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CHAPITRE XL

Nous venons d'assister au;c jeux variés de la Lumière dans le monde atmosphérique, et^ en disséquant les phénomènes optiques^ nous nous sommes rendu compte de leur mode de formation et de leur nature. Ce panorama général des œuvres de la Lumière serait incomplet si nous ne pénétrions un instant dans la fonction grandiose et profonde de cet agent sur la vie terrestre tout entière. Car la Lumière est la force qui soutient dans Tinfinî la splendeur de cette vie, elle est le charme et la parure de la terre, elle est pour nous le premier élément de toute existence; mais les jeux que nous venons de saluer ne sont encore que des sourires passagers sur ce visage toujours ami qui du haut des cieux laisse les rayons de son regard illuminer ce monde obscur. Sans elle/le globe roulerait dans les ténèbres d'une nuit inféconde et glacée; avec elle, tout se meut dans la joie et dans Téternelle vie.

Il y a des mondes qui ne sont point gratifiés de cette divine lumière blanche à laquelle la nature terrestre doit son infinie variété de couleurs, de nuances et d*aspect; il y a des mondes éclairés par des soleils verts sans autre teinte, par des soleils rouges, ne donnant à leurs campagnes que cette seule couleur; par des soleils bleusy violets, ne versant à leur surface que des rayons toujours colorés de la même teinte* D'autres mondes sont éclairés par deux ou trois soleils à la fois, brillant chacun d*une couleur propre et se succédant ou se rassemblant sur Thorizon. Le spectacle du ciel nous montre ainsi, par comparaison, que sur cette terre, toutefois, quelque modeste qu*elle soit d'ailleurs, nous ne sommes pas les

moins privilégiés^ puisque notre soleil blanc nous dispense toutes les variétés possibles de la lumière multicolore.

La force lumineuse répandue par Téclatant Soleil dans TAtmosphère terrestre règne en souveraine sur la planète à laquelle elle distribue ses saisons et. ses jours; elle tisse de ses mains délicates le léger et tendre organisme des plantes^ et c'est surtout son action sur le monde végétal qui doit commander ici notre attention.

Nous pourrions nous intéresser à mettre en évidence ici lesthétique du règne de la Lumière sur la nature animée : voir les fleurs douces et inconscientes^ se tourner instinctivement vers le jour comme Tenfant au berceau, et se donner en modèles à Thumanité consciente qui trop souvent ne se sert de sa volonté que pour reculer vers les ténèbres; nous pourrions assister au sommeil et au réveil des plantes^ admirer leur incroyable énergie pour habiter dans la clarté^ et nous inspirer de lexquise souveraineté de cette puissance sur la nature entière. Mais le spectacle le plus important à considérer ici^ c'est d apprécier le mieux possible les quantités de travail représentées par l'action permanente de cet agent dans l'Atmosphère sur les plantes.

La Lumière est indispensable à la vie végétale, et si certaines plantes peuvent croître pendant quelque temps dans l'obscurité, elles sont languissantes et étiolées, et ne peuvent parcourir les différentes phases de leur existence.

Les éléments les plus essentiels qui constituent les plantes sont le carbone, l'hydrogène, l'oxygène, auxquels on peut joindre l'azote, si Ion fait abstraction des substances telles que le silicium, le phosphore, le soufre, ainsi que des bases, comme la potasse, la soude, la chaux, etc., qui ne s'y trouvent qu'en faibles proportions. Ces quatre substances se rencontrent dans l'Atmosphère ; les trois dernières sont fixées dans les plantes, lors du mouvement de la sève, par des réactions chimiques dont nous n'observons que le résultat final; le carbone est fourni par l'acide carbonique de l'air, et c'est la lumière qui détermine l'action en vertu de laquelle il s'accumule dans les végétaux.

D'après les expériences faites par M. Boussingault du mois de juin au mois d'août 1865, entre huit heures du matin et cinq heures du soir, dans des atmosphères riches en acide carbonique, 1 mètre carré de feuilles de laurier a donné en moyenne par jour : à la lumière, acide carbonique absorbé, 1 litre 1 08; à lobscurité, id. dégagé, 0 — 070.

Le rapport des deux quantités esta peu près celui de 16 à 1, c'est-

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