NUAGES SUR LES MONTAGNES
parfaitement serein. Nous avons eu un brouillard analogue en décembre 1868 à Paris \
Les brouillards épais deviennent parfois odorants en s*imprégnant des exhalaisons diverses qui peuvent arriver dans les couches inférieures de Fatmosphëre. L*ammoniaque s*y laisse deviner assez souvent. En Belgique et dans le nord, il n*est pas rare qu'ils aient une odeur de tourbe. Dans les brouillards froids et humides des nuits d'octobre de cette année 1871, à Paris, on a pu remarquer celui du 14, qui émettait une assez désagréable odeur de pétrole.
Quand on considère de loin une chaîne de montagnes, on voit souvent un nuage attaché à chaque sommet, tandis que les intervalles sont parfaitement clairs. Cette apparition persiste pendant des heures et même des journées entières; mais cette immobilité n'est qu'apparente, car sur ces sommets il règne souvent un vent violent qui condense les vapeurs à mesure qu'elles s'élèvent le long des flancs de la montagne; lorsqu'elles s'éloignent des sommets, elle ne tarde pas à se dissiper. Dans les passages des Alpes, la formation, les mouvements et la disparition des nuages forment UQ spectacle aussi varié qu'intéressant.
Les nuages qui s'élèvent le long des pentes des montagnes pendant le jour, en vertu des courants ascendants diurnes, se dissolvent fréquemment en atteignant les sommets sous l'influence d'un
vent supérieur comparativement sec et chaud. C'est le soir surtout que cet eflet est le plus sensible; c'est surtout sur les cols, au sommet des couloirs qui viennent y aboutir, qu'il est facile d'observer ce phénomène. La brume paraît alors cheminer à l'encontre du vent, et cependant la surface qui la termine de ce côté reste stationnaire. Souvent de sombres nuages, passant rapidement sur l'hospice du Saint-Gothard, se précipitent en masses épaisses dans la gorge profonde du lac Tremola. On pourrait croire qu'en peu d'instants la Lombardie tout entière va être ensevelie sous un épais brouillard ; mais, à la sortie du val Tremola, il est déjà dissous par les courants chauds ascendants.
1. n y a parfois des brouillards secs. Ils n'ont aucun rapport avec les études hygrométriques qui nous occupent ici. Ils sont dus la plupart du temps à la fumée de prairies incendiées, et peuvent s'étendre sur de vastes contrées. La fumée des bmyërcs de la Hollande s'avance parfois jusqu'en Autriche, à des centaines do lieues. La fumée des volcans s'étend également à de très-grandes distances, comme on l'a remarqué en 186S, k Honolulu, à 85 lieues du volcan. En 1865, celle de Tinoendie de Limoges voilait encore le ciel à 30 lieues de là. Le plus intense brouillard sec que l'on ait mentionné est celui de 1783.
Le 8 septembre 1 868^ après le lever du soleil, je descendais du Saint-Gothard à Ândermat, où je devais prendre la diligence venant d* Italie pour Altorf. Un brouillard si épais nous environnait, mes compagnons et moi, que nous ne pouvions distinguer à quelques mètres les rochers de granit qui bordent cette route si accidentée. Parfois l'espace s'éclaircissait/et Ton voyait les nuages, emportés par une brise rapide, tourbillonner sous nos pieds et se précipiter dans les abîmes de Timmense vallée. Au moment du départ de riiospice (ou plutôt de Tauberge, car il n*y a plus d'hospice au Saint-Gothard depuis quatre ans), nous nous trouvions dans le ciel bleu, et les sommets granitiques dénudés, les pentes stériles où toute végétation est inconnue, les glaciers du massif déployaient sous nos regards leur panorama silencieux, tandis qu'à quelques centaines de mètres au-dessous de nous, les nuées grises voilaient la descente. Nous traversâmes les nuages et, pendant une heure de marche, nous descendîmes au milieu des vapeurs amoncelées. Mais à mesure que nous approchions de la limite de la végétation supérieure et du versant plus échauffé, les nuages diminuaient d'intensité, et, quoique emportés par une brise descendant sur le flanc des Alpes, ils se dissolvaient insensiblement et finirent par disparaître autour de nous. A Theure où nous arrivâmes au Pont-du Diable, quelques nuées reparurent dans la froide et profonde vallée, au fond de laquelle se précipite le torrent sinistre de la Reuss; d'autres, élevées par un courant d'air ascendant léchant la pente orientale du gigantesque massif, étaient allés s'accrocher aux cimes et se mêlaient singulièrement aux glaciers, de telle sorte que les glaciers paraissaient tout à coup multipliés.
Un jour, me rendant, au lever du soleil, de Lucerne à Fluelen, par le bateau , je fis des remarques analogues sur la formation des nuages. Le versant nord des hautes et splendides montagnes qui bordaient, à gauche de ma route , le lac des Quatre-Cantons, était en maint endroit tapissé d'un duvet de brouillards; les régions qui déjà recevaient le soleil en étaient affranchies, et les cols traversés par des courants d*air venant de l'autre côté (du sud) de mes montagnes de gauche, ne gardaient pas non plus la moindre trace de brouillards.
C'est dans ces pays admirables, où la nature a déployé à la fois ses forces les plus énergiques et ses flatteries les plus caressantes, c'est dans la Suisse aux Alpes argentées et aux lacs d*azur, que l'œil contemplateur peut le mieux observer la production des œuvres de l'Atmosphère. Tandis que l'homme s'agite en ses villes