LA FORMATION DES NUAGES
s'élevaient môme un peu plus vite que l'aérostat et finirent par nous envelopper et nous dépasser.
Peltier et Rozet ont assisté^ sur les montagnes^ à la formation des nuages, et ils rendent comple exactement de ce même mode de production.
La surface supérieure des nuages est diversifiée, bombée audessus des courants ascendants qui les élèvent, creusée plus loin, et donne l'aspect d'une série de montagnes et de vallées souvent fort pittoresques et accidentées de formes étranges. La surface inférieure, au contraire, est plane et souvent horizontale, et elle flotte sur l'atmosphère de vapeur comme sur un lac.
Les vésicules des nuages s'attirent les uns les autres et se groupent en masses condensées. Il me parait indispensable de supposer cette attraction pour expliquer les figures si nettement limitées que revêtent les nuages divers. D'ailleurs, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de la voir à Tœuvre et de la surprendre, pour ainsi dire, sur le fait, entre autres, dans l'ascension dont je viens de parler. Les nuées naissaient cà et là à l'état fragmentaire, et les groupes de vésicules se soudaient petit à'petit, comme on voit, à la surface d'une tasse de café, les globules d'air provenant de la fusion du sucre se réunir et former un même système. Cette sorte d'affinité moléculaire, je l'ai constatée sous une forme plus arrêtée encore dans certains nuages de fumée provenant d'explosions , comme on en a eu le spectacle plus fréquent que jamais en cet an de grâce 1871. Le jour de la formidable explosion de la cartoucherie de Vincennes particulièrement, le 14 juillet 1871, le nuage qui s'éleva au milieu des grondements volcaniques du cratère prit dans l'air calme de cette chaude journée une forme pommelée que l'on peut exactement comparer a un immense chou-fleur. Ce nuage resta longtemps immobile, et, de la distance dominante de TObservatoire à Vincennes, j'ai pu l'observer à loisir dans une lunette astronomique d'assez fort grossissement. L'adhérence des molécules était manifeste, et ce nuage eût été solide, qu'il n'aurait pas eu une forme mieux définie à la lumière du soleil qui Téclairait (1 h. 20 min.).
Les nuages sont ordinairement entraînés par le vent, suivant exactement son cours, étant comme immergés et relativement immobiles dans le courant au sein duquel ils flottent. La mesure de leur vitesse donne même la mesure du vent supérieur. Mais ce n'e^tpas là une règle sans exception. Il y a aussi des nuages qui '*'' hmchcnt paSy lors même qu'un vent plus ou moins fort les tra- ^^^rse et semblerait devoir les entraîner*
Un jour que je paanis en ballon, accompagné de M. Eugène Godard^ au-dessus delà forêt de Villers-Cotterets, j ai été fort surpris de voir, pendant plus de vingt minutes, un petit nuage qui pouvait avoir 200 mètres de long sur 1 50 de large, et qui était suspendu immobile à 80 mètres environ au-dessus des arbres. En approchant, nous en vîmes bientôt cinq ou six plus petits, disséminés et également immobiles. Cependant lair marchait en raison de 8 mètres par seconde; quelle ancre invisible retenait ces petits nuages? En arrivant au-dessus, nous reconnûmes que le principal était suspendu au-dessus d'une pièce d*eau, et que les autres marquaient le cours d*un ruisseau. — G*était un courant ascendant d*air humide qui s'élevait de là, et dont l'humidité invisible atteignait son point de saturation et devenait visible en traversant le vent frais qui soufiDait au-dessus du bois.
PrèsdeWiesbaden, Kœmtz a été témoin d'un fait analogue après une forte pluie. « Les nuages s*étant divisés, dit-il, le soleil parut, et je vis une colonne de brouillard s'élever constamment d*un même point. J*y courus : c'était une prairie fauchée, entourée de pâturages couverts d'une herbe très -haute qui, s'échauffant moins que la surface fauchée, donnaient lieu à une évaporation moins active. » En Suisse, le phénomène se montre sur une moins grande échelle; tandis que le plus beau temps règne sur le Faulhorn^ les lacs de Suisse sont souvent couverts de brouillards d'une densité fort différente. Le même météorologiste a observé que celui qui cachait les lacs de Zug, Zurich et Neuchâtel était fort épais, tandis que les lacs de Thun et de Brienz étaient à peine couverts d'une légère vapeur. Ce phénomène s'est reproduit trop souvent pour l'attribuer au hasard. Le lac de Zug est assez profond, et ses affluents ne viennent pas directement de la région des neiges éternelles. Sa température doit être plus élevée que celle du lac de Brienz, où l'Aar se jette immédiatement après avoir quitté les glaciers de la Grimsel. A température égale, le premier so couvre plus facilement de brouillard que le second.
Mon excellent vieux maître, M. Babinet, a observé ce même fait d'un nuage immobile au sommet du Canigou, le plus élevé des Pyrénées orientales. « Un vent violent poussait l'air de France vers l'Espagne, dit il ; nulle part de nuages, excepté un petit filet à peine épais de quelques mètres, et pas beaucoup plus large, qui, malgré la violence du vent qui semblait devoir l'emporter, restait obstinément fixé sur le point où je l'observais. Ce filet de nuage était si nettement terminé^ que je pouvais y mouiller la moitié seulement d'un crayon