LE SIROCCO
gorge profonde, sous la forme d'une masse noire, compacte, d'un diamètre de mille mètres et plus, qui s'élance sur la steppe avec la rapidité d'un cheval de course. Tous les animaux, domestiques ou sauvages, fuient épouvantés devant el'e; car une fois enveloppés dans sa sphère d'action, ils sont infailliblement perdus. Les admirables chevaux libres s'enfuient au galop devant la tourmente qui les chasse avec furie....
En Europe^ on connaît le sirocco d'Italie et le solano d'Espagne qui jettent les habitants dans un grand état de langueur par la chaleur énervante qu'ils apportent avec eux.
Le 8 juillet 1770, Brydone étant à Palerme, le sirocco vint à souffler : « A huit heures du matin, dit-il, j'ouvris la porte sans soupçonner ce changement de température, et je n'ai jamais été plus étonné de ma vie. Je ressentis tout à coup sur mon visage une impression pareille à celle qu'aurait faite une vapeur brûlante sortie de la bouche d'un four; je retirai ma tête et fermai la porte en criant à FuUarton que toute l'atmosphère était en feu. » En ce moment, le thermomètre, porté à l'air, s'éleva à 44 degrés.
Voici en quels termes un chirurgien de l'armée d'Afrique rend compte des effets du sirocco, pendant une marche entre Orau et Tlemcen, dans le désert: « C'était à la fin de juillet 1846; un grand nombre de soldats avaient succombé, foudroyés en quelque sorte par la chaleur. Le sirocco assaillit la petite colonne. Sous l'influence de cet air sec, lourd et énei*vant, la respiration devint saccadée et sonore; les lèvres, les narines, crevassées par la poussière ardente que fouettait le ventdu désert, étaient douloureuses et arides; une énei^ique constriction serrait la gorge, une sorte de cauchemar pesait sur l'épigastre. On ressentait à la figure des bouffées de chaleur, suivies quelquefois de vagues frissons et d'une défaillance voisine de la syncope. La sueur coulait à flots, et l'eau qu'on buvait avec abondance, sans apaiser une soif insatiable, augmentait encore le malaise, la dyspnée et l'anxiété épigastrique. Le mouvement répugnait, et une agitation invincible portait à se retourner en tous sens; on étouffait sous la tente; en plein air on se sentait suffoquer par la rafale brûlante.... C'était fait de la colonne si T-eau eût manqué, m
Pour l'Angleterre, le vent d'est est un fléau redoutable qui souffle le malaise et le spleen, dont nous rions en France, mais qui est aussi sérieux en Angleterre que le khamsin en Arabie et le sirocco en Italie.