CRUES ET INONDATIONS
étages des maisons^ et des éboulements avaient lieu. Bientôt tout le quartier de la Guillotière fut envahi, les Charpentes , Vaux, Villeurbane paraissaient destinés à un engloutissement final. Pendant deux jours et deux nuits les maisons s'écroulèrent les unes après les autres, abandonnant leurs débris aux flots impétueux. A riieure de la rupture de la digue, les habitants, hommes , femmes, vieillards, enfants, furent surpris dans leur sommeil. La plupart furent entraînés par les flots avant d'avoir le temi)s de se reconnaître, et malgré les secours organisés aussi vite que les circonstances le commandaient, un grand nombre ne furent plus retrouvés. La crue du Rhône a été telle, qu'elle a dépassé de 1™,50 celle de 1840, qui déjà avait causé tant de ravages.
Habitations, plantations, routes, chemins de fer, tout est détruit ou bouleversé en deux jours par ces effroyables débordements. On comptait près de 200 millions de pertes matérielles dans la vallée du Rhône, et non moins dans celle de la Loire. Presque tous les fleuves et rivières du midi de la France ont été grossis pai les pluies torrentielles qui n'ont pas cessé pendant plusieurs jours, mais aucune crue n'a atteint des proportions aussi considérables que celle du Rhône et de ses aflluents.
A Colmar, du 27 avril à la fin de mai, il est tombé 19 centimètres d'eau, le tiers d'une année. A Versailles, la pluie du mois de mai, qui avait été de 55™°* en 1853, de 7! en 1854 et de 84 en 1855, s'éleva à 148. En 29 heures, les 30 et 31, la pluie continuelle donna 60™.
Peu de jours avant ces pluies diluviennes, on avait remarqué que la masse des cirrus arrivaient du sud-ouest avec une vitesse inusitée de 100 kilomètres à l'heure. Le vent du nord s'étant déclaré, il en résulta les pluies phénoménales qui se précipitèrent.
Les années lés plus pluvieuses de ce siècle ont été les suivantes. 1^8 quantités d'eau indiquées ici sont celles du pluviomètre de la terrasse de l'Observatoire, et l'année météorologique est comptée du 1*' décembre au 30 novembre.
50 CCDt.
été :
[avril,
mai,
juin
es ont
43 cent.
Les pluies de 1 866 ont agi jusque dans les caves de Paris^ qui ont subi des inondations partielles inattendues en janvier et février 1867. Les nouvelles maisons^ surtout^ des boulevards Sébastopol^ Malesherbes^ Haussmann^ de la rue la Fayette^ etc.^ qui ont doubles caveS; ont subi les meilleurs spécimens de cette inondation souterraine, parce que les architectes , trompés sans doute par le niveau très bas des puits de 1857 à 1865^ ont établi le fond des caves presque à ce niveau. Les pluies de 1 866 le relevèrent de 75 centimètres et davantage! Sur la rive gauche^ les submersions souterraines ont été dues à une autre cause : au refoulement direct et immédiat de la nappe souterraine par les crues de la Seine.
Les pluies diluviennes s*observent surtout entre les tropiques. Sur les bords du Rio-Negro on reçoit presque tous les jours des pluies de 6 heures et de 50 millimètres d*eau. A Bombay^ on s*est assuré que la terre avait reçu en un jour 108 millimètres de pluie. A Cayenne^ Tamiral Roussin a trouvé que la quantité d*eau recueillie depuis 8 heures du soir jusqu'à 6 heures du matin était de 277 millimètres.
Hooker cite une localité de THimalaya où un déluge de 4 heures^ semblable à Técroulement d'une trombe, recouvrit le sol d*une couche liquide évaluée à 76 centimètres.
Le 21 octobre 1817, il tomba à Tile de Grenade 20 centimètres d'eau dans le court espace de 21 heures. Les rivières s'élevèrent de 9 mètres au-dessus de leur niveau ordinaire.
Voici les plus grandes averses constatées dans nos climats :
Les inondations ont causé en 1 827 de nombreux désastres dans le midi de la France. On a vu rarement une série de pluies si extraordinaire que celle de cette année, dans l'Europe entière. Le 20 mai, il est tombé à Genève 16 centimètres d'eau dans le court intervalle de 3 heures. Dans la même année 1827, il est tombé à Montpellier, en 5 jours, du 23 au 27 septembre inclus, /•5 centimètres d'eau. Du 24 au 26, en deux fois 24 heures, la pluie recueillie près de la même ville, à une manufacture de produits chimiques, s'est élevée à 32 centimètres. A Joyeuse, il tomba en 1 jour, le 9 octobre de la même année, 79 centimètres d'eau.
Yalz a observé à Marseille, le 21 septembre 1839, un violent orage qui occasionna la plus forte pluie qu'on y eût encore vue : il tomba 40 millimètres d'eau en 25 minutes. La Cannebière, cette rue de 30 mètres de large, avec une pente de 13 millimètres