‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 50 sur 269 · LA RÉFRACTION ATMOSPHÉRIQUE · texte numérisé non relu

LA RÉFRACTION ATMOSPHÉRIQUE

possède sur le lever du soleil^ à la préseace de rhumidité dans l'air. Elle est plus abondante le soir^ après la chaleur de la journée^ que le matin^ où elle est en partie condensée en rosée par l'effet du refroidissement de la nuit.

Ce n'est pas non plus sur le continent qu'on observe les plus beaux couchers de soleil. Toutefois^ sur la terre^ le bleu céleste des montagnes lointaines^ les teintes roses ou violettes que montrent ensemble et suivant leur distance lés collines plus rapprochées^ les tons chauds du sol^ s'harmonisent d'une manière merveilleuse^ quand l'astre vient de disparaître sous l'horizon^ avec Tor palpitant de l'occident^ avec les nuances rouges ou roses qui le surmontent dans le ciel^ l'azur foncé du zénith et la couleur plus sombre encore et souvent verdâtre^ par effet de contraste^ qui règne à l'orient. Dans les régions équinoxiales, ces teintes douces et fondues^ jointes à la variété des formes du terrain^ à la richesse de la végétation^ donnent des images plus puissantes que celles de nos climats. Parfois des nuages roses et légers^ ou des nuées plus épaisses^ frangées de rouge de cuivre^ produisent des effets particuliers se rapprochant de certains couchers de ^ soleil de nos régions; mais toutes les fois que le ciel est pur^ les nuances diffèrent entièrement de celles de la zone tempérée et présentent un caractère spécial. Quelquefois encore les dentelures des montagnes situées sous l'horizon^ ou des nuages invisibles interceptant une partie des rayons solaires qui^ après le coucher de l'astre, atteignent encore les hautes régions atmosphériques^ donnent lieu au curieux phénomène des rayons crépusculaires. On voit alors partir du point où le soleil a disparu une série de rayons^ ou plutôt de gloires divergentes s'étendant parfois jusqu'à 90 degrés^ et même dans quelques cas se prolongeant jusqu'au point antisolaire. « Sur l'océan^ dit M. Liais^ quand près de l'équateur le ciel est dégagé de nuages dans la partie visible^ et quand les rayons divergents se mêlent aux arcs crépusculaires^ les jeux de lumière prennent des proportions et un éclat qui défient toute description et toute représentation sur un tableau. Comment^ en effets dépeindre d'une manière satisfaisante les teintes rouges et roses de l'arc frangé par les rayons crépusculaires bordant le segment encore fortement éclairé de l'occident, segment coloré lui-même d'un jaune d'or éclatant? Gomment surtout décrire la teinte d'un bleu inimitable^ différent de celui du milieu du jour, et qui- occupe la portion céleste comprise entre l'azur ordinaire, mais foncé du zénith, et l'arc crépusculaire?

A toute cette splendeur du ciel occidental il faudrait joindre la description de ses feux réfléchis sur la surface des eaux agitées par le vent alizé, la couleur bleu-noire de la mer à Forient^ l*écume blanche de la vague qui tranche sur ce fond obscur Tare rose pâle du ciel oriental et le segment sombre et verdâtre de riiorizon. »

Quel spectacle plus sublime qu'un coucher de soleil sur rOiéan ?

Nous avons essayé, dans la peinture reproduite ici, de rappeler ce beau spectacle ! Les nuages colorés qui planent dans ce ciel de couchant sont des cirro-cumuli, dont il sera question au chapitre des nuages, et ont^été peints par M. Silberman, du collège de France, le 5 juillet 1865.

Les ondoyantes splendeurs qui couronnent lensevelissement de Tastre-roi dans la pourpre des soirs sont parfois plus touchantes encore que la scène gigantesque du couchant lui-môme.

Dans les campagnes de notre belle France, au milieu des chanaps ou dans les clairières des bois, lequel d'entre nous n*a pas admiré, « certains soirs dété ou d'automne, le suave spectacle du lent et silencieux coucher du soleil? L'astre éclatant est descendu au delà de la plaine; une brise légère transporte les parfums sauvages; des nuées diaphanes étendent sous les cieux leurs voiles dorées ; les derniers oiseaux viennent retrouver leur abri du soir; une ferme au milieu du paysage semble, sous cette lumière tempérée, Fasile de la paix et du bonheur. Quelque simples, quelque familiers que soient pour nous ces tableaux si souvent renouvelas, nous admirons qu'un seul effet de lumière soit capable de (1é\rIopper, comme une baguette magique, les plus splendides, les jdus inimitables aspects dans la nature. Mais c'est peut-être dans les montagnes que ces effets sont encore les plus pittoresques.

Nulle description ne saurait rendre la merveilleuse beauté de certains paysages du soir dans les Alpes : C*est un monde de grandeur et de douceur, de sévérité et de tendresse, un singulier mariage du pouvoir majestueux avec la suave délicatesse, un ensemble à la fois formidable et charmant que l'œil surpris contemple fasciné sans pouvoir d'abord le bien comprendre. Nature! ô grande nature! combien est petit le nombre des âmes qui savent entendre tes paroles ! Parfois les plus magnifiques spectacles passent inaperçus devant nos yeux aveugles ; parfois le moindre trait de lumière frappant nos regards nous met soudain en communication avec la nature et nous fait entrevoir sa beauté à travers les

Page 1