RESPIRATION DES POISSONS
Sous cette espèce de couvercle sont situées les branchies, organes de la respiration de ces animaux aquatiques.
Les branchies sont des lamelles étroites longues et aplaties, disposés en séries parallèles, à la manière de dents de peigne, et qui sont atttachéeB sur des tiges osseuses, désignées sous le nom d'arcs branchiaux. Elles flottent ainsi dans l'eau aérée qui doit servir à U respiration de l'animal.
ng. 3â- — Respiraiios des paissons. Bcaocbies de la carpe, (br. : branchies. — c : c^Pur.)
Voici comment s'exécute la foaction respiratoire. L'eau entre par la bouche, passe, par un mouvement de déglutition, sur les fentes que les arcs branchiaux laissent entre eux, arrive aux bniDchies dont elle inonde la large et multiple surface, et s'échappe enfin au dehors, par les ouvertures des ouïes. Tout le monde a observé ce double mouvement.
Peodant le contact de l'eau et des branchies, le sang qui circule dans la trame de ces organes, et qui leur communique la coloration rouge qu'on leur connaît, se combine chimiquement avec l'oxygène de l'air, que l'eau tient toujours en dissolution, quand elle coule librement, à la température ordinaire, en présence de l'air. Le sang devient ainsi oxygéné, ou artériel. — Tout le monde sait que les poissons vivent dans l'eau, mais tout le monde ne sait pas que si l'on retirait l'air de l'eau, les poissons périraient I
Cest ainsi que dans les habitants des eaux aussi bien que dans cenx du sol et de l'air, l'Atmosphère régit partout en souveraine les fonctions de la vie sur la terre.
U même conclusion résulte de l'élude attentive du règne végétal. La plante respire. Elle respire aussi bien que les animaux, c'est à-dire que sa sève, qui n'est autre chose que son sang, est mise en contact avec l'air au moyen de ses feuilles et de ses parties vertes qui représentent les organes respiratoires. Sous
rinfluence des rayons solaires^ ces organes absorbent Tacide carbonique répandu dans Tair^ le décomposent^ dégagent le carbone qui se fixe dans le tissu végétal et rendent Toxygëne à l'atmosphère.
Mais la respiration des plantes n*est pas toujours la même. Tandis que les animaux^ le jour comme la nuit^ exhalent sans cesse de la vapeur d*eau et du gaz acide carbonique^ la plante possède deux modes de respiration : Tun diurne dans lequel les feuilles absorl>ent Tacide carbonique de Fair^ décomposent ce gaz et dégagent de Toxygène ; l'autre nocturne et inverse, dans lequel la plante absorbe de loxygène et dégage de l'acide carbonique, c'est-à-dire respire à la façon de l'animal.
Le carbone que la plante fixe pendant le jour est indispensable au développement parfait de ses organes et à la consolidation de ses tissus. Par sa respiration, la plante vit et s'accroît.
Il importe de remarquer que les parties vertes des végétaux respirent seules comme nous venons de le dire. Les parties non colorées en vert, comme les fruits mûrs, les graines, les feuilles rouges ou jaunes, etc., respirent, soit à la lumière, soit dans l'obscurité, à la manière des animaux; elles absorbent de l'oxygène et dégagent de l'acide carbonique
Si l'on considère que les parties vertes des plantes sont trèsnombreuses comparativement à celles qui sont autrement colorées; — que les nuits claires des pays chauds et lumineux ne font que diminuer plutôt qu'interrompre leur respiration diurne; — que la saison des longs jours dans les contrées du Nord est celle de la plus grande activité végétale ; — on sera conduit, par ces remarques, à conclure qu'en somme les plantes vivent beaucoup plus à la lumière que dans l'obscurité, et que, par conséquent, leur respiration diurne est prépondérante sur leur respiration nocturne.
Ces organes respiratoires de la Plante, qui ont reçu le nom de stomates (du mot grec <m[xa, bouche), se composent d'une multitude de petites chambres à air situées sous l'épiderme des feuilles; les plus grandes ont 33 millièmes de millimètre de diamètre. Sur la feuille de chêne on en compte 250 par millimètre carré. Chacune de ces chambres est mise en communication avec l'air extérieur au moyen d'une petite ouverture laissée entre deux cellules d'une forme spéciale et dont le rapprochement constitue deux livres. C'est dans ces petites bouches que l'air se met en rapport, à travers les parois cellulaires, avec les liquides séreux qui exhalent (pendant la durée du jour) un excès de gaz oxy-
gèae, et absorbent^ en revanche, une certaine quantité d'acide carbonique.
Les cellules qui bordent l'ouverture du stomate sont hygroscopiques; elles peuvent, sous l'influence de l'humidité ou de la se* cheresse, s'écarter ou se resserrer ; par conséquent élargir l'ouverlure ou la rétrécir, et, par ce moyen, favoriser ou gêner la sortie des gaz et des vapeurs.
Cette respiration diurne des plantes, qui verse dans l'air des masses considérables de gaz oxygène, vient heureusement coinpeaser les effets de la respiration animale, qui produit de l'acide carbonique, gaz impropre à la vie de Thommc. Les plantes purifient donc Tair altéré par la respiration de l'homme et des animaux. Si les animaux transforment en acide carbonique l'oxygène de l'air, les plantes reprennent cet acide carbonique par leur res-
Fig. 3S. — RupiralioD des plantes. Stomates.
piration diurne; elles fîient le carbone dans les profondeurs de leurs tissus, et rendent à l'atmosphère un oxygène réparateur.
Nous ne pouvons mieux terminer cette étude du travail de l'air dans l'organisation des plantes qu'en cherchant le chiffre de ce travail accompli sur la surface entière des continents.
Un hectare de forêt emprunte à l'air et fixe annuellement dans ses tissus 4000 kilogrammes de carbone.
l'a hectare d'herbe en fixe 3500; un hectare de topinambours, 6000.
Or, un hectare représente 1 00 millions de centimètres carrés, et il arrive du soleil à la surface du sol 115 000 unités de chaleur ea un an, c'est-à-dire 1 1 5 000 fois la chaleur qui élèverait un gramme d'eau de 0 à 1 degré.
Or, un kilogramme de carbone fournit 8000 unités de chaleur.
En prenant la fixation de Tacide carbonique comme équivalant en moyenne à 3000 kilogrammes de carbone par hectare^ il y aurait donc 24 000 000 d'unités de chaleur déployées sur un hectare par la fixation de Tacide carbonique de Tair dans les plantes respirant sous rinfluence de la lumière; 24 milliards sur 1000 hec* tares.
La France ayant 55 350 000 hectares de superficie, il y a, en une année, 1 66 milliards de kilogrammes de carbone fabriqués par les végétaux, ce qui représente une quantité de chaleur capable d'élever d'un degré centigrade 1 328 000 milliards de kilogrammes d'eau à 0 degré.
L'Europe ayant une superficie de 1 milliard d'hectares représente une fabrication annuelle de 3000 milliards de kilogrammes de carbone.
La surface terrestre occupée par le règne végétal mesure 1 3 milliards d'hectares. Sur cette surface entière, les plantes absorbent en un an l'énorme quantité de carbone représentée par le chiffre de 40 trillions de kilogrammes de charbon pur.
Un homme brûle, en une heure, un poids minimum de carbone égal à 9 grammes. En un jour, le poids de carbone brûlé est de 210 grammes; en un an, il est d'environ 79 kilogrammes. De sorte que, en un an, un homme de proportion ordinaire brûle un morceau de carbone dont le poids est au moins égal au sien. Si l'on essaye de se représenter le volume du carbone consommé pour faire de l'acide carbonique, pendant une vie humaine seulement, par tous les représentants de l'humanité, par tous les animaux, par tous les végétaux pendant les nuits et leurs parties colorées pendant le jour, par tous les foyers de combustion lente et de combustion vive, il se dresse, devant l'imagination effrayée, une immense montagne de charbon.
En se nourrissant des végétaux, l'homme ou l'animal mange donc du charbon; il devient comparable à un fourneau; son combustible est constitué par sa nourriture, et loxygène qu'il prend à l'air exécute en dedans de lui cette combustion appelée respiration.
Ainsi, la plante nourrit l'animal, et l'animal nourrit la plante. Tous les êtres vivants sont liés par la plus étroite solidarité, w En examinant de plus près les phénomènes, il devient évident, dit le docteur Bocquillon, que le règne organique est tout aussi intimement lié au règne inorganique, que tout dans la nature a son n)le à remplir, que rien n'est inutile, que la suppression radicale du
plus petit ètre^ du moindre grain de poussière, si elle était possible^ amènerait un cataclysme universel. »
En résumé^ notre mode d'existence terrestre est réglé pour fonctionner sous la pression atmosphérique. On pourrait supposer tous les êtres terrestres réduits à leur plus simple expression^ à leurs poumons^ et tous ces poumons se gonflant et se dégonflant de seconde en seconde : c*est le tableau de la vie terrestre. Nous sommes tous comme autant de soufflets, les uns plus gros^ les autres plus petits^ mais tous soufflant sous peine de mort, aspirant Toxygène^ rejetant Tacide carbonique^ et sans cesse s'emplissant et se vidant^ recevant la molécule partie d'un être voisin, en envoyant une extraite de nous-mêmes à un autre animé, et établissant entre tous les êtres, végétaux et animaux, un échange continuel de molécules qui entretient l'immense, profonde et absolue fraternité de tous les enfants de la nature.
La pression atmosphérique inaugure le premier acte de la pièce que nous venons jouer sur la Terre, et le dénoûment est pour tous le dernier soupir. L'enfant qui vient de naître ouvre sa petite bouche pour aspirer cet air qui restera son soutien dans la vie : c*est son premier besoin. Respirer est le premier point, mais se nourrir est le second. Or, c'est encore la pression atmosphérique qui lui donnera celui-ci, car en appliquant ses lèvres sur le sein qui lui est ofiert, il va précisément inventer de suite une petite machine pneumatique, qui soutirera pour sa bouche la douce liqueur destinée à ses premiers mois.
Les aliments eux-mêmes que nous prendrons pendant la vie entière sont constitués des principes chimiques de l'air. Nous ne mangeons et buvons que des combinaisons d'air, comme je le disais en commençant ce chapitre, et nous sommes vraiment de l'air oi^anisé. Respiration, alimentation, entretien des tissus, fonctionnement des organes : c'est l'Atmosphère qui règne en souveraine sur la vie tout entière.