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LES EAUX SUPÉRIEURES

bruyantes^ tandis que livré aveuglément au travail ou au plaisir, il oublie la divine nature pour les artifices de ses mains, cette nature, éternellement active, élève sans cesse de la terre au ciel, du sol où nous végétons jusqu*aux régions bleues supérieures, les sphères invisibles de la vapeur aqueuse, les innombrables petites sphères d'hydrogène marié à Toxygène, qui, en silence, dans leur petitesse et leur discrétion, dominant les régions inférieures où se livrent les combats de lambition et de la faim, régnent dans les hauteurs célestes , créent le monde fantastique des nuages , donnent au soleil un lit de pourpre et d'or, distribuent les beaux flocons de neige aux noires campagnes de Fhiver, versent Tombre et la fraîcheur sur les plaines altérées de Tété, et parfois même viennent sans nulle crainte terrifier et renverser Thomme lui-même dans le fracas de la foudre et le tourbillon des tempêtes.

Considérons maintenant les nuages en eux-mêmes, leur formation, leur mode de suspension dans Tespace.

Les anciens croyaient qu'il y avait au*dessus de TAtmosphère un réservoir d'eaux supérieures. Saint Basile en parle comme il suit à propos du firmament : « Puisque, le firmament prend son origine de Teau , il faut estimer ou qu'il soit semblable à de l'eau (glacée, ou qu'il soit fait de quelque matière semblable, qui a pris son commencement de quelque espesseur et coulure d'eau, comme est la nature de la pierre nommée crystal. »

Pensant qu'on pourrait s'étonner que Dieu eût créé une si grande quantité d'eaux, puisque celles-ci couvraient entièrement la terre, saint Basile dit encore : «r que Télément du feu étant nécessaire pour la conservation de l'univers, il failoit aussi qu'il y eût de l'eau, non-seulement pour l'usage des eaux terriennes, mais aussi pour remplir cet univers et tempérer la grande chaleur de l'élément du feu. Dieu fit donc, au commencement, une grande quantité d'eaux, laquelle il mit dans un dépost afin qu'elle peust suffire, iusques au bout et iour dernier ordonné pour la durée de ce monde, et laquelle sera consumée petit à petit par la force du feu.... Quant à la région éthérée, qui doute qu'elle ne soit pleine de feu et de chaleur? et si elle n'estoit contenue en certaines bornes, qui empescheroit qu'elle n'enflamast et brùlast tout ce monde et qu'elle ne consûmast toute l'humeur qui y est? 9

C'est ainsi que l'on raisonnait avant l'époque des sciences exactes. On faisait d'abord des suppositions, et ensuite la logique 86 chai^eait de tout expliquer.

Nous avons vu dans le chapitre précédent que l'humidili- Av l'air s'accroît jusqu'à une certaine hauteur, jusqu'à une zone ti'Aumidité maximum, dont l'élévatioi) varie suivant les saisons et suivant les heures, et au-dessus de laquelle l'air devient de plus eii plus sec. Cette zone, que j'ai constatée hygrométriquement daos mes voyages en ballon, je trouve, en m'occupant de la discussion des brouillards, qu'elle a été vue par de Saussure dans ses vojiiges dans les Alpes, et par le commandant Rozet dans les Pyréam, et aussi dans les Alpes. C'est une vapeur bleue transparente qu'on n'apeiToit que diflicilement tant qu'on s'y trouve ploBf;é, mm dont on distingue nettement la surface supérieure quand on l'a dr passée. Cette surface est toujours horizontale , comme cell« delà mer. Lorsqu'on est très-élevé sur les pics des Alpes ou des P\n'nées, on voit lu limite supérieure de cette atmosphère de vapeur se dessiner à l'horizon par une ligne bleuâtre semblable à <x\k qui termine l'horizon de la mer. Sa hauteur varie suivant les saisons et les heures; on l'a géodésiquement trouvée tantôt à H 00 mètres, tantôt à 1500, tantôt à 2000 et mf^me à 3000 et MO. Su température ne descend pas au dessous de zéro. Le plan iaférieur qui limite les nuages est déterminé p;ir le point de la verticale uii se rencontre le point de rosée de l'air, de manière que s'il se fait des courants obliques , ou même verticaux , le plan inférieur des nuages reste te même, l'air qui descend au-dessous de ce plaa laissant dissoudre sa vapeur, et celui qui s'élève se troublant à la niMi' hauteur.

{'.\-il sur celte surface terminale de l'atmosphère de vapeur ([iv se ioirnent les nuages et qu'ils semblent ensuite reposer. Le 13 juillel IKOT, je voguais entre 1500 et 2000 mètres de hauteur avaut h' \i-\M du soleil. C'est une des rares circonstances où j'ai pu assisli'[' directement à la funnalion des nuages et me trouver dans rudirine même de la nature. C'était au-dessus de la plaine du Itliiii. entre Aix-la-Chapelle et Cologne. L'Atmosphère était resli''' puic, quand de petits flocons blancs apparun>nt çà et là dans la zun.' d'humidité maximum. Puis, se soudant, ils formèrent des difcons plus gros, et ceux-ci des mamelons. Parfois ils se gro"?^*"' en ^[-.ind nombre; parfois ils se dissolvaient aussi facilement qu'ds naissiiiunt. Les petites nuées blanches réunies en masses arrondies iKrmèrent des cumulus. Cette formation des nuages s'effectuait à plusieurs centaines de mètres au-dessous deoous. Avec le snleil. l'humidité nocturne du ballon s'évapora, et nous nous élevâmes Utnt><ment jusqu'à 2400 mètres. Il en fut de même des nuages, qui

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