RESPIRATION ET ALIMENTATION
veines, par iesqueUes il revient au cœur. On désigne sous le nom de circulation cette marche du sang parcourant le corps entier, et revenant au cœur, son point de départ.
Le cœur est un oi^ne creux et musculaire, de forme conique, et de la grosseur du poing chez l'adulte. 11 est divisé par une cloison musculaire en deux moitiés à peu près égales, adossées l'une à l'autre et partagées, chacune dans sa hauteur, en deux cariléfi, dont la supérieure est l'oreillette, et l'inférieure le ven- Iricule. Les oreillettes doivent leur nom à un appendice aplati qui retombe sur leur fece externe. L'oreillette droite C communique avec le ventricule droit lA}, roreillelle gauche D) avec le ventricule gauche fB'. Il n'existe pas de communication entre les deux venlricules.
Agent principal de ta circulation, le cœur est le siège de mouvements qui ne sont pas soumis à la volonté, mais qui néanmoins (comme chacun l'a pUis d'une fois éprouvé sur soi-même) sont influencés sans cesse par les impressions morales et les sensations. Ces mouvements consistent dans la contraction et le relâchement alternatifs des parois du cœur. Les ventricules se contractent simultanément, puis, à leur contraction succède une période de relâchement, pendant laquelle les oreillettes se contractent à leur tour, pour se relâcher pendant b nouvelle contraction des ventricules. Pendant la dilatation, le sang afllue dans les cavités du cœur; il en est chassé par la con- Iractioo: celle des oreillettes le.fait passer dans les ventricules; celle des ventricules ie lance dans les artères.
C'est cette alternance qui constitue le rhjlhmc du cœur et les hat'^ments régulièrement espacés qu'il fait entendre et sentir à travers les parois de la poitrine. Voyons d'abord comment s'accomplit la circulation artérielle.
La contraction du ventricule gauche (B) pousse le sang dans
Fig. 27. ■
Cipur do l'hommo.
l'artère aorte (E)^ et par là dans toutes les artères^ où il coule sous la triple action de la contraction ventriculaire^ de Télasticité et de la contractilité des parois artérielles. Dans les vaisseaux d*un certain calibre^ son mouvement est rhythmé comme celui du cœur; si l'on appuie le doigt sur le trajet d'une artère^ on perj;oit le choc du sang, le pouls.
A mesure que le sang avance dans les ramifications artérielles, les nombreux changements de direction qu'il subit et le frottement du liquide contre les parois des vaisseaux diminuent sa force d'impulsion; enfin, dans les vaisseaux capillaires^ il coule par un mouvement continu et sans secousse.
Lorsqu'il est parvenu dans les capillaires, le sang artériel transmet aux tissus les principes dont il se compose^ et les livre à l'assimilation^ pour reprendre en échange les molécules désassimilées qui doivent être rejetées de l'organisme ou soumises à une élaboration nouvelle. Fluide vivant et nourricier, il porte dans les organes la vie, la chaleur et les éléments de la nutrition.
Après avoir parcouru les vaisseaux capillaires, il passe dans les radicules veineuses. A son entrée dans l'aorte et pendant sa marche dans le système artériel, il était d'un rouge éclatant; maintenant sa couleur est sombre, le sang rouge s'est transformé en sang noir. Privé d'une grande partie de ses principes constituants, il revient en puiser de nouveaux à leur source.
Le sang se meut dans les veines sous l'impulsion qu'il a reçue primitivement du cœur. Des régions inférieures du corps il remonte dans la poitrine, où les éléments de la nutrition viennent remplacer ceux qui, tout à l'heure, ont été livrés à l'assimilation. Ainsi reconstitué partiellement, le sang va se jeter, par la veine cave (K), dans l'oreillette droite (C), et l'oreillette, en se contractant, le chasse dans le ventricule droit (A).
Voilà le sang revenu au cœur; mais bien qu'enrichi des produits assimilables de la digestion, il est incomplet, et doit se transformer pour redevenir un sang parfait, en même temps que la combustion d'une partie de ses principes produira la chaleur qu'il distribuera bientôt à l'organisme. C'est dans les poumons que cette élaboration s'efTectue.
Le ventricule droit se contracte, le flot de sang veineux passe dans l'artère pulmonaire (F).
Dans les capillaires des poumons, l'air agit sur le sang veineux chargé d'acide carbonique et le transforme en sang artériel. Les globules rouges brun du sang veineux prennent, au contact de
l'oxygène, une couleur vermeille et rutilante ; ils se chargent du calorique dégagé par la combustion du carbone et, revivifié, le sang pénètre jusqu'à l'oreillette gauche qui le transmet immédiatemeût au ventricule, où son trajet circulaire se termine pour recommencer aussitôt.
La circulation, dit le docteur Le Pileur, peut donc être divisée en deux périodes simultanées, le cercle fictif parcouru par le sang se compose de deux segments inégaux que décrit la colonne liquide; le segment supérieur est la circulation pulmonaire ou pe-
Fig. îg. -Trajet ficiif du «ang.
Tig. 39. — CcGur et poumons de l'homme.
lile circulation, le segment inférieur est la circulation générale ou grande circulation. Le sang veineux noir (r) devient rouge (iana la circulation pulmonaire, et, recommençant son cours en a, est sang artériel.
Comme leur nom l'indique, les poumons (pneumôn, de twe'w, je respire' sont l'organe essentiel de la respiration. Au nombre de deux, mais recevant l'air d'un même canal et le sang d'un seul Misseau, ils doiveni être considérés comme l'expansion terminale des ramifications de la trachée-artère (A), ou, si l'on veut, comme les deux têtes d'un même arbre. Placés dans la poitrine dont ils occupent la plus grandepartieet qui est comme leur moule, ils re-
présentent deux cônes irréguliers, reposant par leurs bases sur le diaphragme.
Les poumoDB reçoivent l'air par le larynx , la tracbée-artère et les bronches. Le larynx, organe de la voix, se continue par son orifice inférieur avec la trachée-artère. Celle-ci se divise en deux conduits que l'on nomme les bronches, et qui, parvenus à la racine des poumons, donnent naissance à des ramiûcations nombreuses. Ils continuent à se subdiviser et se terminent par les cellules pulmonaires dont l'agglomération en grappes constitue les lobules du poumon.
La respiration est une fonction caractérisée par l'introduction de
l'oxjgène de l'air dans le sang et l'expulsion, sous forme gazeuse, d'une partie des matériaux inutiles ou nuisibles à l'organisme. Elle se divise en deux temps : Viiispiratio}i, pendant laquelle l'air atmosphérique pénètre dans les cellules pulmonaires, et Icrpiralion, qui chasse des poumons cet air modiûé. On peut comparer les poumons à un tin tissu, dont le développement serait l'iO fois plus grand que la surface du corps entier, qui est replié sur luimême, et criblé de 40 à 50 millions de petits trous. Ces pores sont justes trop petits pour laisser filtivr le sang, et assez grands pour laisser pénétrer l'air! Quand l'uxygène de l'air les traverse
pour se combiner avec le sang, celui-ci se régénère par ce contact et laisse ses molécules inutiles se mêler à Tair qui les emporte a?ec lui dans Texpiration. C'est, comme on voit, un échange de gaz qui se fait entre l'air et le sang, le premier abandonnant au second de l'oxygène et en recevant d'autres fluides gazeux, parmi lesquels l'acide carbonique domine. Ce dernier gaz, en excès dans le sang veineux, s'exhale au dehors, tandis que Toxygène de l'air revivifie le sang rapporté au cœur par les veines.
Ainsi, d'une part Toxygène atmosphérique brûle dans le poumon du carbone; d*autre part le poumon exhale de lacide carbonique, de l'azote et de la vapeur d'eau. L'oxygène combiné au sang pendant la respiration s'en est séparé peu à peu dans les capillaires du corps entier, pour faire naître des produits nombreux^ et, entre autres, de l'acide carbonique. Au sortir du cœur et dans les artères, le sang contenait 24 centimètres cubes pour 1000 d'oxygène, dans les veines il n'en contient plus, que 11. Quaat à l'azote et à la vapeur d'eau, l'un est dégagé, l'autre produite pendant ce même travail de la nutrition, et tous deux sont puisés par l'organisme dans les principes qu'y introduisent la digestion et la respiration.
Lavoisier qui, nous l'avons vu, fut le premier analysateur de l'air, fut encore le premier qui ait constaté l'absorption de l'oxygène dans la respiration, et montré par des expériences l'analogie qui existe entre les fonctions respiratoires et la combustion. « La respiration n'est, dit-il, qu'une combustion lente de carbone et d'oxygène, qui est semblable en tout à celle qui s'opère dans une lampe. Dans la respiration comme dans la combustion, c'est l'air qui fournit l'oxygène.... Mais, comme dans la respiration, c'est la substance même de l'animal qui fournit le combustible; si les animaux ne réparaient pas habituellement par les aliments ce qu'ils perdent par la respiration, l'huile manquerait bientôt à la lampe, et l'animal périrait comme la lampe s'éteint lorsqu'elle manque de nourriture. » La plupart des physiologistes ont admis la théorie de Lavoisier et considèrent la respiration comme une combustion lente des matériaux du sang par l'oxygène de l'air ambiant, et comme la source de la chaleur animale.
Une bougie d'une part, un petit animal d'autre part, placés chacun sous une cloche, effectuent la même opération. L'un et l'autre usent l'oxygène pour faire de l'acide carbonique. Aussi l'un et l'autre s'éteignent-ils, meurent-ils, lorsqu'il n'y a plus assez d'oxygène pour les entretenir.
L'expérience apprend que l'air arrivé au même degré d'altération que l'air expiré eat incapable de soutenir la combustion de» lampes à simple courant d'air et des bougies.
On comprend, d'après ce qui précède, que l'air exhalé n'a pas le même volume ni les mêmes proportions d'éléments constituants, que l'air inspiré. En effet, l'bomme adulte absorbe par la respira-
Fig. 31. — Respiration et combustion.
lion de 20 à 25 litres, c'est-à-dire 29 à 36 grammes d'oxygène par beure ou 500 litres par jour. En évaluant la population humaine du globe à 1 milliard, il en résulte que l'humanité enlève par jour à l'Atmosphère 500 milliards de litres, ou 500 milliotts de mèlres cubes d'ojrygene!
L'homme exhale par heure 20 litres ou 41 grammes d'acide carbonique, 480 litres par jour ou près de 1 kilogramme. En un jour la i-ace humaine donne donc à l'Atmosphère 480 millions de mètres cubes ou mille millions de kilogrammes d'acide carbonique 1
La ville de Paris seule exhale dans l'air 4 millions 500 000 mètres cubes d'acide carbonique par jour, dont 1000000 par la population et les animaux, et 3 300000 par les combustions diverses.
Avec une petite quantité d'azote (un centième de l'oxygène absorbé) l'expiration humaine renvoie encore par heure G30 grammes d'eau environ, sous forme de vapeur, ou plus de 15 kilogrammes par jour. C'est donc plus de 1 5 miltiards de kilogrammes d'eau qui s'échappe par jour des lèvres de l'humanité.
Enfin, comme chaque individu introduit à peu près 10 mètres cubes d'air dans ses poumons par jour, c'est 10 mttUardt de
fii^tres cubes d*air qui traversent par jour les poumons insatiables des fils d*Adam et des filles d'Eve.
Aussi voit-on survenir les accidents les plus graves chez les in* dividus placés dans un espace clos où l'air ne peut se renouveler. An siècle dernier^ pendant la guerre des Anglais dans l'Inde^ cent quarante-six prisonniers furent enfermés dans une salle à peine suffisante pour les contenir^ et où l'air ne pénétrait que par deux étroites fenêtres; au bout de huit heures, vingt-trois de ces hommes restaient seuls vivants et dans un état déplorable. Percy rapporte qu'après la bataille d'Austerlitz^ trois cents prisonniers russes avant été renfermés dans une caverne, deux cent soixante de ces malheureux succombèrent en quelques heilres à l'asphyxie.
Les atmosphères rendues asphyxiantes par la combustion du charbon doivent leurs propriétés délétères non à l'acide carbonique^ mais à une faible proportion d'oxyde de carbone. C'est là véritablement le gaz qui produit Tasphyxie lors de la combustion du charbon en l'absence d'appareils de tirage pour l'expulsion des gaz brûlés. L'influence toxique de l'oxyde de carbone est démontrée par la mort presque immédiate des animaux à sang chaud portés dans un air auquel on a ajouté 1 pour 100 en volume d'oxyde de carbone pur.
En analysant l'air des enceintes habitées, vicié par la respiration, on a obtenu des résultats intéressants, parmi lesquels on peut citer les suivants :
Acide carbonique (en poids).
Chambre de caserne de TÉcole militaire de Paris, affectée à ces expériences (onze soldats y passaient la nuit). Portes et fenêtres fermées et calfeutrées * 19 millièmes.
Id. Portes et fenêtres fermées et non calfeutrées. . H millièmes.
Amphithéâtre de chimie non ventilé après le séjour de 90O personnes pendant 1 heure 1/2 environ.. , 10 millièmes.
Salles d'hôpital non ventilées et encombrées (à la fin de la nuit' 8 millièmes.
?alle d'école primaire avec ventilation imparfaite. . kl dix-millièmes.
Salle de spectacle à la fin de la représentation (parterre) 43 dix-millièmes.
Air pris dans la cheminée d'appel de la Chambre des députés, à Paris (1842], à la fin d'une séance. 25 dix-millièmes.
Chambre à coucher ventilée [h. la fin ds la nuit) .... 5 dix-millièmes.
La combustion du charbon ou des matières combustibles destinées à réclairage est encore une source d'altération de l'air. Une bougie stéarique^ brûlant 1 0 grammes de matière combustible par
88 L'ŒUVRE DE L'AlK DANS LA VIE TERRESTRE.
heure, consomme environ 20 litres d*oxygène et produit environ 15 litres d'acide carbonique. Un bec de gaz de houille qui débite par heure 140 litres de gaz (bec des lanternes de Téclairage public à Paris) consomme environ 230 litres d'oxygène et produit environ 1 1 2 litres d'acide carbonique. Une lampe Carcel^ brûlant 42 grammes d'huile de colza épurée à Theure, consomme un peu plus de 80 litres d'oxygène^ en produisant près de GO litres d'acide carbonique.
Telle est Tœuvre chimique de Tair dans la vie. Occupons-nous un instant de son œuvre mécanique.
Chez l'adulte au repos^ le cœur bat communément soixante fois par minute; la respiration a lieu généralement dix-huit fois par minute; elle est plus fréquente chez Tenfant. On sait que, comme les battements du cœur^ elle devient plus active sous Tinfluenco de toute cause d excitation physique ou morale, et plus lente dans l'attention que l'on donne à un travail difficile.
Quoique tout le monde respire, tout le monde cependant ne sait pas bhn respirer. C est la fonction la plus importante de la vie, et qui s'eflectue pendant le travail, la marche, le sommeil. Cest un fait merveilleux, lorsqu*on y songe, de pouvoir combiner sans le savoir la parole d'un long discours avec la respiration. L*inspiration facile et sans efTort permet de prolonger longtemps, sans fatigue, les exercices du chant aussi bien que ceux de la gymnastique. Au contraire, les personnes qui respirent surtout par l'élévation des côtes supérieures, se fatiguent et s'essoufflent rapidement. C'est ce qu'on observe chez les femmes, lorsque le corset comprime la base de la poitrine.
Les mouvements respiratoires ne sont pas complètement soumis à la volonté. Après l'inspiration il n'est pas possible de suspendre longtemps le mouvement contraire, et, quand l'expiration a eu lieu, le besoin d'inspirer se fait de nouveau sentir impérieusement. On ne peut, en un mot, retenir son haleine que pendant un espace de temps assez court, deux ou trois minutes au maximum, et les plongeurs les plus exercés ne déplissent pas cette limite.
On estime que chez l'homme de trente-cinq à quarante ans, la capacité des poumons est d'environ 3 litres 70 centilitres d'air; elle est moindre avant cet âge et tombe à un peu moins de 3 litres vers soixante ans. Chez la femme, elle est plus faible, et varie du reste suivant les individus.
. La pression atmosphérique influe aussi sur la fréquence des battements du cœur, mais seulement dans certaines conditions. Si l'on s'élève rapidement à une grande hauteur, on remarque dans le
pouls une augmentation de fréquence très- sensible. Les ascensions aérostatiques et les voyages dans les montagnes en fournissent la preuve. Une augmentation dans la pression atmosphérique diminue la fréquence du pouls. On a vu le pouls tomber à 50 et même à 45 pulsations chez des sujets placés dans un appareil à air comprimé^ où la pression était portée à 2 atmosphères et plus.
Les fonctions les plus importantes de la nature passent inaperçues pour nous lorsqu'elles sont permanentes. Telle est la respiration. Depuis la première minute qui succéda à notre naissance en ce monde^ nous respirons incessamment^ nuit et jour^ dans le travail comme dans le repos^ dans le plaisir comme dans la peine^ et nous semblons ne point nous en apercevoir. Ce grand acte de la vie mérite cependant toute notre attention.
Ce n'est point au milieu des agitations du jour que iious pouvons jamais donner un instant d'observation à la production in cessante et infatigable de ce phénomène ; mais bien plutôt lorsque le soir^ étendus rêveurs sur le divan du repos^ ou mieux encore dans les moments qui précèdent le sommeil^ lorsque sous Tombre silencieuse de la nuit nous laissons lentement s'assoupir nos pensées et nos membres. Alors le mouvement léger des poumons qui se gonflehtet se dégonflent en cadence peut appeler notre attention solitaire sur cette force insouciante et fatale qui régit notre vie. Nous pouvons penser que durant le sommeil ce mouvement isochrone se perpétuera dans notre poitrine^ et tandis qu'une mort apparente enveloppe nos sens et que notre esprit voltige dans le monde chatoyant* des rêves^ incessamment^ sans oublia notre sein appellera Tair extérieur et ouvrira d'instant en instant la porte de sortie à Tacide carbonique qui nous asphyxierait. Peut-être pourrions-nous aussi penser au désagrément qui résulterait pour nous de Toffuscation accidentelle des conduits respiratoires^ si pendant ce même sommeil un objet malencontreux venait^ par rextérieur ou par Tinlérieur, fermer notre gorge et intercepter la communication permanente qui doit sans cesse régner entre les poumons et lair qui baigne notre visage. Mais une telle crainte serait peu propre à amener le sommeil^ et nous n'avons garde de la susciter.
En ces instants de calme -et de repos où il nous est permis de nota sentir viwre par la respiration^ nous sommes en excellente condition pour nous rendre compte non-seulement de la nécessité absolue de cette fonction^ mais encore de notre vraie situation au fond de l océan aérien. En effets observons-nous. Couchés ou debout
à la surface du sol^ nous sommes^ relativement à Tocéan aérien placé sur nos tètes^ dans la même situation que les coraux^ les crustacés et les zoophy tes qui habitent le fond de la mer 1 La mer aérienne se déploie sur nos tètes avec ses oiseaux, ses insectes et ses animalcules invisibles pour poissons. Nous, nous sommes attachés au fond comme de pauvres et lourds crustacés, comme de grossiers poissons ouvrant et fermant leurs branchies de seconde en seconde. Voilà notre situation réelle, à laquelle on ne songe guère. Nous ne sommes pas à la surface, à l'extérieur véritable du monde terrestre, mais nous respirons grossièrement et fatalement au fond de son océan aérien.
Qui sait s^il n*y a pas dans les régions supérieures de Tair des êtres, invisibles pour nos yeux et notre séjour sous-aérien, des êtres supérieurs, qui seraient les véritables intelligences souveraines, les véritables hôtes glorieux de cette création sublunaire?
Une différence dans les degrés de pression atmosphérique, ou, en d'autres termes, les oscillations journalières et les variations accidentelles du baromètre, ont-elles de Tinfluence sur le corps humain ? Dans quelles circonstances et par quels symptômes cette action se manifeste-t-elle? Jl est certain que les fonctions s'exécutent avec plus d'énergie, lorsque le baromètre monte et que la pression ambiante est plus forte. On conçoit, en efTet, que la pression extérieure étant accrue, le ressort des parois membraneuses est favorisé par cet excès de pression. S'il arrive, au contraire, que le baromètre baisse d'une quantité un peu considérable, nous éprouvons un sentiment de gêne et de fatigue, une projSension au repos; nos liquides tiennent quelques gaz en dissolution, et tendent d'ailleurs à se vaporiser par la température propre du corps. Le ralentissement des fonctions, qui est la suite de ce trouble, nous rend plus pénible toute espèce de mouvement ; et, rapportant alors à l'air qui nous environne le sentiment produit dans nos organes mêmes, nous avons coutume de nous plaindre que l'air est lourd y précisément parce qu'il est trop léger.
Nous avons dit que le poids total supporté par un homme de taille moyenne est de 15 500 kilogrammes; la diflërence de pression, pendant les variations atmosphériques les plus extrêmes, atteint 1000 à 1200 kiloâ^rammes, c'est-à-dire environ un douzième. La température, l'électricité de l'air, son degré de sécheresse ou d'humidité, s'unissent d'ailleurs à l'action de la pression atmosphérique.
Nous avons tous éprouvé l'abattement produit dans notre orga-
nisme par rabaissement parfois considérable du baromètre'. Une différence plus prononcée serait capable de briser les constitutions délicates ou affaiblies^ et ce n*est pas un petit sujet de réflexion que de supposer un état de TAtmosphère susceptible d'endormir du dernier sommeil la race humaine entière.
Les physiologistes ont cité plusieurs exemples fort remarquables de rinfluence produite par une simple diminution de la pression atmosphérique. Suivant Mead^ dans le mois de février 1687, le baromètre tomba à un degré où jamais on ne l'avait vu descendre : le professeur Gockburn mourut subitement d*une hémoptysie; le même jour, à la même heure, plusieurs personnages connus éprouvèrent des épistaxis et diverses hémorrhagies dangereuses que rien n avait annoncées, et qui n'avaient été précédées que d'un sentiment de lassitude et de faiblesse. Le 2 septembre 1658, il s'éleva une tempête violente, et Mead prétend qu'elle fut l'une des causes de la mort d'Olivier Cromwell.
Certaines personnes sont de véritables baromètres. Le docteur Foissac cite une dame sujette à des défaillances correspondant à la variation du baromètre et au changement de temps. Il lui est arrivé parfois de prédire un changement de temps très-prochain, en voyant survenir les défaillances chez cette malade, et il a même pu annoncer, sans en être informé, ce qu'elle éprouvait, par la seule connaissance de l'état du baromètre.
A cet exemple pris entre mille, le docteur météorologiste ajoute celui d'un certain marquis, présentant le vrai type de Thypocondrie la plus caractérisée. »< Durant les hautes pressions atmosphériques, il devient morose, colère et même enclin au suicide. Lorsque le poids de la colonne d'air diminue sensiblement, quand le baromètre marque pluie ou tempête, les symptômes
1. Au moment où je corrige cette épreuve (18 mai 1870), j'ai précisément une constatation toute particulière de ce qui vient d'être avancé. Tout le monde, il y a quelques jours, paraissait maussade, alourdi, oppressé. La remarque était si générale, qu'un très-grand nombre de personnes me l'ont manifestée en tempêtant contre les saisons. J'ai répondu que cet état désagréable de la santé publique n'était certainement qu'une affaire de baromètre. En effet, le baromètre était tombé à une pression très-faible, comme on peut le voir en comparant les chiffres du bulletin de l'observatoire météorologique de Montsouris :
5 mai (matin). 763 12 (l h. m.) 7^5
8 — 760 Ik — 757
hypocondriaques subissent une sorte de transformation : le marquis tombe dans le découragement; il est sans force^ sans énergie^ sans volonté^ et il emploie les expressions les plus pittoresques pour peindre sa mollesse et son incapacité. » Cest entre ces deux extrêmes de l'échelle barométrique que cet organisme trop sensible éprouve un peu de trêve à ses souffrances habituelles.
Les variations extraordinaires dans la pression atmosphérique^ les grands mouvements du baromètre^ sont*ils sans influence sur Tétat de la santé publique et des maladies? — Non^ sans doute. C'est à la suite des fortes perturbations de l'air que se manifestent les épidémies et les fléaux qui frappent tout le règne organique.
Si^ libre de préventions et sans idée préconçue^ Thomme pouvait noter tout ce qu'il ressent dans un temps donnée il reconnaîtrait promptement qu'il est un point dans la hauteur du baromètre où ses fonctions s'exécutent avec plus de vigueur^ où son esprit est mieux disposé, plus libre, plus vif, où l'étude devient plus facile et la vie plus pleine. Dans les zones tempérées, à Paris en particulier, une hauteur moyenne est la plus favorable à la santé du plus grand nombre d'individus, au plein exercice de leurs facultés, ainsi qu*aux manifestations les plus puissantes de leur vie morale. En général, le point où s'accomplit, avec la plus entière perfection, le jeu des fonctions vitales, est celui de 76'* millimètres.
Quand le baromètre a dépassé cette hauteur favorable, on sent un plus grand bien-être aux heures où l'oscillation diurne descend à son minimum. Le baromètre, au contraire, se trouve-t-il bas, c'est aux heui*es où l'oscillation atteint son maximum que se manifeste la tendance à l'amélioration et au bien-être. Il en est de même pour les variations accidentelles.
Ces règles, ces indications ne sont pas applicables à tous, dirons-nous avec le docteur Foissac; et comme la sécheresse ou l'humidité, le froid ou la chaleur, sont favorables aux uns, nuisibles à dautres, de même la différence dans la pression atmosphérique produit des effets divers, selon l'état de santé, les tempéraments et les habitudes. On voit d'ailleurs certaines constitutions soustraites à ces influences délicates; et par exemple ces personnes en assez grand nombre qui sentent et pensent comme elles digèrent; que les orages physiques non plus que les accidents moraux ne troublent, ni ne dérangent de leur voie accoutumée, et dont la vie, renfermée dans les réalités du positivisme, ne connaît ni les écarts de l'imagination, ni les nuances multiformes de la
sensibilité. Les réflexions précédentea s'appliquent principalement à ces natures malheureuses (privilégiées?) pour lesquelles la somme de bonheur et de souffrance est double, par leur manière de les ressentir; elles s'appliquent à ces sensitives intelligentes pour qui une épine légère, physique ou morale, est uo dard acéré; à ces personnes enfin vouées à l'étude et à la contemplation, inquiètes du passé, soucieuses de l'avenir et plus ou moins effleurées par le tsdium vils, qui pénètre dans leur cœur comme le ver dans le calice de la fleur ou dans le fruit mûri par l'été. C'est, nous n'en doutons pas, de ces natures que le poëte de Tristam Shandy disait, sans penser que par une réflexion morale il formulait une loi physique ; «■ La marée de nos passions monte tt s'abaisseplusieurs fois par jour, a
Ainsi nous régit le ciel, ainsi notre état physiologique de corps et même d'esprii peut presque toujours se traduire en chiffres barométriques.
Nous venons d'apprécier le rôle de l'air dans la vie humaine et dans celle des animaux supérieurs.
Nous ne pouvons omettre de compléter celte appréciation par l'étude du même rôle chez les autres ordres organiques: chez les oiseaux, les insectes et les poissons, et dans la respiration des plantes.
Nous constaterons par là, une fois pour toutes, l'universalité du règne de l'air dans l'organisation de la vie terrestre tout entière.
Chez les oiseaux, la circulation est double. IjC cœur est formé de deux moitiés distiniïtes, et leur sang est même plus riche en globules que celui de l'homme, parce qu'il est abondamment pénétré par l'air, non-seulement dans les poumons, comme cbez les mammifères, mais dans les
j . .... ■• ■ 1 Fig. 3î. — Reipiralion des oiseaui.
derniers rameaux de 1 arbre artériel, Trwbée-anire au pigeon.
du tronc et des membres. Ce qui distingue, en effet, l'oiseau, ce n'est pas seulement le vol, c'est surtout son mode de respiration. On ne trouve pas chez les oiseaux cette cloison mobile appelée diaphragme, qui chez les mammifères arrête l'air à la poitrine : l'air extérieur pénètre dans toutes les parties de leur corps, par les voies respiratoires, qui se ramifient dans tout le
tissu cellulaire et jusque dans les plumes, dans l'intérieur des os, et mfime entre les muscles. Leur corps, dilaté par l'air inspiré, est allégé d'une portion considérable de son poids.
Aux ailes dont les battements le soutiennent dans l'air, l'oiseau ajoute donc une respiration double, qui donne à son corps une suffisante légèreté spécifique, et de plus une circulation activée, écbauffée par la pénétration de l'oxygène. La cbaleur vitale est, on le sait, en rapport avec la respiration. Aussi les oiseaux, grâce à leur riche organisation, peuvent-ils vivre dans les régions les plus froides de l'atmosphère.
Joyeux et charmants habitants de l'air, cœurs palpitants, chansons vivantes, ne serable-t-il pas que ces petits êtres, si puissanis dans leur apparente faiblesse, planent au-dessus de nous dans les hauteurs aériennes comme un défi perpétuel jeté à notre vanile humaine? Peut-on contempler un groupe d'oiseaux suivant en chantant les vastes plaines de l'air, sans voir en eux quelque promesse anticipée de l'avenir réservé aux efforts de l'homme, poursuivant la conquête non chimérique de l'Atmosphère?
Mais l'homme n'aura jamais cette respiration des oiseaux, et ne volera jamais par sa seule force musculaire.
Si nous considérons maintenant les insectes, plus aériens que nous, eux aussi, nous observons (et ceci n'est connu que depuis Malpighi, i 669) que leur délicat appareil respiratoire est eesen-
tiellement composé de conduits membraneux^ d'une grande délicatesse, dont les ramifications^ en nombre incalculable^ se répandent partout, et s'enfoncent dans la substance des organes, à peu près comme les racines chevelues d'une plante s'enfoncent dans le soi. Ces vaisseaux ont reçu le nom de trachées. Leurs communications avec l'air s'établissent ensuite de diverses façons ^ selon le milieu dans lequel vivent les insectes.
On sait que la plus grande partie d'entre eux passent leur vie bercés sur les ondes aériennes. Or l'air ambiant pénètre dans les trachées par un grand nombre d'orifices situés sur les côtés du corps^ et qui ont été nommés stigmates. Ce sont ces points, ordinairement en forme de boutonnière^ qu'on aperçoit, pour peu qu'on y regarde de près, chez un très-grand nombre d'espèces.
L'appareil respiratoire des insectes se compose tantôt de tubes élastiques seulement, tantôt d'un assemblage de tubes et de poches membraneuses. Les parois de ces tubes sont très-élastiques, et conservent toujours une forme presque cylindrique, lors même que rien ne les distend. Cette disposition est déterminée par l'existence, dans toute la longueur de la trachée, d'un fil, de consistance semi-cornée, enroulé en hélice, et revêtu extérieurement d'une gaine membraneuse très-délicate.
Le nombre des trachées dans le corps d*un insecte est extrêmement considérable. Lyonnet a prouvé, dans son immense travail sur la Chenille du saille^ que l'Insecte a de nombreux rapports, par ses muscles, avec les animaux supérieurs. Sans avoir tué plus de huit ou neuf individus de l'espèce qu'il voulait décrire, il eut la patience de compter leurs diverses branchies. Dans la chenille du lossus liquiperdaj il trouva 236 branchies longitudinales et 1336 transversales. De sorte que le corps de cet être si modeste est sillonné dans tous les sens par 1572 tubes aérifères, visibles à Tceil armé d'un verre grossissant, sans compter ceux qui ne peuvent être aperçus !
Le mécanisme de la respiration, chez les insectes, est facile à comprendre. La cavité abdominale, qui loge la plus grande partie de l'appareil trachéen, est susceptible de se contracter et de se dilater alternativement. Quand le corps de l'insecte se resserre, les trachées sont comprimées et l'air en est chassé. Mais lorsque la cavité viscérale qui loge les trachées reprend sa capacité première ou se dilate davantage, ces canaux s'agrandissent et l'air dont ils sont remplis, se raréfiant par suite de cet agrandissement, ne fait plus équilibre à l'air extérieur avec lequel il com-
muoique par l'intermédiaire des stigmates. Cet air extérieur se précipite donc alors dans l'iatérieur des tubes respiratoires, et l'inspiration s'effectue.
Les mouvements respiratoires psuveat, du reste, s'accélérer ou
Fi(t. 34. — Re^piratîoD des insectes. Appareil respiratoire du banneioo.
se ralentir, suivant les besoins de l'animal. En général, on en compte entre trente et cinquante par minute. Dans 1 elat de repos les stigmates sont béants, et l'air arrive librement dans toutes les trachées chaque fuis que la cavité viscérale se dilate. Mais ces orifices peuvent se fermer, et les insectes possèdent ainsi la faculté de suspendre à volonté toute communication entre leur appareil respiratoire et le milieu ambiant.
Quelques insecLes vivent dans l'eau. Ils sont dès lors obligés de venir prendre à la surface du liquide l'air dont ils ont besoin, ou de s'emparer du peu d'air que l'eau tient en dissolution. Ces deux modes de respiration existent, sous des formes variées, chez les insectes aquatiques.
Nous venons de voir que l'appareil de la respiration ac(iuiert chez les insecles un développement considérable. Il est dès lors facile de prévoir que cette fonction doit s'exercer avec une vive activité chez ces légers petits êtres. En effet, si on la compare à la quantité pondérable de matière organique dont leur corps se compose, les insectes font une énorme consommation d'oxygène. Les papillons, par exemple, brûlent constamment d'une flamme éternelle, malgré leur réputation.
Arrivons maintenant aux Poissons.
Il suffit de regarder un instant un poisson dans l'eau pour remarquer deux grandes ouvertures derrière la tête: ce sont les ouïes, leur bord antérieur est mobile, et se soulève et s'abaisse comme un battant de porte, pour servir à la respiration.