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LES PUISSANCES DE LAIR

La baisse barométrique totale est d'autant. plus grande que la raréfactioD centrale est plus complète, et cette raréfaction ellemême, produite en grande partie par la force centrifuge, s'augmente en raison de l'accroissement du mouvement rotatoire, qui fait la violence des rafales. Le baromètre baisse donc à mesure que la violence du veni est plus intense, et les ouragans les plus désastreux sont aussi ceux qui l'influencent davantage.

La raréfaction de l'atmosphire au centre des cyclones est mise en évidence d'une manière très-remarquable par le [)etit tableau suivant de l'abaissement, puis du relèvement, de la colonne barométrique, pendant l'ouragan qui est passé sur Saint-Tbomas le 3 août 1837, et dont le calme central s'est produit à huit heures du soir :

2 août e*" du matin.

3 20 k lA

Variation : t8 millimëlres t

Ces profondes perturbations de l'aîr sont peut-être, après les grandes éruptions volcaniques, les météores les plus effrayants de la planète, et l'on ne saurait s'étonner, dit Elisée Reclba dans son magnifique ouvrage sur la Terre, que, dans la mythologie des Indous, Rudra, le chef des vents et des orages, ait fini par devenir, sous le nom de Sivu, le dieu de la destruction et de la mort. Quelques jours avant que le terrible ouragan se déchaîne, la nature, déjà morne et comme voilée, semble pressentir un désusire. Les petites nuées blanches qui voyagent dans tes airs avec les contre-alizés se cachent sous une vapeur jaunâtre ou d'un hianc sale; les astres s'entourent de bulos vaguement irisés, de lourdes assises de nuages, qui, le soir, offrent les plus magnifiques nuances de pourpre et d'or, pèsent au loin sur l'horizon, l'air est étouffant comme s'il venait de passer sur la bouche de quelque grande fournaise. Le cyclone, qui tournoie déjà dans les régions supérieures, se rapproche graduellement de la surface du sol et des eaux. Des lambeaux déchirés de nuages rouge&tres ou noirs sont

entraînés avec furie par la tempête, qui plonge et traverse Tespace en fuyant; la colonne de mercure s*agite affolée dans le baromètre et baisse rapidement; les oiseaux se réunissent en cercle comme pour se concerter, puis s'enfuient à tire-d'aile, afin d'échapper au météore qui les poursuit. Bientôt une masse obscure se montre dans la partie menaçante du ciel ; cette masrse grandit, s'étale peu à peu et recouvre l'azur d'un voile affreux de ténèbres et d'un reflet sanglant. C'est le cyclone qui s*abat et prend possession de son empire en tordant ses immenses spirales autour de l'horizon, et à un silence terrible succède le hurlement de la mer et des cieux.

Au commencement des cyclones, un bruit étrange, sourd, s'élève quelquefois et tombe « avec un gémissement semblable à celui du vent dans les vieilles maisons pendant les nuits d'hiver n (Piddington). Un bruit analogue, qui vient du large et qui annonce les tempêtes, est connu en Angleterre sous le nom d'appel de mer. Les rafales qui déchirent l'air pendant le cyclone font entendre, disent les relations, comme un rugissement de bètes sauvages, un effroyable tumulte de voix sans nombre et de cris de terreur. Sur le passage du centre, un bruit formidable ressemblant à des décharges d'artillerie, un continuel grondement de tonnerre, la voix même de l'ouragan éclate et domine tout.

La marche des vents éprouve de la résistance sur les continents; mais les phénomènes qui s'y produisent pendant les ouragans n'en sont pas moins terribles. Les constructions qui se trouvent sur le chemin du météore sont arrachées de leurs fondements, les eaux des fleuves sont arrêtées et refluent vers leur source, les arbres isolés éclatent et labourent la terre de leurs racines, les forêts plient comme si elles ne formaient qu'une seule masse, et livrent à la tempête leurs branches rompues et leurs feuilles déchirées. L'herbe même est déracinée et balayée du sol. Dans le sillage de l'ouragan volent d'innombrables débris pareils aux épaves qu'emporte un courant fluvial ou maritime. D'ordinaire, l'action de l'électricité s'ajoute à la violence de l'air en mouvement pour augmenter les ravages de la tempête ; parfois les éclairs sont tellement nombreux, qu'ils descendent en nappes comme des cascades de feu; les nuages, les gouttes de pluie même émettent de la lumière; la tension électrique est tellement forte, qu'on a vu, dit Reid, des étincelles jaillir spontanément du corps d'an nègre. Une forêt de l'île Saint-Vincent fut tuée tout entière sans que pourtant un seul tronc eût été renversé. De même, en

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lî;> prissANCES de l'air.

tii^-j-e, iiir l'-î ri\aç-'s du lac de Constance, un très-grand nombre ■1 arL^'.■^ r-îU-? d-l-'iit, iiiali'ré l'oragi-, furent complétemeûl dé- |KJuiil>'ï iK- i'.-iir •-■.■■irT.'i:-.

o^es d-:-; llss el de* cûiitinenU, là où la Imjiilï. !■■. n"a pas encore été relardée par )« obsbclt* ^.:.iit le j.lus viùUnts. C'est aus^i li q-je. dins le

ili'-aslri: pin'i'.'ii. ^i'.iil ili'ïoK'CS le |ilii- pr.iwd nombre de vies humaines, pubqui; II» iiaiin-. SI' ilonni-[il [•riciséiiii'iil ienJe/-vous dans les ports, et qu'en mainlî viiiii'itils il<;-i i'ijIi-. il se Irouve des terres basses que les eaux, brusquement refouir-es, [leuviM]! noyer sur de vastes étendues.

lJe|>uis CdIoiiiIi, le premier liuropéen qui ait contemplé les ouragans de^ Aiililli's, lies uiillii.Ts de navires se sont engloutis pendant les tetnpiîles tournantes des iiiiTs tro|)ieales, soit au fond des porls et dea rades, soit dans les mers qui baipncnt les eûtes d'Amérique, de la Cliine, de Tlndoustan el les Iles de l'océan ht-

itien. Tel cjdone, coaime celui de CalculU en 186(i, ou de la Havane en 1846, a fracassé plus de cent cinquante grands vaiBseaui en quelques heures; tel autre cataclysme du même genre, notamment celui qui passa sur le delta du Gange en octobre 1737, noya plus de vingt mille personnes dans les eaux débordées.

Au milieu de l'Océan, les dangers que courent les navires sont moindres qu'ils ne le sont dans les rades mal fermées des côtes ; mais les sensations éprouvées par les marins doivent être d'aulant plus vives qu'ilssont complètement isolés, perdus dans l'elTroyabie tourmente. Autour d'eux, le jour est sombre, plus sombre que la nuit, tlirait-on, puisque le peu de lumière qui reste encore sert à faire voir les ténèbres. Les vents, qui hurlent et qui sifflent, les Ilots qui s'enlre-choquent, des mâts qui se ploient et se cassent, les membrures du navire qui se plaignent, toutes ces voix sans nombre se mêlent et se confondent en un mugissement effroyable, désespéré , couvrant même les éclats de la foudre. La mer ne se déroule plus en vagues larges et puissantes; mais elle bout 4 gros bouillons comme une chaudière énorme i^haulTée par le feu de volcans sous-marins. Les nuages bas ou même rampant sur les eaux émettent souvent une lueur qu'on dirait être le reQet de quelque géhenne invisible; au zénith parait environné de ténèbres un espace blanchitre que les marins ont nommé t l'œil de la tempête, » comme »'il9 voyaien réellement un dieu féroce dans l'ouragan qui descend du ciel pour les étreindre et les secouer. Certes, lorsqu'au milieu de celte horrible ^8- '"•' tourmente les matelots acceptent la lutte contre les éléments, et, déliant la mort, essayent de ^manœuvrer pour ramener leur navire désemparé, sans voile et sans mâts, ils donnent un sublime exemple de la grandeur humaine.

Les Japonus, témoins journaliers de ces cataclysmes, ont personniHé, dans leurs ftotaatiques symboles , ce génie des tempêtas, qu'ils appellent le dragon dts typhont, et qu'ils représentent au milieu de la pluie noire et sinistre comme uD monstre aérien précipité des nues. Ces étranges dessins, qui metlent en scène les forces profondes de la nature, nous monb^nt le dieu du loanerrt sous la forme d'un vieillard horripilé secouant des tambours sonores, et le ditu dtn vmt» volant dans les airs en portant sur les épaules son outre toujours enflée.

I, d'après un deuln jkponala.

Pour apprécier cea formidables mouvementa de l'Atmosphère, il est inlére&saat d'avoir une description exacte des exemples les pluB mémorables.

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