OMBRES ET AURÉOLES
former à la surface un yéritable réseau. C'est encore à un phénomène du même genre qu*est due Firisation que présentent les plumes de certains oiseaux et aussi quelquefois les fils d*araignée. Ces derniers^ quoique très-fins^ ne sont pas simples ; ils sont formés d'un grand nombre de brins réunis les uns aux autres par one substance visqueuse^ et constituent ainsi une sorte de réseau.
Si le soleil est près de Thorizon et que l'ombre de l'observateur tombe sur de l'herbe^ un champ de céréales ou une autre surface couverte de rosée^ alors on observe une auréole dont la lueur est me surtout dans le voisinage de la tète^ mais qui va en diminuant à partir de ce centre. Cette lueur est due à la réflexion de la lumière par les chaumes mouillés et les gouttes de rosée ; elle est plus vive autour de la tète, parce que les chaumes situés dans le Toisinage de l'ombre de la tète lui montrent toute leur portion éclairée, tandis que ceux qui sont plus éloignés lui montrent des parties éclairées et d'autres qui ne le sont pas, ce qui diminue leur clarté proportionnellement à leur distance de la tète.
Le phénomène se montre chaque fois qu'il y a simultanément du brouillard et du soleil. On vérifie facilement ce fait sur les montagnes. Dès que notre ombre est projetée sur un' brouillard, notre tète dessine une silhouette d'ombre entourée d'une auréole lumineuse.
Mon savant collègue de la Société des sciences naturelles de Strasbourg, M. Gay (Bulletin de cette Académie, novembre 1 868) a observé à la Grande-Chartreuse un phénomène analogue à celui que je viens de décrire.
C'était le 3 septembre 1868. Le narrateur se trouvait, vers cinq heures du soir, avec plusieurs personnes, sur l'étroite plate-forme qui termine le Grand-Som (2033 mètres d'altitude), et dont les parois se dressent à pic au-dessus de la Grande-Chartreuse. Des nuages qui nous enveloppaient à chaque instant, dit-il. ne nous laissaient apercevoir que par intervalles le magnifique panoranla que l'on découvre par un temps clair. Le soleil était près de se coucher derrière les montagnes qui ferment le désert, lorsqu'en nous retournant du côté de la Savoie nous fûmes témoins d'un trèsbeau spectacle; notre ombre et celle de la croix plantée sur le som^ met se projetaient un peu agrandies sur le nuage, entourées d'un cercle irisé. Nous pouvions voir distinctement nos mouvements reproduits par l'ombre : elle paraissait être à une centaine de pas et un peu au-dessous de nous ; elle se détachait sur un fond vivement éclairé, à l'exception du cône formé par Tombre de la mon-
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tagne; un cercle présentant toutes les couleurs du speetre, le violet à l'intérieur^ le rouge au dehors^ l'entourait complètement et se voyait encore fort bien à travers le cône obscur formé par Fombre du Grand-Som. Malheureusement les nuages se déplaçaient sans cesse^ et le phénomène s'effaça bientôt pour reparaître assez vif^ mais très-fugitif^ quelques instants après.
Vniustrated London News du 8 juillet 1871 représente une de ces apparitions, € the Fog Bou\ seen from the Matterhorn, • observée par M. E. Whvmper, dans cette partie célèbre des Alpes. C'était après la catastrophe du 14 juillet 1865, et par une singulière correspondance, deux immenses croix ckértMines se projetaient en dedans de Tare extérieur, unique et blanc. Ces deux croix étaient formées san> doute par l'intersection de cercles dont le reste était invisible. L'apparition offrait un caractère grandiose et solennel, augmenté encore par le silence des abtmes insondables au fond desquels les quatre infortunés touristes venaient d'être précipités.
On a fait en diverses conditions des observations indicatrices et approchées de ce même effet d'optique plus ou moins complet. Ainsi; en consultant sur ce point les Comptes rendus de TAcadémie, je remarque l'observation faite le 23 octobre 1866, à 7 h. 30 du matin, par un officier du génie, M. Moulin, se rendant à cheval au polygone de Versailles. Le fessé qui borde la route était plein d'un brouillard dense. A l'opposite du Soleil l'observateur remarque un disque brillant bordé de bandes irisées qui se dessinait nettement à une distance apparente de 30 mètres en contre-bas. Puis au centre il remarque sa silhouette comportant le buste audessus du cheval, la tète se trouvant au centre de cette couronne antisolaire. L'auteur rattache cet effet d'optique à l'arc-en-ciel; mais c'est très-certainement un anthélie du même ordre que celui que j'ai décrit et expliqué.
D'autres apparences optiques analogues se manifestent en d'autres conditions. Ainsi, par exemple, si, tournant le dos au soleil, on regarde dans l'eau, on aperçoit très-bien l'ombre de sa tête, ombre très-déformée toutefois ; mais on voit, en même temps, partir de cette ombre comme des faisceaux lumineux assez intenses qui dardent, en rayonnant dans tous les sens, avec une très-grande rapidité et jusqu'à une très-grande distance. Ces faisceaux lumineux, ces rayons auréolaires ont, outre le mouvement de dard, un mouvement de rotation rapide autour de l'ombre de la tête, et le sens de rotation est inverse des deux côtés de l'ombre.
Nous allons arriver maintenant à un ordre de phénomènes optiques plus curieux encore, et surtout plus compliqués que les précédents.