tensemble des vents géoéraux^ nous pouvons citer d'abord la bise, ou vent du nord^ très-froid^ et d'une intensité parfois très-violente. Dans nos départements de Test il est très-redouté, car il arrive presque en ligne droite de la mer du Nord ; la Belgique et la Hollande^ couvertes de neiges qu'il a traversées^ n'ont servi qu'à le refroidir davantage. A Istria et en Dalmatie^ la bise est connue sous le nom de bora, et sa force est telle qu'il renverse quelquefois des chevaux et des charrettes. En Espagne^ ce même vent du nord^ et nord-est pour ce pays^ est désigné sous le nom de gallego.
Dans le sud de la France^ le vent du sud-ouest froid et violent qui a passe sur les neiges des Alpes et des Pyrénées, et qui est célèbre sous le nom de mistral, mérite particulièrement notre attention.
On a longtemps ignoré sa cause. On l'attribuait à un refroidissement subit du vent passant sur ^les Pyrénées ou les Alpes. JM. Marié-Davy, dans plusieurs notes publiées au Bulletin de VOb^ servatoire, en juin 1864, montre que la cause de ce vent n'est pas locale et que les mouvements qui lui donnent naissance se transportent vers l'est comme les bourrasques.
Kaemtz, dans une communication faite à l'Institut, en juillet 1 865> montre par un tableau de pressions barométriques sur la France, TEspagne et l'Italie, «avant, pendant et après le mistral, que c'est une véritable tempête venant de loin, et qu'il n'est pas dû à un refroidissement subit du vent passant sur les montagnes. n est remarquable qu'à mesure que les études météorologiques font des progrès, on apprend à ne plus chercher les causes de la plupart des phénomènes dans les localités où ils sont observés, mais à les rattacher à des causes générales prépondérantes auxquelles sont subordonnées les circonstances locales.
Toutes les fois que le mistral souffle, il y a un excès de pression atmosphérique à l'ouest du golfe du Lion. Quelle que soit l'origine de cette pression, elle accompagne en toute saison le mistral.
Le mistral exige pour sa production, quelle que soit la saison, les mêmes circonstances réunies. Que ce soit pendant une période de beau ou de mauvais temps pour le sud-ouest de l'Europe, il faut toujours un excès de la pression à l'ouest des Ce venues.
La violence de ce vent est due à la forme de l'isthme pyrénéen. Dès que la direction générale du mouvement atmosphérique dépasse un peu l'ouest vers le nord, le plateau central et le massif des Alpes dévient le courant vers le golfe du Lion. Ce courant, rétréci entre les Alpes et les Pyrénées dans le sens de la largeur et par les
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Cévennes dans le sens vertical^ constitue un rapide sur les c6ies du Languedoc : de là une des causes de Texcès de pression sur le versant nord-ouest des Cévennes et la diminution de pression sur la Méditerranée, là où le vent conserve une vitesse qui n est plus en rapport avec la largeur du lit.
De là aussi la violence du vent du nord dans la vallée du Rhôoe entre les contre-forts des Alpes et ceux du plateau central.
Le mistral est le vent le plus sec de ces parages, parce qu'il s'est asséché en passant sur les Cévennes ; il est en effet pluvieux sur le versant nord-ouest de ces montagnes ; les vents des régions £. ou S. y amènent de la pluie, parce que ce sont des vents marins sur les côtes et sur le versant sud-est des Cévennes ; ils sont secs sur le versant opposé.
L'antipode du mistral est le Fœhn.
Ce vent chaud d'Afrique ^ui arrive sur les Alpes a reçu de la nature le soin de fondre les hautes neiges des montagnes. Il arrive, pendant la nuit, impétueux, sur les glaces, interpelle toutes ces eaux immobiles qui ont peine à se délier de leur engourdissement. Ce redoutable bienfaiteur parait vouloir détruire la nature qu'il vient sauver. 11 brise, il confond, ravage. Il lance des blocs énormes des hauteurs, roule des arbres gigantesques au lit des torrents. Il arrache, enlève, emporte au loin les toits des chalets. La panique est dans l'étable; la vache effrayée mugit. Dieu I que va-t-il advenir?... Ce qui vient, c*estle printemps.
Le Fœhn se moque du soleil. Celui-ci demanderait quinze jours pour fondre ce que le vent d'Afrique a fondu en vingt-quatre heures. La neige ne tient pas devant lui. En deux heures au Grindelwald il en fond 2 pieds de hauteur. (( Elle finit, la vie souterraine des mystérieuses plantes alpines, leur neige et leur nuit de huit mois. A l'éveil du magicien, elles vivent, voient avec bonheur la lumière de leur court été, et leur petit cœur de fleurs s'éjouit d*aimer un moment.
a Quelle heureuse métamorphose ! que de bienfaits ! ,1a vie, la fécondité, qui dormait au haut des Alpes, la voilà donc délivrée. Plus utiles qu'aucune rivière, ses rosées et ses brouillards s en vont arroser TEurope de ce délicat arrosage qui fait la fine prairie, le velours vert du gazon.
<c Heureux qui, à la première heure de la grande métamorphose, aurait le sens et l'oreille pour entendre le début du concert de toutes ces eaux, quand des milliers, des millions de sources se mettent à parler ! » (Michelet.)
L'HARMATTAN. 559
La haute température de i*intérieur de TAfrique est Forigine des vents extraordinaires qui se font sentir sur les côtes de Guinée, sur celles de la Barbarie, en Egypte* dans FArabie, dans la Syrie, dans les steppes de la Russie méridionale et même jusqu'en Italie. Ces vents nommés harmattan, simoun, khamsin, sont accompagnés de circonstances étranges sur lesquelles il est utile de donner quelques détails; ils sont particulièrement chauds et secs et entraînent avec eux des tourbillons de poussière.
On appelle harmattan, un vent qui souffle trois ou quatre fois chaque saison, de Tintérieur de l'Afrique vers Tocéan Atlantique; dans la partie de la côte comprise entre le cap Vert (latit. 15° N.) et le cap Lopez (latit. 105^}. L'harmattan se fait principalement sentir dans les mois de décembre, de janvier et de février. Sa direction est comprise entre Test-sud-est et le nord-nord-est. Sa durée est ordinairement d'un ou deux jours, quelquefois de cinq ou six. Ce vent n'a qu'une force modérée.
Un brouillard d'une espèce particulière, et assez épais pour ne donner passage à midi qu'à quelques rayons rouges du soleil, s'élève toujours quand l'harmattan souffle. Les particules dont ce brouillard est formé se déposent sur le gazon, sur les feuilles des arbres et sur la peau des nègres, de telle sorte que tout alors parait blanc. On ignore quelle est la nature de ces particules; on sait seulement que le vent ne les entraîne sur l'Océan qu'à une petite distance des côtes ; à une lieue en mer, par exemple, le brouillard est déjà très-afiFaibli ; à trois lieues, il n'en reste plus de traces, quoique l'harmattan s'y fasse encore sentir dans toute sa force.
L'extrême sécheresse de l'harmattan est un de ses caractères les plus tranchés. Si ce vent a quelque durée, les branches des orangers, des citronniers, etc., se dessèchent et meurent; les reliures des livres (et l'on ne doit pas en excepter ceux-là même qui sont placés dans des malles bien fermées et recouverts de linge) se courbent comme si elles avaient été exposées à un grand feu. Les panneaux des portes et des fenêtres, les meubles dans les appartements craquent et souvent se brisent. Les effets de ce vent sur le corps humain ne sont pas moins évidents. Les yeux, les lèvres deviennent secs et douloureux. Si l'harmattan dure quatre ou cinq jours consécutifs, les mains et la face se pèlent; pour prévenir cet accident, on se frotte tout le corps avec de la graisse.
Après tout ce que nous venons de rapporter des fâcheux effets que produit l'harmattan sur les végétaux, on pourrait croire que ce vent doit être très- insalubre : c'est cependant tout l'opposé
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qu*on a observé. Les fièvres intermittentes^ par exemple^ sont radicalement guéries au premier souflQe de Tharmattan. Ceux que Tusage excessif qu'on fait de la saignée dans ces climats avait exténués, recouvrent bientôt leurs forces; les fièvres rémittentes el épidémiques disparaissent aussi^ comme par enchantement. Telle est enfin Tinfluence salutaire de ce vent, que pendant sa durée, Tinfection ne peut pas être communiquée, même par Fart, car il paraît que le vaccin ne prend pas tant qu'il souffle.
Ses propriétés vénéneuses sont purement imaginaires. Il ne serait même pas impossible qu'elles eussent été inventées par les Arabes pour effrayer les voyageurs qui tentent de s'aventurer dans ce qu'ils considèrent comme leur domaine.
cr De tout temps, dit Kaemt2, l'Arabe du désert^ nomade et pauvre, a détesté Vhabitant des villes, qui mène une vie commode et tranquille. Aussi quand le marchand est forcé de traverser le désert, le Bédouin lui vend-il sa protection au poids de. l'or.... Pour les habitants des villes, le désert était le théâtre des scènes d'horreur les plus exagérées. Tous les récits merveilleux d'aventures extraordinaires trouvaient en eux des auditeurs crédules ou prévenus, de même que de nos jours les Turcs se font de l'Europe les idées les plus fausses et les plus ridicules. Les habitants du désert n'avaient garde de détruire ces erreurs, qui faisaient leur force; ils les accréditaient, au contraire, chaque fois qu'ils visitaient les villes; les négociants qui avaient traversé lo désert connaissaient seuls la vérité; mais ils étaient en petit nombre, faisaient de grands bénéfices dans ces voyages, et cherchaient h effrayer ceux qui auraient été tentés de les imiter. C'est ainsi que ces croyances se répandirent, h
Les écrivains arabes sont remplis de mensonges sur tout ce qui regarde le désert. Les voyageurs européens ont encore enchéri sur eux. Le musulman croit faire œuvre méritoire en trompant l'infidèle et en lui fermant l'entrée du désert. Tous ceux qui y sont allés ont fait bon marché de ces craintes ridicules, dont les Arabes eux-mêmes leur ont avoué l'exagération. L. Burckhardt, de Bàle, est le premier qui nous ait fourni des renseignements positifs sur les phénomènes du désert, et en particulier sur les vents qui y régnent. Il a ainsi réduit à leur juste valeur les récits fantastiques de ses prédécesseurs, Beauchamp, Bruce et Niebuhr.
Burckhardt raconte, en effet, que ce vent du désert le surprit entre Siout etEsoé. « Lorsque le vent s'éleva, dit-il, j'étais seul, monté sur mon dromadaire, loio de tout arbre et de toute habitation. Je m^efforçai de garantir mon TÎsage en renve-