‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 6 sur 269 · NOTRE PLANETE ET SON FLUIDE VITAL · texte numérisé non relu

NOTRE PLANETE ET SON FLUIDE VITAL

s'accomplissent les révolutions des planètes^ lesquelles s'effectuent avec une vitesse indescriptible^ en raison de la longueur des circonférences à parcourir. Loin d'être immobile comme il nous le semble^ le globe que nous habitons voyage^ à la distance moyenne de 37 millions de lieues du Soleil^ au sein de l'immensité éthérée^ et sur une orbite qui ne mesure pas moins de 235 millions de lieues à parcourir en 365 jours 6 heures 1 C'est-à-dire qu'il court en tourbillonnant dans l'espace^ avec une vitesse de 660 000 lieues par jour, de 27 500 lieues à l'heure... ^

Le train express le plus rapide, emporté par l'ardeur dévorante de la vapeur aux ailes de feu, ne peut parcourir, au maximum, plus de cent kilomètres à l'heure, c'est-à-dîre 25 lieues. Sur les routes invisibles du ciel, la Terre vogue avec une vitesse 1100 fois plus rapide. La différence est telle, qu'on ne saurait l'exprimer géométriquement ici par une figure. Si l'on réprésentait par I millimètre seulement la longueur parcourue en une heure par la locomotive Crampton, il faudrait tracer à côté une ligne de 1 mètre 1 0 centimètres pour représenter le chemin comparatif parcouru par notre planète pendant le même temps. Nulle machine en mouvement ne saurait donc suivre ce globe dans son cours. J'ajouterai comme point de comparaison, que la marche d'une tortue est envi* ron 1100 fois moins rapide que celle d'un train express. Si donc Ton pouvait envoyer un train express courir après la Terre, c'est exactement comme si l'on envoyait une tortue courir après un train express.

Situés comme nous le sommes autour du globe, mollusques infiniment petits, collés à sa surface par son attraction centrale, et emportés par son mouvement, nous ne pouvons apprécier ce mouvement ni nous en rendre compte directement. Ce n'est que par l'observation du déplacement correspondant des perspectives célestes, et par le calcul, que nous avons pu, depuis quelcfues siècles à peine du reste, en connaître la nature, la forme et la valeur. Sous le pont d'un navire, dans un compartimentde wagon, ou dans la nacelle d'un aérostat, nous ne pouvons pas davantage nous rendre compte du mouvement qui nous emporte, parce que nous participons à ce mou\ement, et qu'en fait nous sommes immobiles dans le salon du navire en marche ou du convoi rapide, aussi bien que sous l'aérostat, immobile lui-mt^me relativement aux molécules d'air environnantes. Sans objets de comparaison étrangers au mouvement, il nous est impossible de l'apprécier. Pour nous former une idée de la puissance indescriptible qui emporte in-

le télescope à notre curiosité studieuse, nous saluons les humanités nos sœurs, vivant comme nous à la surface des mondes! Sublime couronnement de Tastronomie mathématique et physique, le nouvel aspect philosophique de la création développe devant nos esprits le règne universel de la vie et de la pensée ; le globe terrestre avec son humanité n'est plus qu'un atome jeté au sein de rinfini, un des rouages innombrables qui par myriades constituent le mystérieux mécanisme du monde physique et moral. Notre système planétaire, malgré son immensité comparative auprès du microscopique volume de cette terre, s'évanouit lui-m^me avec son radieux soleil devant l'étendue et le nombre des étoiles, — centres solaires de systèmes différents du nôtre. L'œil étonné rencontre dans l'infini, des soleils lointains dont la lumière emploie des centaines et des milliers d'années à venir jusqu'à nous, malgré sa vitesse inouïe de 77 000 lieues par seconde; plus loin, l'œil contemple de pales amas d'étoiles qui, vus de près, seraient semblables à notre Voie lactée et se montreraient composés de plusieurs millions de soleils et de systèmes; au delà, l'œil cl la pensée cherchent encore à découvrir ces créations lointaines, où résident des existences inconnues, où s'accomplissent au môme titre qu'ici les mystérieuses destinées des êtres ;.e. mais l'essor de nos conceptions fatiguées ne tarde pas à s'abattre, exténué, perdu par ce vol interminable dans les régions de l'infini, et comme l'aigle posé sur une île lointaine, notre âme éblouie s'étonne de n'avoir jamais devant elle que le vestibule d'une immensité sans cesse renaissante.

Astre invisible, perdu dans les myriades d'astres qui gravitent à toutes les distances imaginables dans l'étendue profonde, la Terre e&t emportée dans le ciel par divers mouvements, beaucoup plus nombreux et plus singuliers que nous ne sommes généralement portés à le croire. Le plus important est celui de tramlatioriy qui vient de s'offrir à nos regards, mouvement en vertu duquel elle vogue autour du Soleil en raison de 600 000 lieues par jour. — Un second mouvement, celui de rolalion, la fait tourner sur elle-même, pirouetter en quelque sorte, en 24 heures: on voit immédiatement, en examinant ce mouvement du globe sur lui-môme, que les différents points de la surface terrestre ont une vitesse différente suivant leur distance à Taxe de rotation. A Téquateur, où la vitesse est maximum, la surface terrestre est forcée de parcourir 10 000 lieues en 24 heures ^le mètre est la dix-millionième partie du quart du grand cercle, égal par conséquent à 40 000 kilomètres}.

Ces mouvements différents qui emportent lastre-Terre dans l'espace sont connus^ grâce au nombre colossal d'observations faites sur les étoiles depuis plus de quatre mille ans^ et grâce à la rigueur des principes modernes de la mécanique céleste. Leur connaissance constitue la base essentielle de la plus haute et de la plus solide des sciences. La Terre est désormais inscrite au rang des astres, malgré le témoignage des sens^ malgré des illusions et des erreurs séculaires^ et surtout malgré la vanité humaine qui longtemps s'était formé avec complaisance une création à son image. Sollicitée par tous ces mouvements divers, dont quelques-uns, comme celui des perturbations, sont d'une complication extrême, le globe terrestre vogue dans le vide, tourbillonnant, se balançant sous des inQexions variées, saluant les planètes ses sœurs, courant avec une vitesse insaisissable vers un but qu'il ignore. Depuis le commencement du monde, la Terre n'est pas passée deux fois au même endroit, et le lieu que nous occupons à cette heure même s'enfonce avec rapidité derrière notre sillage pour ne plus revenir. La surface terrestre elle-même, du reste, se modifie chaque siècle, chaque année, chaque jour, et les conditions de la vie changent à travers 1 éternité comme à travers l'espace. C'est ainsi que la marche du monde effectue son cours mystérieux, et que les êtres comme les choses ne continuent d'exister qu'en subissant de perpétuelles métamorphoses.

Après avoir apprécié de la sorte le mouvement de l'astre-Terre dans l'espace, nous devons lui adjoindre, pour compléter sa physionomie astronomique, le mouvement que la Lune décrit en 29 jours et demi autour du centre terrestre. La Lune est 49 fois plus petite que la Terre et 8 1 fois moins lourde. Son action sur l'océan et sur l'Atmosphère est cependant comparable à celle du Soleil, et même plus importante dans la production des marées; il n'est pas moins utile de connaître son mouvement que celui de la planète terrestre autour du foyer radieux. C'est en 27 jours 7 heures que s'effectue sa translation circulaire autour de la Terre; mais pendant ces 27 jours la Terre n'est pas restée immobile et s'est au contraire avancée d'une certaine quantité dans l'espace; la Lune emploie environ deux jours de plus pour achever sa révolution et revenir au même point relativement au Soleil : ce qui donne 29 jours 12 heures pour la lunaison ou le cycle des phases. La révolution en 27 jours est nommée révolution stt/era/e, parce que l'astre revient sur la sphère céleste à une même position par rapport aux étoiles; on voit que pour revenir à la même position relative-

GHAPITRE IL

Le globe que nous venons de contempler circulant dans lespace sur l'aile de la gravitation universelle, est enveloppé d'un duvet gazeux adhérent à sa surface sphérique tout entière. Cette couche fluidique est uniformément répandue autour du globe, et lenvironne de toutes parts. Nous avons comparé la Terre dans Tespace à un boulet de canon lancé dans le vide ; en supposant ce boulet enveloppé d'une mince couche de vapeur, qui ne mesurerait même pas un millimètre d'épaisseur, et serait adhérente à sa surface entière, nous nous formerons une image approchée de la situation de l'Atmosphère tout autour du globe terrestre. C'est précisément de cette situation que dérive le nom même de l'Atmosphère 'atiaô;, vapeur; Zçaîpa, sphère); c'est en effet comme une seconde sphère de vapeur, concentrique à la sphère solide du globe terrestre.

On ne songe pas assez, en général, à la valeur, à l'importance de cette enveloppe atmosphérique. C'est elle qui nous fait vivre. C'est par elle que la Terre entière respire. Plantes, animaux, hommes, puisent en elle leur première condition d'existence. L'organisation terrestre est ainsi construite, que l'Atmosphère est la souveraine de toutes choses, et que le savant peut dire d'elle ce que le théologien disait de Dieu lui-même ; En elle nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes. (Condition suprême des existences terrestres, elle ne constitue pas seulement la force virtuelle de la Terre, mais elle en est encore la parure et le parfum. Comme une caresse éternelle enveloppant notre planète voyageuse dans une affection inaltérable, elle porte doucement la Terre dans

nez ces premières pages, n'étaient pas tous hier intégrés à votre personne, et aucun n'y était il y a quelques mois. Où étaient-ils? — soit dans lair, soit dans un autre corps. Tous les atomes qui forment maintenant vos tissus organiques, vos poumons, vos yeux, votre cerveau, vos jambes, etc., ont déjà servi à former d'autres tissus organiques.... Nous sommes tous des morts ressuscites, fabriqués de la poussière de nos ancêtres. Si tous les hommes qui ont vécu jusqu'à cette année ressuscitaient, il y en aurait cinq par pied carré, sur toute la surface des continents, obligés, pour se tenir, de monter sur les épaules les uns des autres; mais ils ne pourraient ressusciter tous intégralement, car ils sont à peu près formés des mêmes matériaux ayant successivement servi. De même nos organes actuels, divisés un jour en leurs dernières particules, se trouveront incorporés dans nos successeurs, et je sais que ma main droite qui écrit en ce moment cette ligne, sera dans une époque prochaine absolument dissoute, et que les éléments qui la constituent fleuriront dans la plante, voleront dans Toiseau, agiront dans un nouvel homme. Véhicule sans cesse renouvelé des émigrations des atomes terrestres, lair établit ainsi une fraternité universelle et indissoluble entre tous les hommes, entre tous les êtres.

Métamorphose incessante des êtres et des choses : entre les produits de la nature et les flots mobiles de T Atmosphère, il s'opère incessamment un échange, en vertu duquel les gaz de l'air se fixent dans l'animal, la plante ou la pierre, tandis que les éléments primitifs, un instant incorporés dans un organisme ou dans les couches terrestres, se dégagent et recomposent le fluide aérien. Chaque atome d'air passe donc éternellement de vie en vie et s'en échappe de mort en mort; tour à tour vent, flot, terre, animal ou fleur, il est successivement employé à la substance de mille êtres divers. Source inépuisable, où tout ce qui vit prend son haleine, l'air est encore un réservoir immense, où tout ce qui meurt verse son dernier souflle : sous son action, végétaux et animaux, organismes divers naissent, puis dépérissent. La vie, la mort sont également dans l'air que nous respirons, et se succèdent perpétuellement l' une à l'autre par l'échange des molécules gazeuses ; l'atome d'oxygène qui s'exhale de ce vieux chêne va s'envoler aux poumons de l'enfant au berceau; les derniers soupirs d'un mourant vont tisser la brillante corolle de la fleur, et se répandre comme un sourire sur la verdoyante prairie. La brise qui caresse doucement les tiges des herbes va plus loin se transformer en tempête, déraciner les arbres séculaires et faire sombrer les navires; et ainsi, par

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