DU TEMPS
LA MÉTÉOROLOGIE DANS LE PASSÉ, DANS LE PRÉSENT, DANS l' AVENIR. DIVERS ESSAIS DE PRÉDICTION DU TEMPS. — EXAMEN DES PRONOSTICS. COMPLEXITÉ DU PROBLÈME. — CONNAJSSAKCE DE LA MARCHE SIMULTANÉ!: DES PHÉNOMÈNES PAR LE TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE. — ORGANISATION DU SERVICE INTERNATIONAL DE l'oBSERVATOIRE DE PARIS. — FONDATION US l'observatoire MÉTÉOROLOGIQUE SPÉCIAL DE MONTSOURIS.
C0N(.Lr5Ii>N DE L'oL'VRAOE.
Nous venons de terminer, mon cher lecteur, la description de ce merveilleux ensemble météorologique qui constitue la vie et la beauté de la Terre. Nous avons vu comment le fluide atmosphérique accompagne le globe dans son cours, comment le Soleil y déploie les splendeurs de la lumière, comment il y distribue les bienfaits de la température, des saisons et des climats; nous avons vu comment naissent les vents et les tempêtes, comment la circulation aérienne s'accomplit en tout lieu, comment les nuages s'élèvent aux sommets des airs et versent la pluie sur les plaines altérées. Nous avons entendu les orages gronder sur nos tètes, et nous avons suivi la capricieuse électricité, depuis l'étincelle subtile qui 8*amuse à bouleverser un ménage jusqu'aux déploiements grandioses de l'aurore boréale dans les profondeurs des cieux. Maintenant, notre esprit est meublé de notions exactes sur les grands phénomènes de la nature, sur l'état et l'entretien de la vie du globe que nous habitons, et nous ne sommes plus, au fond de cette
atmosphère^ comme des aveugles-nés ou des végétaux, qui respirent sans se rendre compte de ce qui les entoure, sans savoir où ils sont, ni comment ils vivent. Au moins, le théâtre sur lequel nous sommes venus jouer un rôle plus ou moins brillant, plus ou moins utile, n'est-il plus lettre morte pour nous, et pouvons-nous apprécier suffisamment notre situation, ainsi que l'agencement des décors variés qui se succèdent autour de nous pendant notre jeu, pendant notre vie. Désormais la nature aura pour chacun de nous incomparablement plus d'intérêt, incomparablement plus de charmes. Désormais aussi, malheureusement, les hommes nous paraîtront, en général, incomparablement plus ignorants et plus nuls que nous ne le supposions jusqu'ici; car, au lieu de consacrer leurs loisirs à éclairer et développer leur intelligence, ils passent leur temps à s'envier les uns les autres, à caresser des chimères politiques, et à jouer sottement au soldat pour Tamusement de quelques princes qui les mènent comme autant de troupeaux.
Il serait intéressant maintenant pour nous de compléter ces données par un aperçu général de' Thistoire de la météorologie, et d'apprécier la valeur de son état actuel d'organisation, afin de pouvoir la classer dans notre esprit au rang qu'elle se conquiert de jour en jour parmi les sciences exactes. C'est ce que nous allons essayer de faire aussi succinctement que possible.
Les origines de la météorologie remontent, comme celles de l'astronomie, à la plus haute antiquité. Les premiers âges durent longtemps confondre dans une même observation les phénomènes de la voûte céleste et ceux qui s'accomplissent dans l'enveloppe aérienne de la Terre ; les limites du ciel et de l'Atmosphère étaient trop mal déterminées pour que l'étude des astres et celle des météores pussent être autre chose que deux parties d'un même ensemble. Les comètes, la voie lactée, étaient de sublimes météores ; les feux qui traversent les hautes régions de l'air étaient des astres qui se détachaient de la voûte et tombaient. La météorologie reconnaît donc les mêmes origines que l'astronomie.
En ces temps reculés où les phénomènes de la nature échappaient à toute explication physique, les hommes ne pouvaient voir dans ces grandes manifestations que des témoignages de la colère ou de la bonté divine; mais, tandis que les parties élevées de la voûte céleste n'offraient à leurs yeux éblouis qu'un splendide tableau d'harmonie, et n'éveillaient en eux que des sentiments d'admiration, les basses régions leur présentaient surtout des phénomènes irréguliers^ capricieux, sans liaison apparente^ tantôt
propices^ tantât funestes. Les hommes peuplèrent le ciel des héros qui avaient mérité leur reconnaissance^ mais ils soumirent T Atmosphère à Tempire de génies^ bons ou mauvais^ dont les combats incessants étaient par la victoire des uns ou des autres des sources de richesse et de joie^ ou de misère et de chagrin.
Il est peu de peuples dont Tenfance ait échappé à ces superstitions. Les Chaldéens^ savants dans la divination^ considéraient les éclipses^ les tremblements de terre^ les météores en général^ comme des présages^ heureux ou malheureux.
Le peuple hébreu^ adorant un Dieu unique^ lui donnait pour demeure le firmament, qui n*était autre chose^ à ses yeux, que la voûte étoilée; mais le Seigneur descendait parfois de son trône pour entrer en communication avec les hommes, au milieu du prestige des météores.
Chez les Étruques et à Rome^ les météores étaient considérés^ suivant Fexplication des livres sibyllins et suivant certaines circonstancesy comme de bons ou de funestes présages.
Les annales les plus anciennes et les plus authentiques contiennent de si nombreuses allusions au vent^ au temps^ à la pluie^ au tonnerre^ à Téclair^ à la grêle^ et aux corps célestes^ autres que le soleil et la lune ces astres suprêmes^ qu'elles nous fournissent une preuve irrécusable de Timmense intérêt qu'on y attachait même dans les temps les plus reculés. « Il y a probablement peu d'hommes versés dans 1 étude des auteurs anciens^ dit l'amiral Fitz-Roy, qui, dans le récit mythologique de l'enlèvement du feu céleste par Prométhée, ne voient autre chose qu'une expérience dans le genre de celle de Franklin, ou qui doutent de l'emploi de fils conducteurs (paratonnerre) par Pythagore. Toutefois il est singulier que les travaux de ce philosophe n'aient nulle part été suivis de résultats pratiques, tandis qu'il est constant que dans l'extrême Orient, depuis l'ile de Ceylan jusqu'au Japon, au lieu de chercher à soutirer et à neutraliser le feu électrique, on a de temps immémorial cherché à le détourner au moyen d'un morceau de verre, ou d'un peloton de soie fixé au sommet de chaque édifice important. »
Au moyen âge l'astronomie fut séparée et mise au-dessus des autres sciences; la chimie fut étudiée d'une manière particulière; les recherches météorologiques seules furent presque délaissées, jusqu'à ce que les travaux de Dampier, de Halley et de Hadley eussent fait naître un esprit d'investigation dans les lois et les forces atmosphériques.
La science météorologique, telle qu elle existe aujourd'hui et telle que nous lavons exposée dans cet ouvrage, est due à peu près tout entière aux travaux de ce siècle, avant lequel nous n'avions que les éléments, importants sans doute, mais incomplets, établis par les travaux divers de Galilée, Otto de Guéricke, Torricelli, Descartes, Réaumur, Franklin, Romas, NoUet, Cotte, Lavoisier, etc. Cest surtout par le grand nombre des observations, par Tétendue embrassée et analysée, que les travaux de notre siècle auront élevé la science des météores a la dignité de science exacte. Ces observations intelligentes et discutées, nous les devons à un nombre fort respectable de savants, disséminés à la surface de l'Europe et de TAmérique, et dont la plupart vivent encore. Il serait diflîcile de les signaler tous à la reconnaissance des amis des sciences; mais les plus éminents, dont les noms se sont trouvés fréquemment cités dans les divers sujets explorés en cet ouvrage, peuvent légitimement être rappelés ici. Qu'il nous suffise de nommer Gay- Lussac, Humboldt, Arago, Quételet, Kaemtz, Reid, Redfield, Piddington, Dove, Bravais, Renou, Sainte-Claire-Deville, Fitz-Roy, Glaisher, Marié-Davy. Ces noms éminents sont inscrits par ordre de date, et non, bien entendu, par ordre de mérite, dont je n*aî à aucun titre le droit de me faire juge.
Les connaissances relatives à la marche moyenne de température, à ses applications si intéressantes, à la distribution des vents, des pluies, des météores journaliers pour nos climats, sont dues surtout aux travaux analytiques persévérants de Quételet à TObserva* toire de Bruxelles et aux discussions de Kaemtz.
Les connaissances relatives aux cyclones et à la marche des tempêtes sur les océans sont dues surtout aux recherches de TAméricain Redfield et de l'Allemand Dove.
Les connaissances relatives à l'application de la marche de^ tempêtes, à la variation du temps dans nos climats, sont dues surtout à l'amiral Fitz-Roy en Angleterre et à M. Marié-Davy a l'Observatoire de Paris.
Les connaissances relatives aux nuages et aux phénomènes optiques qui se manifestent dans les régions supérieures, sont dues surtout aux recherches de Bravais, Renou, Silbermann, à Paris.
Différents homnies, plus ou moins instruits, se sont imaginé en ces dernières années pouvoir prédire le temps une année à Tavance. Celui qui a fait le plus de bruit est certainement feu Mathieu ^de la Drôme). A l'origine de ses prédictions, comme le témoignent des lettres qu'il m*a adressées et que je possède encore, il croyait
sincèrement qu^en interprétant avec soin les phases de la Lune on pouvait deviner à peu près la nature des .changements de tempn qui doivent avoir lieu. J^ai discuté autrefois sérieusement cette question dans le Cosmos. Mais je doute fort que Fauteur des almanachs ait gardé cette illusion jusqu^à la fin de ses jours^ car souvent ses prédictions ont été radicalement démenties par Tévénement. Il est certain^ pour tout homme de bonne foi, qu*il est impossible de deviner le temps par les phases de la Lune, quoique le sujet frappe d'abord l'esprit et demande à être discuté. Voyons un instant où la science positive en est actuellement à cet égard.
La Lune n*est pas absolument sans influence sur l'Atmosphère.
Elle agit d'abord par voie d'attraction pour former les marées^ — haute mer et haute atmosphère, — le jour qui suit la nouvelle et la pleine lune, ainsi que la basse mer et la basse atmosphère le jour qui suit le premier et le dernier quartier. Mais ces marées atmosphériques sont presque insensibles dans les couches basses sous lesquelles nous habitons. Voici par exemple les résultats variés de plus de cinquante années d'observations diverses, que j'ai sous les yeux.
D'après vingt ans d'observations faites à Viviers (Ardèche\ par Flaugergues, la hauteur du baromètre est en moyenne :
Aux quadratures, de 755"*i»,81
Aux syzygies , de 755 39
Différence 0 42
C'est-à-dire que le baromètre est plus haut de 0™»,42 au premier et au dernier quartier qu'à la nouvelle et à la pleine lune. Ce devrait i>tre l'opposé.
D'après les discussions enregistrées à Paris par Bouvard, cette hauteur est en moyenne :
Aux quadratures, de 756«",59
Aux syzygies, de 755 90
Différence 0 69
Ce. résultat, du même sens que le précédent, ne se comprend pas davantage.
D'après les études faites à Bruxelles, le maximum de hauteur barométrique arrive la veille du premier quartier; un autre maximum arrive la veille de la pleine lune; le minimum arrive à la nouvelle lune, et aussi le vingt et unième jour.
D'après les documents relevés à Cayenne par M. Charles Deville, un maximum arrive à la nouvelle lune, un autre au dixième jour de la lune, un 3« le dix-huitième jour, un 4« le quarante-troisième. Le minimum s'est manifesté la veille du premier quartier, le lendemain de la pleine lune, le vingt et unième jour.
Je vois aussi dans les observations faites à Alexandrie en 1866 les résultats suivants :
Nouvelle lune 754««,39
Premier quartier 754 27
Pleine lune 751««,01
Dernier quartier 753 1 1
Le niaxinuim ajtpartienl à la nouvelle lune, le minimum à la pleine.
On voit qu'il n'y a rien à tirer de ces observations.
Ce résultat négatif ne prouve pas que les marées atmosphériques supérieures soient sans influence sur le temps.
Voyons si des observations également précises ont mis en évidence une correspondance plus marquée entre les phases de la lune et la pluie.
Une période de vingt-huit années d'observations à Munich , Stutli^art et Au^sbouri? a donné à Schiibler les résultats suivants :
Nombre de jours de pluie en 20 ans.
De la nouvelle lune au premier quartier 764
Du preuii<*r (juarlier à. la pleine lune Skb
De la pleine lune au dernier quartier 761
Du dernier quartier à la nouvelle lune 696
Lo uiaxinunn s'est présenté entre le premier quartier et la pleine lune; le minimum entre le d^rfiier quartier et la nouvelle lune. En examinant séparément les jours, il trouve rpie sur une pro|)ortion de 10 000 jours de pluie, il y en a eu :
Lf> jour (!«» la nouvelle lune 306
— du premier (juartier 325
— de la i^leine lune 337
— du dernier quartier 284
A Vienne (Autriche', Piljrram remanpia sur cent observations de la même
jjhase:
Nouvelle lune 26 chutes de pluie.
Moyenne des deux (juartiers 25 —
Pleine lune 29 —
M. (le (iaspariii, comparant les observations faites en trois points de TEurope l)ien dilléroiits, Paris, Carlsruhe et Orange, a trouvé que du quatrième jour aprè^ la nouvelle lune au quatriî'me jour après la pleine lune, il tombe :
A Paris 612 pluies
A ( 'arlsrulie 674 —
A Orangt' 3(i2
Tandis (jue pendant la lune décroissante, jusqu'au quatrième jour après la nouvelle lune, il n'en tombe que :
A Paris 57g
A ( iarlsrulie 630
A Orange 315 •
< ies résultats s'accordent pour montrer qu'il pleut davantage entre le premier
quartier ei la pleine lune quVn tout autre temps. Au point de vue du nombre des jours couverts et de la quantité d'eau tombée, voici ce que Schûbler a constaté :
Nombre de Nombre de Quantité jours sereine jours couverts de pluie en en 18 ans. en 16 ans. millimètres.
Nouvelle lune 31
Premier quartier 38
k jours avant la pleine lune (max.) 35 65
Dernier quartier 41
En Angleterre, M. Glaisher a réuni et discuté les observations de 19 726 jours, s'ètendant du 10 janvier 1815 au 12 janvier 1869; il constate que Tâge de la lune a une influence sur la fréquence comme sur l'intensité de la pluie. Les plus fortes pluies sont arrivées du vingt et unième au vingt-sixième jour de la lune et du cinquième au neuvième; les plus faibles sont arrivées à l'époque de la nouvelle lune. La pluie est plus fréquente pendant la semaine qui précède et suit la pleine lune, et moins fréquente pendant la première et la deuxième semaine de la lunaison ; le maximum précède la pleine lune et le minimum la nouvelle lune.
On a également constaté qu*il pleut davantage au périgée qu'à l'apogée.
La Lune a une action sur l'Atmosphère. Mais quelle est la nature
de cette action? Ce n'est pas une marée aérienne analogue à celle
de l'océan^ nous venons de le voir. Est-ce une action calorifique ?
D'après les expériences les plus minutieuses de Melloni^ Piazzi^
Smyth^ lord Rosse^ Marié-Davy, la chaleur des rayons lunaires
qui arrive au fond de l'atmosphère où nous respirons est à peine
égale à 1 2 millionihmes de degré ! Sur le pic du Ténériffe^ sous
une épaisseur bien moindre d'atmosphère^ elle a été trouvée égale
au tiers de celle d'une bougie placée à 4*^^75 de distance. C'est
toujours extrêmement faible. Mais si les rayons calorifiques de la
lune sont à peine sensibles ici^ il n'en est pas de même de ses
rayons lumineux, qui sont assez intenses pour dissiper l'obscurité
de nos nuits^ et de ses rayons chimiques, qui sont assez puissants
pour nous permettre de photographier instantanément et avec tous
ses détails la géographie de notre satellite. Ainsi, si nous divisons
le spectre lunaire comme nous avons divisé plus haut le spectre
solaire^ nous remarquerons que^ des trois espèces de rayons^ les
plus faibles sont les plus lents^ les calorifiques^ et que l'intensité va
en augmentant de la gauche à la droite du spectre^ sa lumière
étant plus forte que sa chaleur^ et sa puissance chimique plus forte
que les deux autres.
On peut donc admettre que la Lune a une influence chimique sur les délicates réactions qui s'opèrent pendant la nuit dans les feuilles et les organes des végétaux. On peut admettre aussi que dans les hauteurs aériennes^ en certaines situations des nuages
fc02 F::>T'«IBE l'E LA METÉOH'^LuôIE.
♦lù il 5'jrîit d rme r*.iii-»^ extr^merurnî fuible p-)rir 1»^ modifier, la Lijn»* p*^*Jt I^!? niinc»'r, e«»fnme dit 1*^ [►n;»verb- populaire. J ai iii«»i-ri.*^:n»"' r-riiir j'j»'- j»l;i-i'^"urs foi?. d:ins m»^< vn\ai:es en balLjn, rjii^- ci-r*.!!.'! '- n i^^ -à >h di^^«•!vent rapidement sous 1 inflaen«-e de la jn^rin»' hr:^. En iri m»;, l'a-tr' il-^s nuits n'est pas tout à fait .-ans intlu -n«- -sr n'tîjs. Mais s»jn a«-:ion ne peut pas être c.»mpir»^* à «•►'lU' d 1 >A 'il. •< H'- njle point le temps, comm^* ijiiel«pr*s !n»'t»^or"î.i:^i?tf'S aiu itr rirs 1-' ^upp<»^^'nt.
[)ans r»^tat a'-t'iel d^ n»s fjnnais-ianres, un ne pMil donc enror»' ri»'ri bi^'-r ^ur b- [j^n^es d»^ la lune, maliriv les indices prê- «V'd nî>. T'Hif au pÎMs p'-U'.-^^n ïifiiplement attendre un chanireiii^nt d»- t»'rn[»-. ^n b**au uu t-n laid, à la \. L. ou i la P. L. pr'j«'h lin»-. Mais mh h» p mi^ iu mu»^ laflirmeT, et ce qui fait qu'un LTind ri'»nib:'»' !* i';!riva*rMir- ^t df marins ibianent la prtMuiiTe pla«'»* auv qîiat:»' j.!ia-fs de la lune {R»ur la rrirlemenlation du tt'uips. r\'A qu il- Il \ rf'^arbnt pas à un ou deux jours près, a\ant mu aj>r^'>. r»-uiarqii'*:jl un* nuncitb'UCt», et n en remarquent pa^ dix qui naiii^^-nt jia>.
La piv\i>i'jii du l'-riq»- à louiu^* éclifauce ne saurait donc inspirer au'une CMnfianr-'. » .i tant «pie basre sur les mouvements de la Lun»-. <!♦•'■♦• piV\i-i >j iLi t\Mups ne p 'Ul du r.^ste être basée davîuitiir»' >urrl'aMM«- '1'» iiiii ♦îll^. Aclu»dlemrnt il est absolument stérile d a\eiitur»'r d»'> «•»':!>♦•. ti;r» > sur le b<\iu ou b» mauvais temps, une anu»'t', uu m<ji>, uru* <«'Uiaiuf même à lavance.
11 n»* ^rra jMj>>il)lr d»* pré\nir la niarcbe du temps qu'à l'époque oii des tjbservatiuus !uullij)li»^*s sur la surface entière du globe auront [)erujis danah^^n* bs di\ers mouvements météorologiques mt-n-^ut-ls et diuinos. Lorsque lliomme tiendra sous son regard 1 ensendde de la circuLitioii aiuiospliérique^ comme il lient déjà le Ldube l»ri'r'>trt', i:»^oli>^iqut', rlimalologique et astronomique, il suivra la marelle dt*s ondes qui fiassent d'un méridien à l'autre, b'S iluctualiuiis qui Iraxersout les latitudes, les directions de coulauls déterminées par la dilTérem'C drs terres et des mers, par le relief du sn!, j)ar It^s chaînes de montagnes, — la distiibulion des pluies suivant les mouvements atmosj)hériques, les saisons el les contrées, — la succession des vents, etc., etc.; la science arrivera il dominer b*s lois invariables et les forces constantes qui régissent ces mouvements, quelque compliqués et ol)scurs qu'ils nous paraissent encnie; car, cunime l'a écrit Laplace : La moindre molécul»' d air est soumise dans ses mouvements à des lois aussi invariables que celles qui régissent les corps célestes dans l'espace.
Cette élude des mouvemeots généraux de l'Atmosphère est commencée depuis une vingtaine d'années. Les météorologistes américams Piddington et Espy ont commencé les premiers à appliquer l'mstantanéité des dépêches du télégraphe électrique à établir l'état du temps à un moment déterminé sur plusieurs points très-éloignés les uns des autres, et à suivre les mouvements atmosphériques constatés. C'était vers 1850. En 1853, un congrès spécial de météorologistes s'assembla à Bruxelles et posa le grand problème de la météorologie dans ses termes principaux. xM. Quételet montra que si l'on réunit par des lignes tous les points où, au môme instant, le baromètre vient de cesser de monter et va recommencer à descendre, c'est-à-dire les points sur lesquels passe à un moment donné un maximum barométrique, on remarque que ces lignes, qui traversent souvent l'Europe entière, se transportent de proche en proche, de la même manière qu'on voit se propager les ondes développées à la surface d'un liquide. La célèbre tempête de Balaklava en Crimée, le 16 novembre 185'», accompagnait le creux qui séparait deux ondes consécutives, minimum barométrique qui était passé le 1 2 après midi à Paris, le 1 3 à Bruxelles, le 1 4 à Vienne, le 1 5 à Pétersbourg. Cette tempête excita profondément l'intérêt des météorologistes. M. Liais engagea instamment le directeur de l'Observatoire de Paris à imiter les essais faits en Amérique, et au commencement de l'année 1855 on commenfa à se concerter avec l'administration des lignes télégraphiques françaises pour réunir chaque jour à Paris les principaux documents relatifs à l'état du baromètre, du thermomètre, du vent et du ciel sur différents points de la France. Telle est l'origine du service télégraphique météorologique de l'Observatoire.
En même temps le Board of trade d'Angleterre et l'amiral Filz- Koy organisaient un service analogue pour suivre les mouvements atmosphériques et prévenir de leur marche probable les points menacés des eûtes britanniques.
Le service météorologique établi à lObservatoire se développa peu à peu et ne tarda pas à devenir iiilernational. Lorsque j'entrai «lans cet établissement, en 1 858, on recevait déjà tous les matins comme aujourd'hui l'état du temps en un certain nombre de stations choisies sur l'Europe entière, et l'on en concluait une certaine probabilité de mauvais temps pour les régions où le baromètre baissait, probabilité que l'on faisait connaître télégraphiquement à tous les points menacés. L'entrée de M. Marié-Davy à l'Observatoire, en 1 8G3, fut marquée par un progrès considérable dans le
service météorologique. Au mois de septembre, on commença à tracer sur une carte muette d'Europe les courbes d'égale pression barométrique, qui montrent au premier coup d'œil la forme et la succession des ondes. On put dès lors suivre beaucoup plus facilement la marche des tempêtes, et dès les premiers jours de décembre on annonçait aux côtes de France Touragan qui allait sévir; les chambres de commerce et les marins agirent en conséquence des prévisions signalées.
II est visible que la plupart des tempêtes qui envahissent l'Europe arrivent du sud-ouest, se dirigent au nord-est et se perdent en Sibérie. M. Marié-Davy a pu les rattacher aux cyclones que nous avons étudiés plus haut, et réunir en quelque sorte sous une même dénomination les grands mouvements atmosphériques qui se manifestent sur les continents et sur les mers.
Le Bulletin quotidien de TObservatoire de Paris nous fait voir en quelque sorte le mauvais temps de loin et nous en lait suivre la marche. Nous avons remarqué au chapitre des Vents la correspondance des différentes directions du vent avec la pluie^ et au chapitre des Cyclones la correspondance de rabaissement du baromètre avec le même météore. Une carte synoptique de Vêlai du ciel à la surface de TEurope nous montre que le mauvais temps accompagne le centre de dépression barométrique, surtout sur le bord méridional des tourbillons, où le vent est d'entre S. et 0. Il est presque sans exemple qu'un tourbillon ait abordé l'Europe sans y produire de la pluie, ou qu'un temps pluvieux arrive sans se rattacher à l'existence d'un mouvement tournant. Le passage d'un tourbillon dans un lieu donné ne dure généralement qu'un petit nombre de jours; les pluies qu'il amène sont de courte durée, surtout en été; mais ils se succèdent à des intervalles souvent très-rapprochés, et leur ensemble peut constituer toute une saison pluvieuse. En été, les tourbillons n'ont d'ordinaire qu'un champ d'action restreint. La terre est plus chaude que la mer ; les vents, chargés de vapeur sur l'océan, tendent à s'éloigner de leur point de saturation en pénétrant sur le continent à cause de la température plus élevée qu'ils y prennent; mais la décroissance verticale de la chaleur est rapide, et il se produit des pluies abondantes, mais peu prolongées. En hiver, la terre est au contraire plus froide que la mer; le courant équatorial se refroidit à mesure qu'il avance; il reste surchargé de vapeur, et le plus faible abaissement de température y produit des pluies vastes et longues. — Lea orages suivent la marche des pluies. Il ne s'en forme jamais dans la ré-
gion occupée par les fortes pressions^ mais seulement sur le trajet du courant équatoriah La température sadoucit avant l'arrivée des pluies.
Les conséquences de tout ce qui précède^ dirons-nous avec M. Marié-Davy^ sont <c que les changements dans 1 état de Tatmosphère en une région déterminée de TEurope sont le résultat direct du déplacement du lit du grand courant aérien venu de TAtlantique et du passage des mouvements tournants qui s*y produisent; que le problème de la prévision des temps consiste dès lors à épier ces déplacements^ à saisir les premiers signes de larrivée de cha* que mouvement tournant^ à déterminer l'étendue et l'intensité du météore^ la distance à laquelle il doit passer de la région considé^ rée, la direction qu'il doit suivre, la vitesse avec laquelle il se transporte. »
Les cartes synoptiques, ajoute le même auteur, étendues d'abord à la surface de l'Europe, puis sur l'Atlantique, sont un grand pas de fait dans cette voie : elles ne suffisent déjà plus, ir II est indispensable qu'elles embrassent dans l'avenir l'Améri* que, puis l'océan Pacifique, et enfin l'Asie. Dans l'état actuel de la science, nous avons la conviction que des dépèches télégraphiques venant d'Amérique ou de Sibérie nous permettraient de prévoir 8 à 10 jours à l'avance les grands changements de temps. — Le météorologiste qui veut prévoir le temps doit suivre avec soin la marche de tous ses instruments, et rester attentif aux moindres signes présentés par l'aspect du ciel. »
J'avais pensé, jusqu'à ce moment, reproduire ici, pour compléter ces explications, quelques cartes du bulletin quotidien de l'Observatoire. Malheureusement elles n'éclairciraient pas les no* tions générales qui viennent d'être données. Il faut en comparer une série souvent assez longue pour constater le rapport qui existe entre le déplacement du centre de dépression et l'état du ciel aux différentes stations. Il ne pleut pas partout où le baromètre est bas, ni même partout où il est bas avec un vent du S. 0., ni même partout où avec ces deux conditions la temf>érature s'est adoucie. On ne peut encore traduire en formule la production de la pluie sur telle ou telle zone barométrique, et nous sommes forcés, bien malgré nous, de nous en tenir aux remarques toujours vagues qui précèdent.
En dehors de cette prévision scientifique du temps par l'examen des mouvements tournants qui se transmettent de l'Atlantique à travers l'Europe entière, il y a des remarques populaires qui ne
.< 6 HISTOIHE I)E La METEOROLOGIE.
^ont |.a3 à flûJniirnor. et qui rendent souvent les prévisions des habitants (U> ranipai:ne> plus sTires et plus locales que celles des >asants d^'S ob-»Mvatoirps : il n'v a aucune fausse honte à Ta- ^MU♦*^. >i!malnn8 :**> prinripaux j)n)noslics.
Le-i lia^ns et coffrofirif^s qui apparaissent autour de la lune annnrir-pnt que h' <iel s»Ta couvert le lenriemain et probablement phj\i».'U\. d unp {jluie fine ^lassrz hmirue durée.
Le >nlr'il cniichant derrière d^s nuées écarlates et vaporeuses, rpii doiirunt «-.'s ui»*r\eilltux efT**ts de pourpre fonce et colorent tnut If [«avsaL^e, annonce la pluie.
La tra?isharrt>^e d(» lair, qui rapproche les objets lointains et prrnu't (]♦• di>lini:n»'r df sinuulifrs détails à plusieurs lieues de distance, annnnrf» éi^alrmenl la pluie.
Lps uianNai-»'s ndours qui s exhalent de certains lieux, éi^^outs, cit<*rni*s, ftr., >onl du»'s à la rliniinution de la pression atmosphérique rt à d^'s («uidilinns hyjzrométriques qui annoncent également la j)luip.
Le brouillard (pii descend annonce le beau temps; celui qui s*éleve annonce la |)hiie.
(icriaiiis animaux ofïrent des pronostics rarement trompeurs. Aux approches de la pluie, le chat fait sa barbe, Thirondelle vole has^ les oiseaux ln>trent leurs plumes, les poules se couvrent de poussière, h's poiss<uis sautent hors de l'eau, les mouches piquent plus fortement.
I)(»ux \ents de direction opposée qui se succèdent amènent ordinairement la pluie.
(^lel i:ris le matin, l)eau temps. Si les premières lueurs du jour paraissent au-dessus d*une couche de nuages, vent. Si elles paraissent à l'horizon, beau temps.
De légers nuages h contours indécis annoncent du beau temps et di»s brises modérées : des nuages épais, à contours bien définis, du vent. Des nuages légers courant rapidement en sens inverse de masses épaisses annoncent du vent et delà pluie.
Un ci(d pommelé précède ordinairement un ciel couvert et de la pluie.
Les nuages qui marchent en un sens différent de celui du vent qui souffle à la surface du sol, annoncent généralement un changement prochain de direction du vent dans le sens indiqué.
Enfin, pour chaque pays, la direction du vent, combinée avec Tétat du ciel et de la température, trompe rarement, même 24 heures à l'avance, les prévisions d'un observateur exercé; on
remarque surtout cette sûreté de sensation chez certaines personnes qui^ à défaut de baromètre^ sont douées de cette sensibilité nerveuse ou maladive qui souffre aux moindres variations de la pression atmosphérique.
Ces divers pronostics toutefois ne seront jamais accessibles aux habitants des villes^ dont la situation et les intérêts laisseront toujours Tesprit assez étranger aux choses de la nature. Il serait difficile que des observateurs exercés s'en servissent même pour compléter les renseignements scientifiques fournis par lobservation des instruments, parce que ces pronostics varient souvent d'une localité à l'autre. C'est donc par l'observation simultanée établie sur la vaste étendue de l'Europe, et, s'il est possible, de l'Atlantique, de l'Amérique et de l'Asie, que l'on peut espérer de parvenir, comme nous le disions plus haut, à connaître les lois générales qui régissent les temps et à analyser leurs diverses applications.
C'est à cette détermination que tend, en dernière analyse, l'organisation du service télégraphique international centralisé à l'Observatoire de Paris.
La météorologie, l'étude du temps, embrasse une sphère d'action beaucoup plus considérable que celle des mouvements atmosphériques et de la prévision du temps : elle se compose en réalité de l'étude générale de la manière d'être de l'Atmosphère tout entière, dans le temps comme dans l'espace. L'état moyen des températures de chaque lieu et leurs variations, le retour des grandes périodes de chaleur ou de froid, la marche de l'humidité, des nuages et des pluies, l'analyse des phénomènes optiques, l'œuvre de l'air dans la vie des plantes, des animaux et des hommes, etc., tous ces éléments constituent les bases de la science météorologique et sont l'objet de son étude constante. L'Observatoire de Paris vient de compléter sa mission météorologique en se faisant définitivement le centre d'une organisation départementale, établie par le ministre de l'instruction publique pour observer sur la surface entière de la France les éléments de la marche du temps. Les observations météorologiques régulièrement faites chaque jour dans les écoles normales permettront de connaître exactement chaque point de notre pays au point de vue qui nous occupe, et de construire un atlas physique de la France qui représente exactement sa condition climatologique. Les progrès de l'agriculture sont intimement liés à cette connaissante, et en dehors de l'intérêt
pur de la science, cet ensemble de travaux aura pour but définitif d'accroître la richesse foncière du territoire.
Quelle que soit la part que prenne un observatoire astronomique aux recherches si variées de la météorologie , il ne peut cependant s y consacrer entièrement. Il ne peut même en faire le premier objet de son travail, sans' déchoir de son rang spécial, sans nuire au but de sa fondation. Malgré les admirables et immortels progrès de l'astronomie moderne, cette science sublime n est point arrêtée dans son cours ; chaque découverte nouvelle ouvre des horizons inconnus, un champ infini d'explorations sollicite incessamment l'œil et Tesprit de l'astronome , dans tout établissement spécial placé sous les auspices de la divine Uranie.
C'est dans cette pensée que le laborieux ministre Duruy a fondé en 1 868, de concert avec la Société météorologique de France, un Observatoire spécial de physique et de météorologie.
Au sud de l'Observatoire national, sur la limite du faubourg Saint- Jacques et de Montrouge, s'étend, jusqu'aux fortifications, le vaste plateau de Montsouris, désert et inhabité, calme et silencieux, comme Tétait il y a deux siècles le terrain sur lequel Colbert fonda l'Observatoire. De ce plateau élevé, on découvre Paris tout entier, et ses environs jusqu'à une vaste distance. La grande ville avec ses tours, ses monuments, ses coupoles, rappelle aux yeux pensifs du contemplateur la vieille Babylone étendue sous le regard de Tastronome de la tour de Babel. Au soleil couchant, elle flamboie dans la pourpre et l'or, tandis quautour de la mire de l'Observatoire, qui ressemble assez bien à un monument funè* bre, la colline de Montsouris et la vallée de la Bièvre s'enveloppent de silence et d'ombre.
Un parc de vaste étendue est projeté et presque dessiné actuellement. Il est probable que l'année 1872 ne s'achèvera pas sans qu'il représente en ce quartier de Paris ce que le parc Monceaux et celui des buttes Chaumont sont pour d'autres quartiers. Des le printemps de 1 869, la ville de Paris établissait, à la partie la plus méridionale et la plus élevée du terrain destiné au parc, le pavillon du bey de Tunis, le charmant édifice oriental du Bardo, que les visiteurs de l'Exposition universelle ont admiré au Champ de Mars en 1867. Malgré sa légèreté apparente, ce pavillon est aujourd'hui asses confortablement distribué en divers bureaux météorologiques, salles d'instruments, bibliothèques, etc. Autour de l'établissement, deux hectares de terrain sont séparés du parc, et affeetés exclusivement aux observations météorologiques. Les appareils installés
dans ce jardin oe sont plus affectés, comme ceux de l'iotérieur de Paris, par le rayonDemeut des édiGces; l'air circule comme en pleine campagne; la girouette et ranémomètre ne peuvent être influencés par te voisinage; en un mot^ il y a là une installation toute spéciale et dans les véritables conditions nécessaires à la précision des observations météorologiques.
GWLce à la persévérance de M. Charles Sainte-Claire -Oevi lie, président de ta commission de la fondation de cet observatoire.
Fig. ÎÎ8. — L'Observatoire de Montsouris.
un service complet d'otisei-valions météorologiques fonctionne là depuis 1S69. Les thermomètres sont placés dans un bosquet qui les abrite du soleil tout en laissant ciix;uter t'aîr. Quatre Uiermomètres mesurent la marche de la température de l'air; deux autres sont consacrés aux maxima et aux mînima; trois autres (boule noircie, boule verdie, thermomètre dans le vide] sont consacrés à mesurer l'action solaire. L'ozone, la lumière diffuse, l'état du ciel, l'humidité, le vent, la quantité d'eau tombée, sont ot)servéB assidûment. Les observations sont faites régulièrement de trois en trois heures : à 1*, 4", ?", 10* du matin,
1** après raidi, 4^ 7**, et 10** du soir. Chaque mouvement atmosphérique est saisi sur-le-champ et suivi avec soin. Aucun orage ne peut fondre sur Paris sans être relevé dans tous ses détails. Quatorze stations municipales disséminées sur toute Tétendue de Paris constatent la quantité de pluie tombée en chaque point, Tozone, la hauteur et la température de la Seine. Des stations installées aux environs de Paris relèvent des observations correspondantes. Enfin, des stations maritimes, échelonnées de la Manche h la Méditerranée, correspondent également chaque jour avec cet observatoire central de météorologie. Un bulletin quotidien publie tous ces éléments. Un bulletin hebdomadaire résume la semaine au point de vue de Tœuvre de TAtmosphère dans la vie du globe : floraison et fructification des plantes, état des récoltes,
santé publique On voit avec quelle largeur de vue, avec quel
soin scientifique, ce programme a été tracé et réalisé. On sent quelle espérance la science française doit mettre en une œuvre commencée avec tant d*amour, je dirai même avec tant de passion, lorsqu^on sait quelle modicité de ressources a été jusqu'ici affectée à cet établissement naissant, par un ministère qui n*a du reste d'autre budget lui-même que les miettes qu'il est admis à ramasser sous la table du ministère de la guerre.
Ainsi la France est actuellement dans une situation inespérée pour le développement des études météorologiques et pour le progrès de la connaissance de l'Atmosphère. Un observatoire spécial est fondé pour la météorologie, et merveilleusement organisé sur le plateau de Montsouris par la persévérance et le dévouement scientifique de M. Ch. Sainte-Claire-Deville et de son laborieux collègue M. Renou. L'Observatoire national de Paris, d'autre part, a pris plus à cœur que jamais cette même étude, malgré la sympathie de son nouveau directeur pour les mathématiques pures, et grâce aux prédilections justifiées de M. Marié-Davy. Si la science a eu le regret de perdre pendant le siège funeste de l'hiver dernier notre excellent et laborieux ami Sonrel, la météorologie continue d'être soutenue dans notre illustre établissement national par des travailleurs tels que MM. Fron et Rayet, sans oublier leurs adjoints. Et à côté de ces deux services distincts spéciaux, Montsouris et le bureau météorologique de l'Observatoire , un troisième et vaste élément de progrès est encore fourni par l'Association scientifique de France, à laquelle on doit tant de beaux travaux réalisés lorsqu'elle avait son siège à l'Observatoire , et qui ne parait pas voaloir décroître dans sa contribution au progrès de la science mé-
téorologique française. Un quatrième appoint est encore apporté à ces études spéciales par les travaux, constants de la Société météorologique de France.
Si, avec ces quatre éléments français, et avec les travaux officiels et particuliers analogues des autres nations, la météorologie n'arrive pas avant la fin du siècle à pouvoir être formulée sur des principes simples constants, comme sa sœur aînée l'astronomie, ce serait à désespérer. Sans contredit ces quatre centres d'études distincts ne chercheront pas à se gêner mutuellement ou à s'enrayer l'un l'autre par un esprit mesquin de rivalité. Les savants sont audessus de ces petitesses du vulgaire. Au contraire, l'émulation, si môme elle peut subsister dans ces hautes sphères de l'étude pure de la nature, servira à tripler, à décupler leurs mutuels efforts. Les divisions nationales n'existent pas non plus, et la science n'a pas de patrie.
J'ai essayé de représenter dans cet ouvrage l'état actuel de nos connaissances sur l'Atmosphère. C'est cependant moins un tracité de météorologie qu'une description des phénomènes, des lois et des forces en action constante dans l'immense usine de la vie terrestre. Malgré de longues veilles, malgré de si nombreuses pages, qui plus d'une fois ont dû mettre à une rude épreuve la patience de mon lecteur, je ne suis pas encore parvenu à décrire le temps comme on décrit les mouvements des astres, à prédire le caractère météorologique des années, des saisons et des jours à venir, comme nous annonçons, par des règles invariables, la marche astronomique de la Terre et des mondes. J'espère que ce lumineux et fécond dix-neuvième siècle ne se passera pas sans que ce plaisir puisse m'ôtre donné, dans les éditions futures de V Atmosphère.