T8 LES PUISSANCES DE L'AIR
Supposons qu*un centre de c3'elone se dirige vers un navire. Il passera inéTitablement sur ce navire, ou à sa droite ou à sa gauche. S'il doit passer dessus, sa direction par rapport au navire ne changera pas ; mais alors celle du vent, qui lui est toujours perpendiculaire, ne changera pas non plus, et ce navire verra le vent augmenter de violence sans changer la direction.
Si le centre doit passer à la droite du navire, il se déplacera en gagnant peu à peu vers la droite. Sa direction variera de gauche à droite; mais celle du vent, qui est liée à la première, variera dans le même sens, soit de gauche à droite.
Le contraire se produira si le centre doit passer à la gauche du navire.
Donc si le vent augmente sans changer de direction, on se trouve sur la ligne de parcours du centre; si le vent tourne de gauche à droite, le navire sera sur la gauche de cette ligne ; enfin si le vent tourne de droite à gauche, on est sur la droite de la ligne du centre.
Il est évident diaprés les lois des cyclones que nous venons d'exposer, que la position la plus fâcheuse pour un navire par rapport à Touragan est celle qui le conduit au centre, et c'est à s*en éloigner que doivent tendre tous les efforts d*un capitaine.
Rien n'est plus facile que de reconnaître ce centre. Plusieurs moyens se présentent; nous allons, avec notre érudit confrère M. Rambosson, indiquer le plus simple.
On se place dans la direction du vent qui soufDe, de manière à lui faire face e( à en être frappé en plein visage. Dans cette position , d'après les lois du cydonet le centre de Touragan se trouve toujours sur la gauche de Tobservateur, à 90 degrés de la direction du vent. Il est clair qu^en étendant le bras gauche horizootalement et parallèlement à la surface du corps , on indiquera immédiatemeol la position de ce centre.
Cette méthode pratique et qui ne souflâre aucune exception est si facile à retenir et à exécuter, qu'il ne peut plus être permis à un marin d'ignorer où se trouve k centre fatal qu*U fauLfuir à tout prix.
La science est donc arrivée au point de se jouer impunément avec un navire, au milieu de ces phénomènes terribles, sans Texposer à de sérieuses avaries.
Pour un bâtiment à vapeur toujours maître de sa manœuvre, fait remarqver très-judicieusement M. Bridet, il n'est plus d'ouragan possible. Sans doute qa*il peut être enveloppé dans le tourbillon et y rencontrer de violentes bourrasques, mais plus de ces rafales terribles, plus de ces sautes de vent qui Texposent ainai que ceux qui le montent à une perte presque certaine.
Pour un capitaine instruit, un ouragan n'est plus qu'une trombe ordinaire* autour de laquelle il circule, s'en écartant ou s'en approchant, selon que cela lui est utile.
Tout est prévu par lui ; il sait d'avance quelle variation le vent doit présenter, quelle sera la violence des rafales, et il est sûr de n'être jamais fatalement entraîné au milieu de ce centre dangereux, toujours la cause de désastres inévitables.
Les premiers signes précurseurs du cyclone se lisent dans Tétat du ciel :
Quelques jours avant Touragan^ au moment du lever et du coucher du soleil, les nuages se colorent en un rouge orangé» qui se reflète sur la mer^ et cette coloration fait assister à ces levers et couchers du soleil si brillants et si magnifiques^ qui imposent un profond sentiment d'admiration à ceux qui ne se doutent pas de rimminence du danger que révèle ce ravissant tableau.
A mesure que le cyclone s'approche, cette teinte rcageâtre prend une couleur plus prononcée et tirant sur le rouge cuivré; puis un bandeau noirâtre et épais étend sur le ciel un aspect sinistre. Les tètes de cumulus sont d'un rouge cuivré, donnant à la mer et à tous les objets qui sont à terre un reflet analogue, qui fait paraître l'atmosphère comme embrasée d'un éclat métallique.
Les oiseaux de mer se rallient en grande hâte, et vont dans les terres chercher un abri contre les fureurs d'une tempête qu'ils pressentent, espérant ainsi échapper à la mort qui les frapperait au large.
Mais de tous les signes précurseurs de la tempête, le plus sûr et le plus facile à interpréter, c'est le mouvement du baromitre.
La pression de l'air allant en diminuant de la circonférence au centime du tourbillon, l'approche du phénomène se manifeste toujours par une baisse barométrique. Co même symptôme caractérise les tempêtes de nos régions tempérées, qui ne sont pour ainsi dire que des suites des cyclones océaniques.
Le baromètre commence à descendre 1 2, 24 et même 48 heures^ avant l'arrivée du cyclone.
Un calme stupéfiant, accompagné d'un air chaud et étouffant, règne pendant vingt-quatre heures; la nature semble recueillir toutes ses forces pour accomplir l'œuvre de dévastation qui va marquer le passage du funeste météore.
Quelle que soit la marche suivie par l'ouragan, on est au point le plus rapproché du centre dès que le baromètre cesse de descendre. Alors, pendant deux ou trois heures, on voit cet instrument monter et baisser à chaque demi-heure, sans avoir de mouvement prononcé.
C'est un signe certain que l'on se trouve proche du centre; que la plus grande violence a été ressentie, et que les rafales ne vont plus désormais aller qu'en diminuant; et cet indice rassurant doit ramener l'espoir et la confiance chez tous ceux dont les intérêts étaient si cruellement menacés.
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