‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 44 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Si rAtmosphère remplit^ sur notre planète^ le rôle fondamental d^organisatrice de la vie^ si tous les étres^ végétaux et apimaux^ sont constitués pour respirer dans son sein et construire à l'aide de ses molécules fluidiques le tissu solide des organismes^ nous allons admirer maintenant que cette brillante atmosphère est encore la grande joie de la nature ; que non-seulement le fond^ mais encore la forme sont dus à sa présence; que sans elle le monde se traînerait péniblement dans Tespace, triste et décoloré; que par elle il est joyeusement transporté dans les champs du ciel^ au milieu des brises et des parfums^ sur une couche éthérée de pourpre et d azur^ et sous Téclat rayonnant d'un éternel sourire.

Voûte bleue d*un ciel calme et pur^ douce coloration des aurores^ magnificences enflammées des crépuscules^ beauté charmante des paysages solitaires^ perspectives vaporeuses des campagnes, et Vous, miroir limpide des lacs, qui souriez mélancoliquement au ciel en reflétant l'imposante stature des neiges éternelles : votre existence et votre beauté ne sont dues qu'à ce fluide léger et puissant étendu sur le globe terrestre. Sans lui, nulle de ces perspectives, nulle de ces nuances n'existerait. Au lieu d'un ciel d'azur, nous n'aurions qu'un espace noir insondable; au lieu des sublimes levers et couchers de soleil, le jour et la nuit se succéderaient brusquement; au lieu de ces demi-teintes qui font régner une douce lumière partout où Phœbus ne lance pas directement ses flèches éblouissantes, il n'y aurait de clarté qu'aux points éclairés par l'astre brillant, et l'obscurité partout ailleurs : notre planète n'ofliiFait aucune demeure habitable.

Que le ciel soit pur ou couvert^ il se présente toujours à nos yeux sous Taspect d'une voûte surbaissée. Loin d'offrir la forme d'une circonférence^ il paraît abaissé^ aplati^ au-dessus de nos tètes, et se prolonger insensiblement en descendant peu à peu jusqu'à l'horizon. Les anciens avaient pris cette voûte bleue au sérieux. Mais, comme le dit Voltaire, c'est aussi intelligent que si un ver à soie prenait sa coque pour les limites de l'univers. Les astronomes grecs la représentaient comme formée d'une substance cristalline solide, et jusqu'à Copernic un grand nombre d'astronomes l'ont considérée comme aussi solide que du verre fondu et durci. Les poètes latins placèrent sur cette voûte, au-dessus des planètes et des étoiles fixes, les divinités de l'Olympe et l'élégante cour mythologique. Avant de savoir que la Terre est dans le ciel et que le ciel est partout, les théologiens avaient installé dans l'empyrée la Trinité, le corps glorifié de Jésus, celui de la Vierge Marie, les hiérarchies angéliques, les saints et toute la milice céleste.... Un intéressant missionnaire du moyen âge raconte même que, dans un de ses voyages à la recherche du Paradis terrestre, il atteignit l'horizon où le ciel et la terre se touchent, et qu'il trouva un certain point où ils n'étaient pas soudés, où il passa en pliant les épaules sous le couvercle des cieux.... Or cette belle voûte n'existe pas! Déjà je me suis élevé en ballon plus haut que l'Olympe grec, sans être jamais parvenu à toucher cette tente qui fuit à mesure qu'on la poursuit, comme les pommes de Tantale.

Mais quel est donc ce bleu qui certainement existe, et dont le voile nous cache les étoiles pendant le jour?

Cette voûte, que nos regards contemplent, est formée par les couches atmosphériques qui, en réfléchissant la lumière émanée du Soleil, interposent entre l'espace et nous une sorte de voile fluidique qui varie d'intensité et de hauteur suivant la densité variable des zones aériennes. On a été très-longtemps à s'affranchir de cette illusion, et à constater que la forme et les dimensions de la voûte céleste changent avec la constitution de l'Atmosphère, avec son état de transparence, avec son degré d'illumination.

Une partie des rayons lumineux envoyés par le Soleil à notre planète est absorbée par l'air, l'autre réfléchie; l'air néanmoins n'agit pas également sur tous les rayons colorés dont se compose la lumière blanche : il se comporte comme un verre laiteux, laisse passer plutôt les rayons de l'extrémité rouge du spectre solaire, et réfléchit au contraire les rayons bleus; mais cette différence n'est sensible que lorsque la lumière traverse de grandes masses d air.

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