APOTHEOSES. — CERCLE ÉTUDIE EN BALLON
fn^res de moi, un second aérostat parfaitement dessiné se dégageant eo gris sur le fond blanc des nuages. Ce phénomène se manifeste au moment où l'on revoit le soleil. On distingue les plus légers détails de l'armature de la nacelle, et notre ombre reproduit curieusement nos gestes.
Le 1 5 avril 1 868, vers trois heures et demie du soir, nous sorlioDB d'une couche de nuages, lorsque l'ombre du ballon nous est apparue environnée de cercles concentriques colorés, dont la nacelle formait le centre. Elle se détachait admirablement sur un fond jaune blanc. Un premier cercle bleu pâle ceignait ce fond et la nacelle en forme d'anneau. Autour de cet anneau s'ea dessinait ou second jaunâtre; puis une zonn rouge jiris, et enfin, comme circonférence extérieure, un quatrième cercle, violet, et -se fondant insensiblement avec la tonalité grise des nuages. On distinguait les i^us petits détails : Ëlet, cordes de la nacelle, instruments.
Chacun de nos gestes était instantanément reproduit par les sosies du spectre aérien. Je lève le bras par surprise : l'un des spectres aériens lève le sien. Mon aéronaute agite le drapeau français ; le pilote de l'autre aérostat nous présente le même étendard.... L'an- Ihélie resta sur les nuages, assez nettement dessiné et assez longtemps pour que je puisse en prendre un croquis sur mon journal de bord et étudier l'état physique des nuages sur lesquels il se produit. La figure 72 représente cette ombre et ces cercles tels qu'ils se sont offerts devant nous. Le lecteur est supposé dans la nacelle, et voir l'anthélie comme nous l'avons vu '.
Ce phénomène ne diffère pas essentiellement de celui qu'on a
1- Une image colonée de ce curieux pht^nomëne a été donnée dans les Voyagts •'rwuque j'ki publiés en collaboration avec MM. Gtaisher, de Fonvielle et G. Tisuadier, S* p«rtie, p. 392.
Fig. Tî. -
' Ombrg du ballon et anthélie.
206 ANTHÉLTES.
désigné sous le nom de Cercle (VUlha^ dont nous venons de parler tout à rheure^ et lanalogie est même si approchée que je le Yois dans un récent traité de physique^ désigné sous la dénomination trop attentive pour moi de Cercle de Flammarion. J'ai pu déterminer directement les circonstances de sa production. En cQet^ comme ce brillant phénomène optique se produisait sur les nuages mêmes au milieu desquels je naviguais^ il m*a été facile de constater que ces nuages n*étaient point formés de particules glacées ; le thermomètre marquait 2 degrés au-dessus de zéro. L'hygromètre marquait un maximum d'humidité (77) à 11 50 mètres, et Taérostat planait alors à 1400^ où Thumidité n'était plus que de 73. Il est donc certain que c'est là un phénomène de diffraction de la lumière produit simplement sur les vésicules du brouillard.
On donne le nom de diffraction à Tensemble des modifications qu'éprouvent les rayons lumineux lorsqu'ils viennent à raser la surface des corps. La lumière éprouve, dans ces circonstances, une sorte de déviation, en même temps qu'elle est décomposée, d'où résultent dans l'ombre des corps des apparences fort curieuses qui ont été observées, pour la première fois, par Grimaldi et Newton.
Les phénomènes les plus intéressants de la diffraction sont ceux que présentent les réseaux; on appelle ainsi un système d'ouvertures linéaires très-étroites placées à côté les unes des autres à une très-petite distance. On peut réaliser un système de ce genre en traçant, par exemple, sur une plaque de verre avec un diamant, des traits équidistants. La lumière pouvant passer dans les intervalles des traits, tandis qu'elle est arrêtée dans les points correspondants à ceux où le verre a été dépoli, on a, en réalité, comme un système d'ouvertures très-rapprochées ; on peut facilement tracer ainsi cent traits dans la longueur d'un millinièlre. La lumière est alors décomposée en spectres empiétant les uns sur les autres. C'est un phénomène de ce genre qu'on observe quand on regarde une lumière en clignant des yeux; les cils, dans ce cas, servent de réseaux.
Les réseaux peuvent aussi se produire par réflexion, et c'est à cette circonstance que sont dues les brillantes couleurs que l'on observe en faisant réfléchir un faisceau lumineux sur une surface métallique réji:ulièrement striée.
C'est au phénomène des réseaux qu'on doit attribuer les couleurs quelquefois si brillantes que présente la nacre de perle. Celte substance est à structure feuilletée, si bien que, lorsqu^on la taille, on coupe ces différents feuillets dont la tranche vient