THÉORIE DU MIRAGE
w% conditions physiques se rencontrent, voici ce qui peut arriver : UD rayon lumineux venu du point M (fig. 84) va se réfracter successivement en ad en s'éloignant de la normale; à un certain moment sa direction coïncidera avec celle de la couche d'air A, et celte dernière fera l'office d'un miroir; le rayon suivra donc en sens inverse une route pareille A, (f, a! à celle qu'il a déjà suivie et atteindra l'œil de l'observateur, qui verra dans la direction inférieure OM une image du palmier M, en même temps qu'il verra lohjet directement. C'est donc la couche d'air qui, à un certain
Fig. 84. — Explication du mirage ordioaire.
moment, devient miroir, et joue par conséquent le même rôle qu'une nappe d'eau réfléchissante.
Tel est le mirage ordinaire, ou mirage inférieur.
Cette déviation inférieure et réfléchie des rayons lumineux ne frap{)e pas toujours autant qu'on pourrait le croire. Bien des hommes passeront à côté sans la remarquer, et même, prévenus du fait, déclareront ne rien apercevoir d'extraordinaire ou de digne d'être noté. Pour bien discerner le mirage, il faut nonseulement une vue longue et étendue, mais savoir observer des détails, et avoir l'habitude de Fhorizon; aux voyageurs, aux marins, aux météorologistes, cet exercice est devenu familier; mais très-souvent des yeux non scientifiques ne le remarquent pas. Cependant dans certains cas, et surtout en certaines régions du globe^ le mirage se révèle avec une telle évidence qu'il frappe les yeux les plus inattentifs. Tel paraît quelquefois le mirage sur les côtes du détroit de Messine; tel il parait, mais bien plus souvent encore^ dans les plaines sablonneuses de l'Arabie ou de l'Egypte.
Le mirage se montre tantôt sur la surface de la mer, des lacs ou des grands fleuves, tantôt sur les grandes plaines sèches et principalement dans les régions sablonneuses, sur les grandes routes ou sur les grèves du littoral de la mer.
Notre dessin représente lelTet le plus fréquent du mirage en Egypte. La vue est prise dans le désert de Suez, en allant dans la presqu'île du Sinaï. C'est l'heure du midi, moment oîi le mirage y est en général le plus sensible. L'Atmosphère ondule, grise et brumeuse, de sorte que l'horizon s'accuse à peine. Les eaux et les oasis qui apparaissent au loin sont un effet de mirage. Elles paraissent être à 4 kilomètres environ de l'observateur. Les couches inférieures de l'Atmosphère deviennent un véritable miroir sur lequel apparaît la reprochiction agrandie et déformée de simples broussaiHes fort éloignées. C'est l'image trompeuse qui souvent attire la caravane fatiguée qui vient y tomber et s'endormir du dernier sommeiL C'est la « soif de la gazelle, » qui toujours renaît et jamais n'est assouvie.
Souvent ces images trompeuses, dues au jeu des rayons solaires et à* leur réfraction prismatique h travers des couches d'air d'inégale densité, présentent des formes purement imaginaires et que l'on est tenté de considérer comme réelles, quoique leur origine soit aussi fortuite que celle des apparitions manifestées parfois dans les nuages.
xVutant (lirons-nous de ces îles inconnues qui apparaissent, au milieu des océans, aux navigateurs étonnés et les égarant vers de riantes contrées imaii^inaires. Les marins suédois ont cherclié longtemps une île magique qui semblait s'élever entre les îles d'Aland et celles (ri'j)land : ce n'était qu'un mirage. Ces villes, qui paraissent élevées par la baguette d'une fée, ne sont parfois que le reflet de >illes plus éloignées, mais souvent aussi rien ne saurait expliquer, sinon leur nature, du moins leur origine. Durant l'été de l8'iT, « par une brûlante journée de juillet, dit M. Grellois, je cheminais lentement, au pas de mon cheval, entre Ghelma et IJône, en compagnie d'un aimable jeune homme que sept ans plus tard j'avais la douleur de perdre. Arrivés à deux lieues environ de la \ille de Bône, vers une heure du soir, nous nous arrêtons tout h coup, au détour d'un sentier, émerveillés en présence du tableau qui s'étalait à nos yeux. A l'est de Bône, sur un terrain sablonneux dont, quelques jours auparavant, nous avions constaté l'aride et plate nudité, s'élevait en ce moment, sur une colline doucement inclinée et baignant ses pieds dans la