‹ L'atmosphère terrestre. Thèse présentée au concours d'agrégation (Section de physique, de chimie et de toxicologie)Chapitre 9 sur 21 · Oxyde de carbone · texte numérisé non relu

Oxyde de carbone

L’oxyde de carbone n’existe dans l’air qu’accidentellement, mais sa présence pouvant, par suite de sa grande toxicité, amener des accidents parfois mortels, il est intéressant d’en dire quelques mots, ne fut-ce que pour indiquer les moyens de le reconnaître.

L’oxyde de carbone se forme dans toutes les combustions

(1) C.-R. LU, p. 527.

incomplètes; or, celles-ci sont malheureusement extrêmement fréquentes, de plus, le gaz d’éclairage en contient une dose assez considérable.

De là, deux causes d’intoxication.

On peut constater dans l’air la présence du gaz délétère par plusieurs procédés.

M. Racine a proposé, comme avertisseur d’asphyxie, l’emploi d’une mèche de fulmi-coton imprégnée de noir de platine et susceptible de s’enflammer dans l’air contenant de l’oxyde de carbone par suite de la condensation du gaz dans le platine. L’appareil est disposé de telle façon que la destruction de la mèche met en mouvement une sonnerie électrique.

On peut encore avoir recours aux réactifs. Celui de M. Mermet (1) par exemple, basé sur l’oxydation de l’oxyde de carbone, par le permanganate de potasse en présence de sels d’argent, mais il offre l’inconvénient de n’étre pas exclusif et de se modifier sous l’influence d’autres agents, tels que certains principes carbonés ou sulfurés.

11 sera préférable d’employer, ainsi que l’ont conseillé MM. Potain et Drouin (2), une solution de cholorure de palladium au 1/10.000 acidulée par quelques gouttes d’acide chlorhydrique. Gu fait barboter dans ce réactif une certaine quantité d’air à l’aide d’un aspirateur.

Pour peu que cet air renferme de l’oxyde de carbone, le chlorure est en partie décomposé et du palladium se dépose en couche noirâtre sur les parois du tdbe en môme temps que la solution se décolore progressivement.

En décolorant au même degré et par dilution une égale quantité de réactif dans un tube identique, la différence de niveau du liquide dans les deux tubes sera proportionnelle à la quantité d’oxyde de carbone absorbé.

(1) Bull. Soc chlm. (3), XVII, 467.

(2) C.-R. Tome CXXVI, p. 938 (1898;.

On détermine ainsi le coefficient d’absorption pour l’appareil seulement, car celle-ci n’est pas totale dans les conditions de l’expérience.

Les auteurs pensent que cette méthode, sans présenter une rigueur scientifique, peut fournir dans la pratique des indications utiles au point de vue de l’hygiène et permet de déceler 1/10.000 d’oxyde de carbone en employant 10 litres d’air, ou môme une quantité beaucoup plus faible mais en opérant sur une masse gazeuse considérable, ce qui, dans l’espèce, altère les conditions d’exactitude de la méthode.

Longtemps auparavant (1) M. Berthelot avait indiqué le nitrate d’argent ammoniacal, obtenu en traitant une solution de nitrate d’argent à 5 % par de l’ammoniaque en quantité rigoureusement suffisante pour dissoudre le précipité formé. Ce réactif est très sensible surtout à chaud, mais, comme celui de Mermet, n’est pas exclusif et se modifie au contact d’un grand nombre de corps réducteurs.

M. Gautier (2) signale encore divers corps pouvant annoncer la présence de l’oxyde de carbone, tels sont : l’acide chromique, le permanganate de potasse, l’acide iodique, l’oxyde d’argent humide et enfin le chlorur.e d’or, ce dernier paraissant devoir être préféré si l’on a soin d’éliminer les causes d’erreur.

Avant de passer au dosage de l’oxyde de carbone, il y a lieu de mentionner la méthode de Vogel, d’ordre physiologique; on agite avec une goutte de sang diluée dans l’eau, le gaz incriminé, on y ajoute quelques gouttes de sulfure d’ammonium et on recherche au spectroscope ies bandes d’absorption. Cette méthode permet de déceler la présence de 2,5 à 4 millièmes d’oxyde de carbone dans l’air.

Le dosage de l’oxyde de carbone dans l’air peut être réalisé par deux méthodes :

1° Méthode physiologique et chimique;

(1) Comptes-rendus. T. CXII.

(2) C.-R. CXXVI, p. 87t.

2° Méthode chimique.

La première méthode employée par divers savants, notamment M. de Saint-Martin (1), a été dans ces dernières années l’objet d’une étude complète de la part de M. Gréhant (2).

Ce savant a montré que, si un animal respire pendant une demi-heure divers mélanges d’air et d’oxyde de carbone, les quantités de ce dernier gaz, fixées par le sang, sont proportionnelles à la teneur de l’air en gaz toxique.

Les gaz sont extraits du sang au moyen de la pompe à mercure et analysés dans le grisoumètre de Coquillon, auquel l’auteur a fait subir quelques modifications.

La méthode chimique repose sur une réaction indiquée par M. Ditte (3) et concernant l’action réductrice de l’oxyde de carbone sur l'acide iodique, avec mise en liberté d’iode et formation d’acide carbonique.

Cette réaction fut utilisée tout d’abord par MM. de la Harpe et Revèrdin (4), qui montrèrent que sa sensibilité est telle qu’on peut qualitativement reconnaître l’iode par l’empois d’amidon, en faisant passer sur l’acide iodique à 150° de l’air renfermant 1/50.000 et même 1/100.000 d’oxyde de carbone.

Plus tard, M. Armand Gautier (5) eut également recours à cette réaction. Son procédé consiste à faire passer l’air suspect sur de l’anhydride iodique et à doser l’acide carbonique formé, M. A. Gautier a pu ainsi retrouver l cc d’oxyde de carbone dilué dans 10 litres d’air.

Enfin, M. Nicloux (6), partant toujours du même principe, préfère doser l’iodure de potassium en employant le procédé donné par Ilabourdin (7) : mise en liberté de l’iode de l’iodure

(1) Comptes-rendus. T. CXXVI, p. 1036.

(2) Les gaz du sung. Encyclopédie des aide-mémoire.

(3) Bull. Soc. Chlm. T. I, p. 318 (1870).

(4) Bull. Soc. Chim. (3). T. I, p. 163 (1889).

(5) Comptes-rendus. T. CXXVI, p. 793, 931..

(6) Comptes-rendus, T. CXXVI, p. 746.

(7) Comptes-rendus. T. XXXI, p. 784 (1850).

de potassium, par l’acide sulfurique nitreux, dissolutioni de l’iode dans un; volume connu de chloroformes et comparaison , de la teinte ainsi obtenue, avec celle que l’on obtient dans- less mêmes conditions avec une solution titrée • d’iodüre de potassium.

Cette méthode permet, selon l’auteur, d’évaluer uue proportion d’oxyde de carbone, variant entre, 1/1.000 et 1/50.000.

D’après M. Gautier (1) elle ne serait pas à l’abrii de critiques, et ce savant a tout dernièrement modifié le procédé de la façon suivante (2) :

« L’air, préalablement filtré dans un tube étroit garni de coton de verre, est lâVé dans un peu de lessive de potasse, puis passe sur une courte colonne d’hydrate de baryte, et se sèche sur de l’acide phosphorique anhydre. Aussi, privé dë : ses poussières, de ses gaz acides et de son eau; il circule succès^ sivement dans des tubes de verre liés entre eux sans caoutchouc, grâce à uu rodage parfait, et placés à la suite dans uue même étuve à air chaud à 100"-103 H . Le- premier-de-ces tubes est rempli d’anhydride iodique, le secoud renferme ünfccolonne de cuivre pulvérulent réduit dé son oxyde.

» Si on faijt passer à travers cet-appareil 1 200 litres d’air au moins, l’oxyde de carbone tout entier et une partie des hydrocarbures s’y sont oxydés. Il en est résulté de l'acidecarbonique et de l’eau que l’on pèse avec soin. Le poidsd’oxygène qui leur correspond est facile à calculer. D’auffe part, la pesée de l’anhydride iodique indique, après l’expérience, uue perte de poids qui, diminuée de celle de l’îode fixée sur le cuivre, donne exactement l’oxygène cédé par cet anhydride. Ce poids est, par rapport à celui de l’oxygène, calculé d’après la totalité de l’eau et de l’acide carbonique produits, inférieur de tout celui de l’oxygène apporté par l’oxyde de carbone.

Si l’ou multiplie cette différence d par le coefficient 1 ,‘75

(1) Comptes-rendus. CXXVI, p. 793.

(2) Comptos-rendus. CXXVI, p. 1299 (1898).

(rapport du poids de l’oxygène O au poids du GO correspondant) on aura le poids de l’oxyde de carbone contenu dans l’air analysé ».

On voit par tout ce qui précède quelles difficultés présente le dosage de l’oxyde de carbone dans l’air et cependant cette évaluation mérite au point de vue hygiénique d’ôtre elïectuée, surtout dans les centres industriels où la production de ce gaz est partièulièrement abondante.

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