‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 203 sur 269 · OC · texte numérisé non relu

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Fig. 183. — Variation diurne de rbumidité atmosphérique.

1 863) à Bruxelles^ par l'hygromètre de Saussure et le psychomètre d'August, ont donné à M. Quételet pour la moyenne de midi, discutée d'après ce dernier appareil, la série de nombres suivants :

Janvier 87*3

Février 83 5

Mars 73 5

Avril 65 9

Mai 64 8

Juin 64 2

Juillet 66^8

Août 68 3

Septembre 73 7

Octobre 80 4

Novembre 85 2

Décembre 89 0

On voit que le maximum d'humidité relative arrive en décembre

et le minimum en juin. La figure i 84 est tracée en représentant \ degré hygrométrique par 1 millimètre, au-dessu^ de la ligne de 60 degrés prise pour base.

Cette humidité atmosphérique invisible, qui ne révèle

Variation mensuelle de Thumidité atmosphérique. Sa présence qUC par IcS appareils délicats imaginés pour l.i mesurer, et qui, cependant, donne aux paysages toute leur valeur : — 1 eraeraude aux prairies de la verte Érin, l'azur au ciel de la

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Méditerranée, la corpulente splendeur aux végétaux des tropiques, — cette humidité invisible, devient visible, aussitôt qu'un abaissement de température Tamène à son point de saturation. Si c'est l'air lui-même qui subit un refroidissement, il devient opaque par le passage de la vapeur à l'état liquide, et nous avons le brouillard. Si c'est un corps solide qui soit à ce degré de froid, l'humidité se condense à sa surface, et nous avons la rosée.

La rosée ne descend pas du ciel, comme on le dit encore dans les insignifiants petits livres de lecture des écoles primaires françaises. Sa production n'a rien de commun avec celle de la pluie. Elle se forme dans l'endroit même où on l'observe.

Si Ton place en plein air, dans une nuit calme et sereine, de jietites masses d'herbe, de coton, d edredon ou de toute autre substance filamenteuse, on trouve, après un certain temps, que leur température est de 6, de 7 et même de 8 degrés au-dessous de la tenapérature de l'atmosphère ambiante.

Dans les lieux où la lumière du soleil ne pénètre pas et d'où l'on découvre une grande étendue du ciel, cette différence entre la température de l'herbe, du coton, etc. et de l'Atmosphère commence à se faire sentir vers 3 ou 4 heures de l'après-midi, c'està-dire, dès que la température diminue; le matin ^ elle persiste plusieurs heures après le lever du soleil.

Les observations du physicien Wells, continuées par Arago, ont montré que dans une nuit sereine l'herbe d'un pré peut être de 6 à 7 degrés plus froide que l'air; si des nuages surviennent, aussitôt l'herbe se réchauffe de 5 à G degrés sans que la température de l'Atmosphère change pour cela.

Un thermomètre en contact avec un flocon de laine déposé sur une planche élevée de 1 mètre au-dessus du sol, marquait, par un temps calme et serein, 5 degrés de moins qu'un second thermomètre dont la boule toucliait un flocon de laine tout pareil, mais qui se trouvait placé sous la face inférieure de la même planche.

Ce refroidissement est dû au rayonnement nocturne. Lorsqu'aucun obslacle ne s'oppose à ce que la chaleur d'un corps se disperse, il rayonne cette chaleur à distance et la perd petit à petit. L'air transparent ne suffit pas pour s'opposer à cette déperdition de chaleur. Un nuage, un écran de bois, de toile, de papier, ou même de fumée, suffiraient. Sans obstacles, le corps se refroidit selon son pouvoir rayonnant, qui diffère d'ailleurs suivant les corps (il est, par exemple, très-fort pour le verre et très -faible pour les métaux), et lorsque la température* du corps ainsi exposé est

descendue au degré de saturation, rbumidité atmosphérique se dépose sur lui, revêtant d'abord la forme de gouttelettes sphéroïdalea, car telle est la forme que prend tout easemble de molécules livré à ses forces intimes de cohésion; puis lorsque ces gouttes sont assez lourdes et assez rapprochées, elles s'étendent comme une mince nappe d'eau à la surface du corps.

La rosée n'est abondante que pendant les nuits calmes et sereines. On en aperçoit quelques traces dans des nuits couvertes, s'il ne fait pas de vent, ou mal- Fig. 185. — Gouttes de rosée. gré le vent SI le temps est clair,

mais il ne s'en forme jamais sous les influences réunies du vent et d'un ciel couvert.

Les circonstances favorables à une précipitation abondante de rosée se rencontrent plus généralement réunies au printemps, et .surtout en automne, qu'en été. Il faut se rappeler un fait qui doit être lié au précédent, à savoir que les différences entre tes températures du jour et celles de la nuit ne sont jamais plus grandes qu'au printemps et en automne.

Les phénomènes de la précipitation de la rosée sur un corps dense et poli, sur une plaque de verre, par exemple, ressemblent parfaitement à ceux qu'on observe lorsqu'une vitre est exposées un courant de vapeur d'eau plus chaude qu'elle : une couche légère et uniforme d'humidité ternit d'abord la surface; il se forme ensuite des gouttelettes irrégulières et aplaties qui se réunissent après avoir acquis un certain volume et ruissellent alors dans toutes sortes de directions.

C'est ce qu'on voit tous les jours lorsqu'on apporte dans une chambre échauffée des objets refroidis dans une pièce voisine où règne un froid vif: on voit tous ces objets se couvrir d'humidité. C'est ainsi que les riches cristaux apportés au dessert sur une table servie dans une pièce dont l'air est plein de vapeur par l'évaporatioQ des mets, la respiration des convives et la combustion des lumières de toute sorte, sont immédiatement ternis par une épaisse couche de rosée fournie par la vapeur invisible de l'air environnant. Souvent, en entrant dans une salle de spectacle, les verres des lunettes refroidis*par l'air du dehors sont obscurcis par

LA ROSËE. 621

un semblable dépôt d'humidité^ qui est un véritable dépôt de rosée.

Par les froids d'hiver, si Ion ouvre une fenêtre dans la salle à manj;er où un certain nombre de personnes viennent de faire un long repas, un nuage se forme instantanément au passage de lair froid, et le plafond se mouille d'une longue tache de vapeur condensée.

La rosée est un phénomène considérable, non-seulement par la quantité absolue qu'en reçoit un point du globe, mais encore par rétendue des surfaces où elle se manifeste. C'est principalement dans les régions tropicales qu'elle exerce les effets les plus marqués et les plus favorables sur la végétation. Lorsque l'air, saturé de vapeur à la température de 30*, contient plus de 30 grammes d'eau par mètre cube, elle se dépose abondamment pendant la nuit; elle ruisselle des feuilles, et le matin, on voit parfois l'herbe aussi mouillée par la rosée qu^elle eût pu l'être par la pluie.

On constate le plus ou moins d'abondance de la rosée, mais on ne saurait la mesurer, parce qu'elle ne tombe pas comme la pluie. Son apparition dépend du pouvoir rayonnant du corps qu'elle mouille, car elle ne se dépose que sur les substances plus froides que l'air ambiant, et en quantité d'autant plus forte, que la différence de température est plus prononcée.

Les terres labourées, les jachères, les cultures, les forêts, les roches, le sable, manifesteront des quantités très-variables de ro • sée. Il y a plus : les feuilles n'ont pas dans toutes les plantes une é^ale faculté émissive ; la rapidité, l'intensité de leur refroidissement, le dépôt de rosée qui en est la conséquence, sont liés à la dislance où elles se trouvent du sol, à la couleur plus ou moins foncée, au poli ou à la rugosité de leur épiderme. La rosée dégoutte des feuilles d'une plantation de betteraves, lorsque dans un champ voisin les fanes de la pomme de terre sont à peine humides.

M. Boussingault a essayé de mesurer ces quantités de rosée.

Après certaines nuits de rosée abondante, il se rendit dans les prairies des bords de la Saiier avant le lever du soleil. Là, avec une éponge, on essuyait l'herbe sur une surface de 4 mètres carrés. L'eau était mise dans un flacon et pesée.

La rosée prise sur 4 mètres carrés dépassa parfois le poids de 1 kilogramme.

En moyenne, la rosée recueillie sur la prairie représenterait une pluie de 0 mill. 14, équivalant à 1400 litres d'eau tombant sur une surface d'un hectare, volume trop faible^ sans doute, pour remplacer l'arrosement, mais qui n'en est pas moins très-utile sur

les prés comme sur les cultures^ en atténuant les mauvais efTets causés par des sécheresses prolongées.

La rosée et le brouillard renferment à peu près les mêmes proportions dammoniaque et d acide nitrique; Tun et Tautre ont d*ailleurS; au même point de vue^ la plus grande analogie avec la pluie quand elle commence à tomber^ quand elle est en quelque sorte le premier lavage de l'air. C*est effectivement dans cette eau tombée la première^ surtout après une longue sécheresse^ qu'il y a le plus diacide carbonique, de carbonate et de nitrate d*ammoniaque, de ces matières organiques, de ces poussières de toute natunN immondices de l'Atmosphère. Si un jour on entreprend une élude suivie des substances que lair ne renferme qu*en infiniment petites quantités, c'est dans le brouillard, dans la rosée, dans les pivmières gouttes de pluie, dans les premiers flocons de neige, dan:^ la grêle qu'il conviendra d'aller les chercher. C'est en un mot dans les météores aqueux qu'on les rencontrera réunies et concentrét^s.

La gelée blanche, qui est si funeste aux végétaux dans les matinées de printemps, et qui a donné une si mauvaise réputation h la lune rousse, n'est auti*e chose que la rosée, gelée par la cause même qui l'a formée : la radiation nocturne.

N'y a-t-il pas un moyen de préserver de son action destructive les cultures trop étendues pour être abritées par des écrans ? O» moyen existe; il consiste à troubler la transparence de Tair, et les Indiens, de temps immémorial, l'ont appliqué avec le plus grand sueets.

M. Boussingault nous a appris que les indigènes du haut Pérou, expus«'*s à v« .i leurs récolles détruites par reffet de la radiation nocturne, avaient rhabitudc, lorc|ue la nuit s'annonçait de manière à la faire craindre, c'est-à-dire quand !<< étoiles brillent d'un vif éclat et que Tair n'est pas agité, de mettre le feu \ «les latle paille humide, à du fumier, afin de produire de la fumée pour troubler la transparence de l'air.

Les heureux effets de la fumée, pour prévenir la congélation nocturne, ont 1 1aussi signalés par Pline : c La pleine lune, dit-il, n'est nuisible que lorsque )«' temps est serein et l'air parfaitement calme ; car avec des nuages ou du vent, h rosée ne tombe pas. Encore est-il des remèdes contre ces influences. <^>uan'l wnavez des craintes, brûlez des sarments ou des tas de paille, ou des hert»es, un des broussailles arrachées; la fumée sera un préservatif.... La constellation «iii»' nous avons nommée canicule décide du sort des raisins. On dit alors que la vigne charbonne, brûlée par la maladie comme par un charbon. »

Le moyen de soustraire les cultures aux effets désastreux d'un abaissement tr'ilapide de la température, en troublant la diaphanéité d'une atmosphère ^tagnanU*. a été pratiqué dans l'ancien comme dans le nouveau monde.

La conquête renversa naturellement le culte des Incas. Il n'était plus pcrfuis am Indiens de conjurer les effets pernicieux du froid nocturne en offrant des sacriflccs â leurs divinités ; on cessa d'allumer des feux dans les champs, ce que Ton coo^i-

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dérait sans doute comme une idolâtrie, tant on était éloigné des admirables expériences de Wells. On pria cependant, pour détourner une calamité sans cesse menaçante; mais les prières sans la fumée n^ont pas toujours été effîcaces.

En Europe, une des causes qui ont contribué à faire renoncer à prendre, dans rintérèt des cultures, une précaution dont les excellents résultats ne sauraient être ré?oqués en doute, c'est la difficulté d'être toujours prêt à la prendre à temps. La gelée par radiation nocturne est un phénomène instantané, et Ton n'a pas constamment à sa portée le combustible nécessaire, surtout un combustible convenable, brûlant lentement en fumant beaucoup. Un vigneron d'ailleurs ne se décidera pas volontiers à sacrifier le fumier dont il n'a jamais trop, et lorsqu'il s'agira de l'allumer, il montrera toute l'apathie d'un Indien. Les feux de paille humide peuvent être assez dispendieux, et, s'ils venaient à prendre une certaine intensité, ils présenteraient le double inconvénient d'être aussi dangereux qu'inutiles, car il ne s'agit pas de faire de la flamme.

Quelles sont les matières à très -bas prix répandant le plus de fumée? cette question, M. Boussingault l'a posée à l'Académie des sciences. Le résultat de la discussion a été que l'on devrait employer, comme combustibles capables de troubler en brûlant, une grande masse d'air, le goudron de houille, la naphtaline, la rrsine, les bitumes, la tourbe. Ces substances ont une très-faible valeur; avec les matières bitumeuses, avec les résines, on pourrait en former soit des torches, soit des lampions, dont quelques-uns suffiraient certainement pour troubler la transparence d'une couche d'air reposant sur un hectare de terrain. La naphtaline, substance blanche, solide, cristalline, comparable à la cire, dont on ne sait que faire, prt-cisénient parce qu'elle fume trop quand elle brûle, aurait sur les goudrons la qualité très-appréciable d'un transport facile et celle de ne pas salir ce qui serait en contact avec elle.

L'intervention de la fumée pour prévenir la radiation nocturne n'est justifiée qu'autant qne le ciel est découvert et l'atmosphère dans un calme parfait; la précaution n'exige donc qu'une dépense minime, très-peu de fumée troublant dans <o cas une énorme masse d'air nocturne, si le ciel était pur et l'atmosphère calme.

En 1771, A. Wilson, ayant suivi la marche d*un thermomètre* pendant une nuit d'hiver qui fut successivement, à plusieurs reprises, claire et brumeuse, trouva qu'il montait constamment d'environ un demi-degré dans Tinstant même où l'Atmosphère s'obscurcissait, et qu'il revenait au point de départ lorsque les brumes étaient dissipées. Suivant le fils du même physicien, Patrick Wilson, 1 effet instantané des nuages sur un thermomètre suspendu à Tair libre peut s'élever à r,7. Tel est aussi, à très-peu près, le résulfcit obtenu par Pictet, en i 777, et i)ublié pour la première fois en 1 792.

Une circonstance curieuse, dont on doit la découverte à Pictet, c'est que, dans des nuits calmes et sereines, la température de Tair, au lieu d'aller en diminuant à mesure qu'on s'éloigne du sol, présente, au contraire, au moms jusqu'à certaines hauteurs, une progression croissante. Un thermomètre, à 2™,50 d'élévation, marquait toute la nuit 2^5 centigrades de moins qu'un instrument tout pareil qui était suspendu au sommet d'un mât vertical de 17 mètres. Deux heures environ après le lever du Soleil, com-

me aussi deux heures avant son coucher^ les deux instrumenls étaient d'accord ; vers midi^ le thermomètre près du sol marquait souvent 2^^5 centigrades de plus que lautre; par un temps complètement couvert, les deux instruments avaient la même marche le jour et la nuit.

Ces observations de Pictet ont été confirmées. Wells ayant fixé aux quatre coins d'un carré de 0",60 quatre piquets minces qui s'élevaient chacun de 0",i5 perpendiculairement à la surface d'un pré^ tendit horizontalement sur leurs sommets un mouchoir de batiste très-fin^ et compara dans des nuits claires les températures du petit carré de gazon qui correspondait verticalement à cet écran léger avec celle des parties voisines qui étaient entièrement découvertes. Le gazon garanti du rayonnement par le mouchoir de batiste se trouva quelquefois de 6** centigrades plus chaudque l'autre; quand celui-ci était fortement gelé^ la température du gazon privé de la vue du ciel par le même tissu qui le recouvrait à 0", 1 5 de distance, était encore de plusieurs degrés au-dessus de zéro. Dans un temps complètement couvert, un écran de batiste, de natte ou de toute autre nature produit à peine un effet appréciable.

A l'Observatoire de Greenw ich M. Glaisher vient de constater, par trois années d'expériences suivies, que la température de l'air à 22 pieds de hauteur est plus haute qu'à 4 pieds à toutes les heures du jour et de la nuit pendant les mois de novembre, décembre, janvier et février; pendant la nuit et le soir aux mois de mai, juin et juillet; pendant la nuit et l'après-midi en mars, avril, août, septembre et octobre. A 50 pieds ae hauteur, la températui*e est également plus élevée pendant la nuit pendant toute l'année. Par un ciel couvert la température reste la même.

Au mois de juin 1871, l'attention a été rappelée à l'Académie des sciences sur ce sujet des gelées tardives, par M. Charles Sainte-Claire-Deville et M. Ëiie de Beaumont. Il s'agissait de la gelée du 18 mai, qui, le matin de l'Ascension, s'est étendue sur les vignobles et les cultures des environs de Paris et du centre de la France. Ayant eu moi-même une vigne gelée dans la Haute- Marne, j'ai montré par quelques comparaisons que cette gelée désastreuse s'est étendue aussi dans l'est et sur la moitié de la France à la même heure. Il serait certainement à désirer qu'on tromâl un moyen facile de garantir les cultures pendant la période critique qui suit la floraison : bien des pertes, souvent fort étendues, se-

! raient ainsi évitées.

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