‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 207 sur 269 · LE BROUILLARD. 6S · texte numérisé non relu

LE BROUILLARD. 6S

misent au travers du feuillage des arbres dessinent de brillantes traînées lumineuses doiit Tensemble forme ce qu'on appelle une gloire à quelques mètres seulement au-dessus de la tête de Tobservateur. Cette gloire, qui émane de larbre plongé dans le brouillard, rappelle tout de suile le buisson ardent de Moïse.

Quelquefois la surface seule des rivières se couvre de brouillard, parce que Teau émet des vapeurs qui se condensent dans Tair qui les recouvre et qui se refroidit après le coucher du soleil. L'air prend en peu d'instants la température des corps avec lesquels il est en contact. Durant une nuit calme et sereinf^, la portion de ratmosi)hère qui reposera sur l'eau sera donc plus chaude que celle qui s'appuiera sur le rivage.

Par un temps calme, là où l'eau abonde, les couches inférieures de l'atmosphère se chargent de toute l'humidité que leur température comporte. La quantité d'humidité, nous l'avons déjà remarqué, que l'air renferme quand il est saturé, est constante pour chaque température. Si de l'air saturé se refroidit par le contact d'un corps solide, il dépose sur la surface de ce corps une portion de son humidité; mais quand le refroidissement sopère au sein même de la masse gazeuse, l'humidité abandonnée se précipite en petites vésicules flottantes qui troublent sa transparence : ce sont ces vésicules qui constituent les nuages et les brouillards.

Supposons qu'une circonstance quelconque, une petite déclivité du sol, par exemple, un léger souffle de vent amène, la nuit, l'air du rivage à se mêler avec Tair qui repose sur une rivière ou sur un lac : le premier, qui est le plus froid, refroidit le second; celui-ci abandonne aussitôt une partie de l'humidité qu'il renfermait et qui d'abord n'altéi'ait pas sa diaphanéité ; mais celte humidité tombant à l'état de vapeur vésiculaire, l'air se trouble, et quand le nombre des vésicules flottantes devient très-considérable, il en résulte un brouillard épais.

Au mois de juin 1818, sir Humphry Davy descendit le Danube près de Ratisbonne. Le brouillard se montrait le soir sur le fleuve, quand la température de Pair à terre était de 2 à 4 degrés au-dessous de celle de Tcau. Le matin, ce même brouillard se dissipait au contraire dès (]ue la température de l'atmosphère sur le rivage dépassait celle de la rivière.

Le 11 juin, à six heures du matin, au-dessous du pont de Sassau, les températures du Danube, de Tlnn et de TIlz, au point où ces rivières se joignent étaient respectivement 16%7, 13^,6 et 13^,3, tandis que sur le rivage un thermomètre exposé à Tair marquait 12'',2 seulement.

Dans ces circonstances, un brouillard épais régnait sur toute la largeur du Danube, une brume peu intense couvrait la surface de Tlnn, et la brume légère qu'on apercevait sur TIlz était Tindice de la faible précipitation d^humidité que

pouvait occi^i«:»nn»^r le niêlaiiL^e de Tatmosphère de la rivière avec Fatmosphtre à

peine p us iruide venant du rivage.

La «lisliilmtion des brouillards dans le courant de Tannée e^t en ra[H)ort a\er celle de Tljumidité et de la température. Us sont beaiuoiip [>liis nombreux en hiver qu'en élé. L'Observatoire de Bru\» lies, (|iii les enre-^nslre avec soin, nous offre par exemple les ebilTres sui\ants pour le nombre des jours de brouillard pendant tivnt.^ ans 1 833-1803 :

Mi-^ 13S

Mti 71

Juillet 28

Août 76

Septembre 1 59

Octobre 228

Movernbre 276

Décembre 315

Total : 1822.

En tMMlaines cireonstanees, le brouillard est très-épais, se termine [>ar une surlaee plane comme une nappe d'eau, et s'élève lenteineiit dans un air calme enveloppant tout dans sa viscosité froiib* et humide. Linj^aMiieux et hardi marin qui fit naufrage en ISl'>'» sur le réiif d^'s îles Auckland, aux antipodes, M. Raynal, en a t>bsei\e et subi un exemple rare. C'était le 9 août. Ayant fait l'aseeiision d Hue montaiine de l'île, il redescendait, avec l'un de ses e«)U)pai:u(>us, et sui\ait une mince arête entre deux précipil'es, (juand un brouillard épais les enveloppa tout à coup. « Impossible de faire un pas, dit-il [le Tour du mondes 1869, II, p. 35 ; nous ne \o\ions jkis oii poser le pied. Nous passâmes ainsi une grande heure, immobiles, nous tenant par la main, sentant le IVoiil ['éurlrer nos membres que l'engourdissement gagnait de plus eu j)his.... Heureusement, une bise s'éleva qui déchira le brouillard t*l rem|)orta par lambeaux. »

Mais (u'i les brouillards sont le plus épais, c'est dans les latitudes lilaeées. Au Spitzberg, dit M. Martins, les brumes sont presque eoulinuelles, et d'une épaisseur telle qu'on ne distingue pas K's objt^ts à (piehjues pas devant soi. Ces brumes humides, froides, pénéli\uites, mouillent souvent comme la pluie. Les orages sont inconnus dans ces j)arages, même pendant l'été; jamais le bruit du liumerre ne trouble le silence de ces mers désertes. Aux approches th» l'automne, les brumes augmentent, la pluie se change en neige, La (Igure 187, prise pendant le voyage scientifique dont nous avons déjà parlé, donne une idée de ces immenses et perpétuels brouillards.

Page 1