CHAPITRE III
LA PLUIE
CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA FORMATION DE LA PLUIE. SA DISTRIBUTION SUR LE GLOBE. — LA PLUIE EN EUROPE ET EN FRANCE.
Maintenant que nous connaissons la distribution de l*humidité dans Tair atmosphérique^ le mode de formation et de suspension des nuages dans l'espace^ leur partage en deux espèces principales bien distinctes^ et Taction de la température sur la vapeur d'eau^ nous pouvons nous rendre facilement compte de la formation de la pluie.
La pluie est la précipitation de la vapeur aqueuse qui constitue les nuages. Pour que cette vapeur se précipite , c*est-à-dire forme des gouttes pleines qui, par leur poids, tombent à travers l'atmosphère et produisent la pluie, il faut que l'état moléculaire du nuage soit modifié par une cause extérieure. Cette modification est produite par rinfluence des nuages supérieurs, des nuages de glace. 11 y a des situations telles, que la moindre circonstance les trouble profondément et les détruit. Tel est le cas des cumulus saturés; le moindre refroidissement les condense et précipite en pluie une partie plus ou moins grande de la vapeur vésiculaire qui les compose.
La condition ordinaire de la production de la pluie consiste donc dans lexistence de deux couches de nuages superposées, et c'est celle du haut qui détermine la précipitation de celle du bas. C'est là une observation que tout le monde peut vérifier facilement quand on en est prévenu; depuis plusieurs années je me suis at-
tacbé à examiner l'état du ciel au moment de la pluie, sans jamais avoir pu une seule fois trouver cette condition en dé&ut.
Monck MasoD, dans ses excuraions aéronautiques, a remarqué quelorsqu'uDcielcomplétementcouvert de nuages donne de la pluie, il y a toujours une rangée semblable de nuages située an-dessus, à une certaine hauteur, et qu'au contraire, quand il ne pleut pas, quoique le ciel présente inférieurement la mfime apparence, l'espace situé immédiatement au-dessus ofTre pour caractère dominant une grande étendue de ciel clair et jouissant d'un soleil qui n'est masqué par aucun nuage.
Déjà Saussure avait observé le même fait dans ses voyages dans les Alpes. Hatton avait remarqué que quand deux masses d'air saturées ou presque saturées, mais d'inégales températures, se rencontrent, il y a précipitation de la vapeur aqueuse. Pellier observa sous un autre point de vue, qu'un orage est toujours composé de deux rangs de nuages d'électricité contraire. Le commandant Rozct conclut d'une longue série d'observations, que les orages et la pluie résultent l'un et l'autre de la rencontre des cirrus avec les cumulus, de la vapeur glacée avec la vapeur vésiculaire. Kaemtz et Martins adoptent la même théorie. M. Renou ajoute de plus que l'eau peut descendre sans se glacer jusqu'à 15, 20, 25 degrés audessous de zéro, dans l'état d'extrême divisibilité qui constitue les brouillards et les nuages, et que la pluie et la grêle sont dnes au mélange des cirrus glacés avec les cumulus encore liquides, sous l'influence variable de la température'.
Le transport des masses nuageuses joue donc lui-même un rdle fondamental dans la dissolution de ces masses, l'abondance et la distribution des pluies. Nous l'avons déjà remarqué en étudiant la
1. Tel est le mode général de formation de la pluie. Cependantelle tombe parfois par un eitl «rein. En voici plusieurs exemples :
Le 9 aoùl 1837, à neuf heures du soir, Wartmann de Genève constata que peodant deux minutes une pluie formée de larges gouttes d'eau tîËde toraba d'un ciel pur où brillaient les étoiles. Les nombreux promeneurs qui se trouvaient sur le poDt des Berguea n'eurent que le temps de se sauver dans toutes les directions, fort surpris de celte averse bixarre. Le tour de l'horizon était occupé par de gros nuages noirs non continus.
Le 31 mai 1838, à sept heures du soir, le même observateur constata encore, & Genève également, une pluie analogue et qui dura six minutes. Lea goaUes, tiédes, d'abord grosses et serrées, devinrent ensuite trèa-Qoes.
Le U mai 1844, à dix heures du matin et à trois heures de l'aprËs- midi, le même fait fut encore constaté par le même observateur, l'air étant parfaitement calme.
La mfme année, à Paris, le 21 et le 23 avril, vers deux heures et demie du Mtr, un capitaine du génie, de Noirronlaine, étant sur les glacis, loin de toute habitation, reçut sur te visage et sur les mains des goultes d'eau très-fines lancées avec force. Des soldats s'en aperçurent également. Les gouttes n'étaient ni asiFi