‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 191 sur 269 · LE SIMOUN. — LE TEBBAD · texte numérisé non relu

LE SIMOUN. — LE TEBBAD

cnalant un nuage de poussière qui semblait renir de notre côlé, nous avertirent qu'il fjJltit, sans retard, mettre pied à terre. Nos pauvres chameaux, plus expAri[Den(és que nous, avaient déjà reconnu l'approche du tebbad ; après une clameur désespérOe, ils tombèrent à genoux, allongeant leurs cous sur le sol et s'elTorçant de cacher leurs tétca dans le sable. Contre eux, comme à l'abri d'un retranchement, nous venions nous agenouiller, quand le vent passa sur nous avec un frémissement sourd et nous enveloppa d'une croûte de sable épaisse d'environ deux doigta. Les premiers grains dont je sentis le contact produisirent sur moi l'elTet d'une véritable pluie de feu. Si nous avions subi le choc du tebbad à quelque six mille de là dans la profondeur du désert, nous y restions tous intaillibtement. Je

Fig. 167. — Pandant le passage du TebbaU.

n'eus pas le loisir d'observer ces dispositions k la lièvre et aux vomissements que l'on dit causés par le vi^nt lui-même ; mais après son passa^'e, l'atmosphère devint plus épaisse et plus écrasante.

Abstraction faite du tebbad, l'élévation de la température diurne nous privut de DOS forces, et deux de nos plus pauvres associés, se traînant comme ils pouvaient k cAté de leurs l>ètes chétives, tombèrent si malades, une fois que leur eau fut épuisée, qu'il fallut les attacher k plat ventre sur les chameaux, vu qu'ils étaient parfaitement incapables d'y conserver leur assiette.

Tant qu'ils purent articuler une parole, nous n'entendîmes soKir de leurs lèvres desséchées que cette exclamation monotone : > De l'eau, de l'eau !... par pitié, par pitié, quelques gouttes d'eau I... • Hélas I leurs meilleurs amis refusai entimpiloysbloment ée Iwir ncriler k nnàaàn gorgée de ce liquide qui, pour nous, repré-

566 SUR gUELQUES VENTS PARTICULIERS.

sentait la vi«'; et lorsque, le qualrième jour, nous arrivâmes à Medernin-Bulag, un do ces mallieureux fut soustrait par la mort aux tortures de la soif. J^assistai à Ta^onie de cet inlbrtunê. Sa iantrue était absolument noire; la voûte de son palais avait pris une teinte d'un bleu grisâtre; ses lèvres étaient parcheminées, sa bourbe béante, ses dents à nu. Il e<t fort douteux que, dans ces terribles extrémités. on eiU pu le sauver en le faisant boire; d'ailleurs pas un de nous ne sVn serait avisé.

(l'est une cliose liorril>le à voir quiin père cachant à son fils, un frère cachant k son fièro Peau dont il peut être nanti; mais je le rêpèle, lorsque chaque goutte représente une heure de vie, et quand on est aux prises avec les angoisses de la soif, les tendances i^énénni'^es, l'esprit de sacrifice (pii se manifestent fréquemment en d'autres ocrasions aussi critiques, perdent toute action sur le cœur «le rhomme.

Mais c'est en vain (pie je cherche à donner la moindre idée du mart\re causé par la soif; la mort elle-même, je le crois fermement, n'est pas accomptagnôe de soulTranc(!s plus cruelles. Vax face d'autres périls, je n'ai jamais trouvé la lutte au-(lessn^ d,' mon courage; ici, je me sentais brisé, abattu, anéanti, et je me croyais I)arvenu au ternie de mon existence.

Thonias-Williain Atkinson fut témoin, en 1850, des ouragans rapides qui s'abattent sur les steppes mongoles.

Vn silence solennel, dit-il, rèirne sur ces vastes plaines arides également désertées par l'homme, par les quadrupèdes et les oiseaux. On parle de la solitude des furéis: j'ai souvent cln^vanché sous leurs voûtes sombres pendant des journées entières: mais on y entendait h^s soupirs de la brise, le frôlement des feuilles, le «raqucnient »!cs brandies ; queUjuefois même, la chute de l'un des géants delà forêt, croulant de vétusté, éveillait au loin les échos, chassait de leurs repaires les jintes clVra^és des bois et airachait des cris d'alarme aux oiseaux épouvantés. Ce n'était p;is la solitude : les feuilles et les arbres ont un langajre que Thomme reconnaît de loin ; mais dans ces déserts desséchés nul son ne s'élève pour rompre le silence de mort qui plane pcipéluellement sur le sol calciné.

Le sable était là, soulevé en terrasses circulaires; quelques-unes avaient quinze à vinc^t pieds de haut; il y en avait de toutes erandeursà perte de vue dans le désert. Vues du sommet de Tune des plus considérables, elles présentaient Tapl>ai(MH'e sin^uHère d'une innnen<e nécroi)ole, semée d'innombrables tumuli.

Pendant (pie j'esquissais w tableau, je fus témoin de la formation d'un ourap:an au-de<NU-^ deN eaux. Il venait du nord droit 'i nous. Les Cosaques et Tcfauck-a-boi allèrent mettre les rhevaux ;i Tabri derrièn* les roseaux, laissant deux de" leur^ cunipaKuons auprès d»» moi^ La tempête arrivait avec une rapidité furieuse, lançant d'énormes vagues dans l'espace et abattant la véjrétation sur son passage. On voyait un loni- sillon blanc s'avanc<'r sur le lac. Quand il fut à une demi-vers^te. niius l'enlen-linies ru^-'ir. Mes L'-tMis me pressaient de m'éloifrner, je pris mes es<[uis'>es et .lutres obji'ts, puis jo courus rejoindre le gros de la troupe sous les roseaux. .larrivais à peine à l'enti-éc de ce rempart mouvant, que l'ouragan éclata, ruurbant jusqu'à terre les buissons et les roseaux. Lorsqu'il entra dans les sables de la ste|)p(;. il se mit à tourbillonner circulairement, enlevant des monticules entiers dans l'espace, en élrvant d'autres là où il n'y en avait pas; il était aisé de ciimi>rendre maintenant à rpioi étaient dues nos prétendues tombelles. Cette tempête fut de courte duréi*; en un ({uarl d'beure elle était finie et tout était redevenu calme connue au[»aravaut.

Hion n'est |)lus dant^ereux que d'être surpris en plaine par cette espèce de typhon. J'en ai vu plus lard descendre des montagnes ou s'élever du fond d'une

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