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L'attentat Fieschi

Un Livre à faire. — La volonté du peuple. — Capeluche. — Similitude. — La ligue. — La terreur. — La postérité de Caïn. — Indulgence coupable. — La vertu des régicides. — Auguste Blanqui. — Ses états de service. — Les incendies prémédités. — Un lever de rideau. — Le parti républicain en 1835. — Les républicains modérés. — Les révolutionnaires. — Leur république. — Le génie de la liberté. — Quels services les régicides de 1835 auraient rendus k la Commune. — Légende et réalité. — Conseils à demander à. l'expérience.

Les Ancèfres de la Coiinniine: Sous ce litre, il y aurait à faire uu livre curieux dont tous les éléments sont dispersés dans nos annales ; il suffirait de les réunir et de les grouper pour prouver que, plus d'une fois, au cours de notre histoire, des hommes de volonté perverse et d'instincts mauvais ont essayé d'installer à Paris un pouvoir sinistre, analogue à celui dont nous avons été les témoins désespérés en mars, avril et mai 1871.

Les aspirations sont identiques, la formule peut en varier selon les époques, mais le fond est le même ; il n'est i)as jusqu'aux mots (jui ne se répèlent avec une ndieust' monotonie. Lors(|ue, le '■lH février 13oS, le Dauphin de France, celui ([ui fui Charles le Sage , vit massacrer à ses côtés les maréchaux de Champagne et de Normandie, il fut obligé de s'entendre dire par Etienne Marcel : « Ce qui a été fait est la volonté du peuple. » Déjà, au moyen Age, la faction révoltée, la bande de l'insuricction et de l'assassinat, absorbait en elle la nation tout enlièii' et se proclamait exclusivement le peuple.

Les maillutins de li^.si ne sont-ils pas, eux aussi, semblables ;\ ceux que l'on a ilélris du nom de communanls? El, le l'J juin Itls, (juand maître Capeluche, le bourreau de Paris, mène ^^e^ égorgeurs h l'assaut (h's prisons; lors(|uil met à mort les pleins, les magistrats, les hommes d'armes, sous prélcxle (|ue ceux-ci snulicnnciil le parti d'Armagiiar; liirscpic ces houles sanglantes s'étalent au grand jour, snus les yeux dos Anglais qui ravagent la France, ne croirail-on pas assister au meurtn- de M. Honjean, de M*^'Darboy, de M. Deguerry et de tant d'autres gens de bien, meurtre san.H excuse possible, anunipli en présence des Allemands \ictorieux (|ui regardaient brûler l'aris?

Ces aïeux des furibonds sans principe et sans programme qui dirigèrent la Commune de 1871, l'histoire les retrouve pendant la Ligue , à nos plus mauvaises heures , lorsque les bandits malfaisants enivrés de la frénésie des moines, soudoyés par l'Espagne établie au cœur même de Paris, tuent à tous les carrefours, brûlent les maisons et arment Jacques Clément.

L'histoire les voit encore grouiller dans lesprinpales journées de la Fronde et rester impuissants, parce que les intérêts qui s'agitent entre les princes ne peuvent descendre jusqu'à eux; mais ;\ la fin du siècle dernier, dès que la Révolution française commence à dévier de sa route, lorsqu'elle veut saisir trop rapidement, et par la force, les conséquences des prémisses posées pendant la fameuse nuit du i août, on les reconnaît à leurs œuvres ; ils sont aux massacres de septembre ; en braillant le ça ira, ils escortent les « fournées de la Terreur » ; ils applaudissent le i22 prairial lorsque la loi est prise de démence furieuse; en juin 1793, au milieu de la Convention envahie, ils portent la tète de Féraud au bout d'une pique (1). Ces hommes, dont l'histoire a enregistré les crimes, que nos pères ont connus et su-

(1) Ce fut Boucher, niareliand de vins, qui assassina Kéraud, et ce l'\it Tinel qui porta sa tète: ils furent exécutés tous les deux le t; prairial an UI.

bis avec horreur, nous les avons vus aussi régner dans Paris stupéfait de leur audacieuse bôtise et débilité par les souffranres d'un siège de cin([ mois; nous avons eu ;\ supporter la mOine phraséologie, les mêmes insanités, les mômes violences, les mêmes attentats.

Les hommes (le ! lis, di» la Ligue, de septembre 1792 peuvent, à travers l'histoire, embrasser les hommes de ISTI ; reux-ei sont bien leurs lils légitimes; r'est la postérité de Caïn.

L'étude que j'oflVo aujourd'hui au public ne traverse pas toutes ces périodes histori(iues; d'autres, j)lus di^'ues (juc moi d'un Ici labeur, l'cnticprendrctut ijciil-clrc un jour. .\ clia(|uc heurt' ^uflil sa tâche; je n "ai vitulu paiici- (|uc des fails. pnur ainsi dire, contemporains ; je me suis limité à l'histoire dont les témoins Nivent encore, et j'ai raconté le grand crime «jui domine tout le régne de Louis-Philippe.

Par une étrange perversion morale, on a une certaine propension à umm de (|uel(pu' indulgenre envers l'homme <|ui nuit à la colltclixité el :\ èlre plus sévère |)our ctdui (|ui, rra|»panl l'individu seul, ne compromet pas les intérêts généraux. Celte lai.'on de raisonner me semble faite au rebour^ du boii >ens, ear liMi nu- parait liieii plus coupable tpie l'aulre. Iioppuiann tue >cpt personnes pour s'emparer d'une einijuanlaine de

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mille francs; qui donc songerait à l'excuser? Morey, un vieux fanatique obtus, arme, surveille Fieschi, par lui massacre dix-huit personnes, en blesse vingt-deux et cherche à précipiter le pays dans un effroyable bouleversement; Alibaud tend au même but en essayant d'assassiner Louis-Philippe; Morey et Alibaud ont des admirateurs; plus d'un historien sérieux, qu'il serait facile de citer, a chanté leurs louanges et parlé de leur « vertu». Un homme incendie une maison habitée : il est condamné à mort, par application de l'article iIJi du code pénal, et nul n'élève la voix en sa faveur; des meurtriers, gorgés d'absinthe, versent du pétrole sur nos monuments, détruisent à jamais les documents de notre histoire, fusillent, sous prétexte de représailles, les plus honnêtes gens du pays, et il se rencontre des personnes, — animées d'excellentes intentions, — qui invoquent les cii'constances atténuantes, introduisent la question politique là où elle n'a que faire et réclament la clémence au nom de la justice et de la raison d'Etat : ce qui reviendrait à dire que plus les résultats d'un crime peuvent être ou sont graves, moins le criminel est coupable (1). Je n'ignore

(1) Bien des gens croient encore qvie Vincendie allumé par les communards fut une œuvre spontanée, désespérée et inspirée par les besoins de la défense ; c"est là une erreur que les faits démentent. Le projet était formé depuis longtemps ( voir Procés-verbau.c ilfs

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pas que la commisération est une vertu primordiale, mais je sais aussi que les amnistiés de 1837 ont fait les émeutes du mois de mai 1839.

Les rêveries funèbres au nom desquelles les révolutionnaires, par principe, croient avoir le droit de mettre la civilisation h sac, subsistent et ne se dissiperont point parce que toute condamnation méritée sera regardée comme non avenue. Auguste Hlan(|ui a été gracié et amnistié plusieurs fois; il était derrière Fieschi, il était iilinsurrection de 1839. il éUiil au io mai I8t8, il était au 31 octobre 1870, il était partout où la destruction sociale essayait son (ruvre.

(Ici .\ugu>tc Hlaufjui, sorte de C;irtouche pnlili- (juc qui aime Témcutc pour l'émeute, comme l.acenaire aimait le meurtre pour le meurtre, est le type même de ces iucttrrigibles (jue leur cervelle mal d'a|)lomb pousse toujours vers les attentats ;\ la sécurité et ;\ la liberté de tous. Le relevé de ses rtnis fie sfrvirr prouvera (|ue l'iïululgence et la sévérité sont impuissantes ;\ ramener au bien certaines natures dont le trouble psychologique relève des successi'urs de IMn«'l et d'Ks(|nind. Né le 1" r<''Mii'i' iso.'i À l'iiL'cl-Thcnieis. dans les .\lpes-

tfamc^ê lU yuui 1 1 H< nnHt lit- lu ilifrittr nuliitmilf. p. 82) ; ?7 imvriiilirt» IH70 t • l'n i1Ap<'>til«< H,(MMt iHiiiilM»* au |M<trol« ••lait itiirnalé al la t.içmf r^pmhhraiiu- à imlramef avait iIkcIbd^ qilo i'arl* «Invait ^tri< i>r\\\é uu a|ipartnnlr aux pruUtalra*. '

Maritimes, Auguste Blanqui a été condamné le 12 janvier 1831, par la cour de Versailles, à un an de prison pour insulte aux magistrats; le 12 janvier 1832, il est condamné, à Paris, pour cris séditieux et complot, à une année d'emprisonnement; le 1 1 août 183H, il est condamné à deux ans de prison pour fait de société secrète {Société des familles) et fabrication clandestine de poudre ; il béniflcic de l'amnistie du 7 mai 1837 et recouvre la liberté ; le 31 janvier 1840, il est condamné à mort par la cour des pairs, pour l'émeute des 12 et 13 mai 1839, qu'il avait suscitée et dirigée; le 4 février i8i0, sa peine est commuée en celle de la déportation perpétuelle; la révolution de 1848 ouvre les portes de sa prison; le 2 avril 1849, il est condamné à dix ans de détention pour complot contre la sûreté de l'État (affaire du 15 mai 1848); le 17 juillet 1861, il est condamné à quatre ans d'emprisonnement pour affiliation à une société secrète. 11 est le promoteur des tentatives insurrectionnelles du 17 août (1), du 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871 ; après le 18 mars, quoique absent de Paris, il est nommé membre de la Commune, pour le vingtième arrondissement, par

(1) Dans In numéro du 17 septembre! 1870 de la Patrie en danger, A. Blanqui a revendiqué l'honneur d'avoir provoqué cette tentative insurrectionnelle dont les frais (18,0(10 i'raucs) ont été faits par uu révolutionnaire nonnné Gran^rer.

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13,859 voix sur 16,79ivutanls et !20, 960 inscrits; \c 29 avril 1K7'2. le sixirnu' cmiseil de jîiiorix' le rondamne à la dé|)nrlati<»n dans une i-ncointe fortifiée pour participation anx r.iil> dn '^\ mtobro 1S70; le "îl mai tST'i. le juj^cnionl est confirmé. Dix-huit années de prison, deux condamnations perpétuelles, une condanmation à mort : voilù, certes, une existenci' bien remplie.

Parmi les liommcs (pii ont trôné à l'hôtel de ville pendant l'orgie de la C-onunnne. il en est un chez lecpw'l lut saisie, an mois de janvier IST I . une lettre dans huiuelle on peut lire : <« La Hépnl)li(|ne de IK7I ne sera pas connue celle de iS et de 9.1, où ont c<julé seulenu'ut (piehiues gouttes du sang des riches; on tiendra compte, et grand compte, de leurs infamies; il faut un exemple ; (jue ce soit la terreur! Prolétaires, votre tour est venu, levezvous! Vous avez des arnu's, ;\ vous la lorehe! Laisserez-vous dehout les |)alais et les chAfeanx? lue rue ne sera-t-ellc pas tracéi- àlraveis les Tuileries et le Louvre? Le pétrf)le peut couler au hesoin dans les rues de Paris. » Co nn^me homme que l'on eftt pu croire affolé par «les circonstani'cs exceptionnellement douloureuses, n'rn était imiiil à son coup d'fss.ii (Il lait de projets pareils. Dans ce» annéi's de sduniolciH-c générale, (pii précédèrent en France la révolution de février, vers Islt», il alla trouver Arm.ind .Marrasf. (pii élail alors ré-

dacteur en chef du National, et lui dit qu'il avait enfin trouvé un excellent moyen, très-.simple et très-pratique, de se débarrasser de Louis-Philippe. A une question de Marrast, il répondit : « Rien n'est plus facile : nous mettons le feu à la grande galerie du Louvre, — la galerie des tableaux, — et, grâce à l'incendie, nous pourrons parvenir jusqu'au roi. » Le vieux dramaturge conspirateur, qui avait imaginé ce dénouement, fut très-surpris lorsqu'il entendit Armand Marrast lui répondre : « Tu es fou! »

Les hommes de cette espèce, ces porteurs de torches, ces chantres de « la petite balle », ont eu des ancêtres dignes d'eux dans notre histoire contemporaine ; j'ai cherché ceux-ci et je les rencontre dans Morey, dans Fieschi, dans Pépin, dans Boireau, dans tous ceux qui ont préparc, exécuté l'attentat du 28 juillet 1835; et je les trouve aussi dans ceux qui, connaissant le plan des assassins, ne l'ont ni déjoué, ni dénoncé, et se sont, au contraire, mis en mesure d'en profiter pour se ruer au pouvoir et réaliser leur cauchemar p(»li(i(iue. L'attentat Fieschi est une sorte de prélude Idiulain de la (^omnmne : en termes de théâtre, cela s'appellerait un lever de rideau.

A cette époque, en 1835, cinq ans après la révolution de Juillet, en pleine monarchie, le titre de républicain n'était point positivement à la

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mode, et on rappli(|uait, à tort et à travers, à des hommes dont le but était din'érent. Parmi les adversaii-es de la royauté eonstitiitionnelle, il faut compter d'abord et dégager de toute participation à des faits analogues ;\ ceux de la Commune, les républicains doctrinaires. Pour ceux-ci la forme «lu f;ouverneineut était la plus sérieuse préoccupation; ils se seraient volontiers accommodés de toutes les allures de la monarchie, pourvu que la dénomination fCit républicaine. Ces hommes étaient <le sim|)K'> ambitieux, (|ui voulaient le pouvoir pour le pouvoir; (|ui. une fois nanli> de la puissance, nauraienl i-eculé devant aucune mesure rcactioniiaiie afin de le consciver. Ils ont eu leur jour; après la révohilicni de Isis, le i^uivoir leui- a|)pailint; ;\ leur tour, ils se déclaiérent ■< satisfaits .. cl ne lentièrenl dans l'opposition (|u'aprés l'avoir perdu. Ces hommes, (jue la locution vulgaire ai)pelle justement des ré|)ublicains modérés, ont gouverné la Fran<'e honnélemenl. médiocrement, sans éclat connue sans douunage; ils ont été et sont sans périls. Ils savaient assez l'histoire pour ne pas ignorer «|ue tout pouvoir légilime est issu d'une usur|)atiou, cl icpcndant ilsontpr-ollté de la violence daulrui plutôt «piils n'ont été violents eux-mêmes.

Il faut bien se garder di' les confoudrc avec les hommes ijiii révcnl de se saisii' brutalement du

pouvoirafin de combattre plus facilementla société, qu'ils ont en haine, parce que leur insuffisance n'a pas trouvé à s'y créer une place en rapport avec leur vanité. Ils se soucient fort peu de la forme ; ils évoquent la liberté de tout faire pour eux seuls, régalité des autres devant la souffrance, la fraternité de la confiscation et des exécutions sommaires. Nous avons vu les uns et les autres en action, maîtres de la place et cherchant à diriger les destinées du pays; les premiers n'ont été coupables que d'incapacité; les seconds sont ceux qui ont chargé la machine infernale de Fieschi etdont nous avons compté les galons, les panaches, les décrets, les incendies et les meurtres pendant la Commune de 1871.

Les uns sont républicains par conviction ou par intérêt ; les autres sont révolutionnaires par tempérament ou par envie.

La République, comme ces gens la comprennent, n'a rien de commun avec celle qui s'est évanouie au coup d'État de décembre ISol , ni avec celle dont la naissance légale date du Tô février 187o ; c'est là un gouvernement qui ne plaît pas à tout le monde, mais qui offre du moins des garanties derrière lesquelles on peut s'abriter; le reste, comme dit notre proverbe, est alfaire de goût qu'il ne faut point discuter.

La République que les cnergumènes ont aper-

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(;iie à travers les songes do leur ignorance et de leur infntuation est un despotisme insupportable, destiné à faire j)réval«iir de prétendues réformes sociales (|ui entiaineraienl infaillililemenl la ruine universelle; ne sachant (juel nom donner à ce >y>lème <lc dcprcssidn et d'ellnndremenl, ils l'appellent républicpie, à peu près comme la l<»i du tJi prairial a, eu 179i, été appelée une l<»i pénale, (k'tlc républif|ue, «huit la trinité pourrait être Marat, Hébert et Ualxruf, faisait horreur au temps de nutn enfance; elle avait, dans son passé, les souvenirs de la Terreur, des noyades de Nantes, des mitraillades de Lyon, et cela ne semblait pas sjifii^anl polir l.i Wiiiv aimer: aujourd'hui, il n'en est plus tout ;i fait aiiiNÏ. el comme elle a inscrit à son avoir riusuriection (|(> Juin , la Commune de IKTI, le massacre des otages, rincendie de Paris, cela satisfait les plus difiiciles. Ia's um^ cm parlent av«'c regret el d inities a\ec es|)érance. On est indulgent pour ces actes horribles; on plaide je ne sais quel droit de légitime défense, et ceilaines rf»nsciciice> mmiI tellement atrophiées, (jné l'on essayi' de réhabiliter ces Mdgaires crinjineK. enniine en iHil.'i et en \HM on a tenté l'apothéose do Mori'V el d'Alibaiid. Ceci serait puéril, si ce n'était odieux, et si nous ne savions (|ue les gen^ de la Cotnniune .itlendent im|)atien)ment ce ((u'ils nomment la icxanche.

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Le supplice de Morey, de Pépin, de Fieschi, n'a découragé ni Alibaud, ni Meunier, ni Darmès, ni Ouénisset. La répression de l'insurrection du 18 mars 1871 et de ce qui s'en est suivi n'a fait qu'exaspérer jusqu'au délire des cerveaux atteints d'envie purulente. 11 me semble, depuis ces jours néfastes, que le flambeau dont le génie de la Liberté est armé au sommet de la colonne de Juillet a terriblement l'apparence d'une torche incendiaire ; heureusement que le soubassement du monument est assez large pour pouvoir loger une compagnie de pompiers : c'est là une précaution qu'il ne faut point négliger de prendre.

L'attentat de Fieschi, que je vais raconter avec quelques détails, n'a pas été un fait aussi isolé (jue l'on a bien voulu essayer de le faire croire ; il a eu des prémisses, il aurait eu des conséquences, produites les unes et les autres par l'action des sociétés secrètes, par les prédications l'égicides où se complaisaient les exaltés de 183.'). (•(jmme la C(jmmune, sortie des réunions publiques de la lin du second empire, a été le résultat de la propagande ultra-révolutionnaire qui se clabaudait à Paris pendant que les armées allemandes affamaient la ville. Si Fieschi, Morey, Boircau, Pépin et bien daulres avaient encore vécu à cette épocjue dont ils furent les énergi(|ues précurseurs, ils eussent trouvé là lui (héàti'e à

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k'iir taille et digne du rùle qu'ils auraient aimé à jouer. Morey, homme dexpcrienee, aurait pu donner d'utiles cousi'ils, et Fieschi, homme d'exécution, eût rendu d'inappréciables services. Que n'auraient-ils pas fait, tous deux, pour bien employer les huiles minérales et les matières cxplosiblcs que la science, — trop tardive, — a découvertes depuis leur mort? Ils ne sont plus, ceux que la (^onHnuiic a dii regretter et dont clic eût si bien ulili>é les grandes facultés méconnues par la monarchie; contentons-nous de raconter leur histoire en l'éclairant do toutes les lumières que nous ont prêtées les documents originaux.

Nous r»ul)lions vite en France; nous rentrons facilement dans les voies déj;\ parcourues et où nous avons rencontré les désastres cl I.i iiiine. Esl-re paice que nous sommes légers, comme on le prétend? est-ce parce que nf)us sommes doués d'une manstM'tude inaltérable? je n'en crois rien; c'est peut-être, — je le dis tout bas, — parce que nous sotnmes un tantinet ignorants. La surface de> faits nous suftil, nous n'allons |)as au fond : — un<' épouvantable catastro|)he se produit, ten- Uilixe de régicide, qui jette (|uarante-deux \'u'[\ines sur le paNé. eli;ieun est saisi d'horreur; peu à peu rimpi'essjiMi s'efface; on parle de cet " accident >» ; c'est l'ii'uvrt' d'un u.ssassin «le pr«)fcHîtion. d'un ■ siciiire .. is(dé ; il n'en r«"*le pas

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plus dans le souvenir. La légende se forme, la tradition s'impose ; la corrélation du crime avec les actes antécédents, le but que les assassins avaient entrevu au-delà de l'explosion de leur machine infernale, la cause môme du crime et les effets auxquels il espérait atteindre, sont oubliés. Un nom reste, — celui de Fieschi, — chargé de l'exécration universelle, et cela suffit.

Non, cela ne suffit pas; et nous croyons qu'il faut, après plus de quarante ans écoulés, rappeler toutes les scènes de ce drame lugubre afin de demander quelques conseils à notre propre expérience; c'est pourquoi, prenant comme point de départ un souvenir tout personnel, nous avons écrit cette étude qui ne sort pas de nos travaux familiers, car elle a pour sujet un des épisodes les plus émouvants de la vie intime de Paris.

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