LES RÉGICIDES
XLYI (novembre 1837). C'est du régicide à haute dose : <( C'est à Louis-Philippe seul que nous devons nous en prendre : il est coupable du crime de lèse-progrès, de lèse-peuple et de lèse-humanité ; lui seul a fait obstacle aux glorieuses secousses des trois jours qui doivent ébranler le monde. — C'est à lui que nous devons nous attaquer. Les gens de sa race, les gens de sa suite viendront après. » — Soutenu par des cotisations occultes et peut-être même par des subventions étrangères dont l'origine n'est pas certaine, le journal paraissait à intervalles irréguliers, toujours violent et émettant des maximes dans le goût de celle-ci : « Le régicide est le droit de l'homme qui ne peut obtenir justice que i)ar ses mains. » {N° G, mai 1S38.) Dans le même numéro, on peut lire : <i L'homme de bien qui se sent de la force est juge souverain de la vie ou de la nimt du tyran. Le tyran, qui ne se fait faute d'aucun crime contre le peuple, doit, à défaut de la Providence qui n'existe que pour les sots, rencontrer enfin un homme qui le traite selon ses univres. » Et encoi-e : « 11 est sans doute beau d'être athée, mais cela ne suffit i)as; il faut encore se pénétrer de la nécessité que le devoir impose de faire disparaître les rois et les royaumes. » — Le Momleur ri'iiuhUcain fut remplacé au mois d'août tS8S par YHiiinme libre, journal franchement babouviste.
26S LES REGICIHES.
oir rimnminnutnirp, ainsi que lo disait le jari^nn radical (lu moment. Celte transformation ne porta point bonheur ù cette trazette immonde. Le '29 septembre IS88, un commissaire de police se fit ouvrir la porte d'un appartement situé rue de la Tonnellerie, n° 53, et saisit la copie, la presse cl la composition. Les rédacteurs de ce journal, dont le vrai titre eût été : « le Moniteur de l'assassinat », étaient quelques amnistiés, parmi les- (|uels on comptait nn ouvrier typographe nommé Martin Bernard et deux hommes qui avaient reçu les confidences de Pépin : Hlancjui et Harbès.
Ces trois maniaques ne s'étaient pniiil contentés de « jeter leurs pensées sur le pai)ier » ; ils avaient agi plus prali(|uement, et avaient promplemenl profité de leurs premiers jours de liberté pour organiser une nouvelle société secrète, la Société des Saisons, qui était distribuée sur un plan assez ingénieux, dont tout rhonneur revient à lUan(|ui. Un homme était nn Jour, six hommes étaient une semaine obéissant :\ un dinruir/ie : cpiatre semaines r<»rniaient un mois commandé par un juillet; trois mois composaient une saison placée sous les ordres d'i/;» printemps: (|ualre saisons constituaient une année sounuse au pouvoir souverain d'un agent révidulionnaire. (îe fut la Société dis S<iisons (|ui " donna » pendant les éiiH'iilf» du li il du II m.ii IS.'l'i; ses trois années '
LES REGICIDES. 269
étaient alors Blanqui, « commandant en chef des forces révolutionnaires », Armand Barbes et Martin Bernard.
Brisée par le procès relatif à cette insurrection, par la condamnation des chefs et de la plupart des sectaires, la société se reforma tout aussitôt sous le titre vague d'Association des travailleurs. Le but qu'elle poursuivait était le même; on eût dit que « la grande âme de Morey » planait au-dessus de ce ramassis de meurtriers. Meunier, qui essaya d'assassiner Louis-Philippe en 1.S37, avait appartenu à la Société des Familles et était désigné par Blanqui, comme un homme sur lequel on pouvait compter; Darmès, qui, le 15 octobre 1841, tira sur le roi et répondit aux premières questions : « J'ai voulu tuer le plus grand tyran des temps anciens et modernes » , Darmès était membre de VAssociatio?i des timvailleurs à laquelle il avait été initié par un nommé Borel. Une société de Communistes révolutionnaii-es, une société dite des Égalitaires, s'étaient constituées en dehors de l'association et formèrent deux groupes peu nombreux où l'on prêchait ouvertement la destruction complète de la société, afin de la « rebâtir sur de nouvelles bases ». Là aussi le régicide était considéré comme un devoir, et c'est d'un de ces groupes que sortit un assassin qui, ne parvenant sans doute pas ;\ attaquer directement le roi,
27(1 LES REGICIDKS.
essaya ilo Iikt un (ii'> lils do ('(.'liii-ci, pour « sauver le piùneipe ».
Le 13 septembre tsid. au moment où le duc d'Orléans l'I le tluc de Neninuis descendaient le faubourg Saint-Antoine, en faisant escorte à leur frère le duc d'Aumale qui revenait d'Algérie à la tùle du 17" léger, dont il éliiit le colonel, un ouvrier scieur de long, nommé Quenisset, tira un coup de pistolet inutile sur le groupe formé parles princes. tk> (juenisset, qui était un homme lourd et sans portée dans l'esprit, avait été condamné ;\ quelcjues jours d'emprisonnement pour avtiir pris part à une rixe entre camarades de chantier échaulTés par le vin. 11 avait subi sa peine j\ Sainte-Pélagie, une de ces hideuses prisons l'ii comnuin où le crime est professé par des hommes passés maîtres en l'art du méfait. (Jnel- «pifs cnergumrncs p(diti(iues ne mantinèri'iil point cette occasion de faiie une nouvelle recrue; l'éducation politique «le (Juenisset ne fut point lente: on lui e\|)li(pia sommairement qu'il suffisait, pour être bon patriote, de « tout chambarder »; le j)auvre homme, qui était fort béte, SI' laissa endoctriner, entra dans la SunVtr des /ufdlitaircs et tomba iumiédiatemeiit dans le irime(l).
(Ij l'artiii In* lculaUv«« <raiiaa«iiiiiat .jui furent iliriK<^oii l'oiitni l.4iul<-i'bili|itw. il eu nul une. |>r>u cniiniio, qui iiivrite d'«'tr«! r.iiMiitutt.
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L'Association des travailleurs, les Communistes révolutionnaires, les Égalitaires ne représentaient que des forces disséminées et sans action de propagande. Les vrais chefs des sociétés secrètes, — Blanqui, Barbes et Bernard, — étaient reclus dans des prisons d'État; quelques âmes, peu portées au bien, voulurent ressaisir ce glorieux héritage, afin de perpétuer les saines traditions du régicide et de l'émeute; les trois groupes furent fondus en un seul, que l'on nomma : les Nouvelles Saisons, en mémoire des fondateurs, actuellement martyrs de la tyrannie et victimes de leur dévouement pour le peuple. Cette société se fractionna, car elle était composée d'individus dont le degré d'impatience n'était pas égal ; les plus violents se détachèrent et formèrent la Société dissidente. C'est la Société des IVouvelles Saisons et la Société
Vers 1814 uue caisse l'ut expédiée aux Tuileries par une maison de roulage ; elle portait une inscription minutieusement explicative : Pour le roi seul, pour être ouverte par lui ; secret d'Etal. Cela ne parut pas net et la caisse fut envoyée à la Prélecture de Police où Ton s'imagina qu'elle contenait une machine infernale. Gabriel Delessert ne voulut laisser à nul autre le soin de l'ouvrir ; malgré le danger auquel il croyait s'exposer, il fit sauter les planches du couvercle k l'aide d'un ciseau et d'un marteau. — La caisse renfermait quatre serpents à sonnettes, roulés dans des couvertures et fort heureusement engourdis par le froid. Les crotales furent adressés au Jardin des plantes et figurèrent longtemps dans la collection des ophidiens avec la mention : donnés par M. Gabriel Delessert, préfet de police. La caisse venue de l'Amérique du Sud était arrivée à Bordeaux et avait été acheminée sur Pîwis ; c'est là tout ce que l'on put apprendre de cette mystérieuse histoire.
■2'2 LES REGICIDES.
fli'ssidente qui, prolitanl ilu mouvement déterminé par les ambitieuses niaiseries de M. Odilon Barrot, liront ellurl, au mois de février 1848, pour amener enlin le triomphe d'une révolution que l'on avait en vain cherché à imposer par les insurrections, les émeutes et les assassinats. Un hasard, «jue nous avons raconté ailleurs [[), lit craindre la victoire possible d'une poignée de malfaiteurs politiques, que la Franco rejeta avec dégoût aussitôt (juelle les eut vus ;\ l'd'uvre, ;\ la journée du 15 mai et pendant l'insurrection de juin. Les élections pour la Constituante, pendant lesquelles le suffrage universel parla sans contrainte et dit toute sa pensée, leur prouva qu'ils n'étaient jioiiit les maîtres et que leur temps n'était pas encore venu.
S'ils avaient été les maîtres, >i le parti conservateur au(iuel incombe — sous peine de périr — le devoir de protéger les intérêts sociaux qui sont la sauvegarde de la nation tout entière, du plus petit Connue du plus grand, du plus riche tommo (lu |»liis p;ni\r»' d'entre nous, si le parti cijnservatcur s'était clfaré on endormi ; s'il avait ali(li(|ué par peur ou par indillérence, «jue serait-il advenu? quel [gouvernement eût élé infligé A notre pays, (juelles modi(l«'alions essentielles eussent été up-
(1) Voir Soueenin dt liiHHi'e I8IH ; HachoUo ; l'arli, 1A76.
LES REGICIDES. 273
portées aux relations des hommes entre eux ; comment ces vétérans du régicide et des sociétés secrètes, ces admirateuis de Morey, ces amis de Pépin, ces complices inconscients de Fieschi auraient-ils usé de leur victoire? p]tait-ce de simples perturbateurs mus par le besoin de destruction qui tourmente les âmes envieuses? Était-ce réellement des philosophes animés d'idées pratiques et rêvant sincèrement la rénovation de la vieille humanité? Nous pouvons répondre, car nous possédons le texte même de ce programme mystérieux dont l'application devait rajeunir la face de la terre; le lecteur jugera lui-même si cette pitoyable rapsodie a jamais valu une seule goutte du sang que ses auteurs ont fait verser, en s'appuyantsurl'horrible doctrine qu'ils ont appelée eux-mêmes « la légitimité du but ».
L inFL\L RFTOLUTIONNAIRE.
L« groupe socialisto-coiniiiuiiistc. — Divergoace eutre les politiques ft les socialistes. — Réunion k I.onilres. — I^ Code nouveau. — Rapport il la Sociétà démocratique française. — Participation k l'éducation, uu travail, au (-juvoir, aux jouissances. — Triumvirat. — Définition des mot& rt-rolulion et rrrolulioniiairr. — Ce que devra faire le gouvernenn^nt révolutionnaire. — L'organisation du travail. — L'enseignement. — Vieilleries du xviii* siècle. — Projets financiers.— Conclusions du rapport adoptées h l'unanimité. — Hostilité des politiques et des socialistes après la victoire , alliance après la défaite. — Le docteur Uecurt en 1848. — l.'i mai. juin 1«««; 4 septiMiibr»', 31 octobre 1870. — Le 18 mars 1871. — Les [Mïtits-flls des assassins de 183.'i. — Il faut honorer leK ancêtres.
Apr6s l'altenUit «lu lis juillet, mms l'avons dil, 11' groupe (ioediiuiire et ])iilili(|iie (|iii avait (liri|.;(> la Société des dritits di- riiniiinie se désagrégea, s'affaissa et disparut pies(jue coiU|)l('tenu'nt. Il ne se signala plus tjue |)ai- l'Apreté de sa p<démi(iuo dau!» lus Journaux de l'opposition. (Vcsl alors que le groupe socialisle-eoiunuinisle se forma pour obtenir par la violence, non pas comme les répuhlirains dortiinaires, la sul)>litutiou d'un gouNcr-
nement à un autre, mais la substitution d'un Etat social à un État social. Ce groupe regardait peu à l'étiquette ; république ou monarchie ne lui importait guère ; ce qu'il voulait, c'était le nivellement général, la destruction des fortunes et la main-mise sur tous les biens, au profit de l'Etat qu'il eût gouverné. Ce groupe, — qui aujourd'hui se nomme Légion, — est d'autant plus dangereux qu'il est exclusivement composé d'hommes volontiers portés aux moyens extrêmes, d'une ignorance fabuleuse et rêveurs. Le côté pratique des choses leur échappe complètement, et ils croient, avec une naïve outrecuidance , qu'il suffit d'un décret, libellé par eux, pour modifier les instincts de la nature humaine, les aptitudes d'une nation et les coutumes traditionnelles d'un peuple.
En 1837, aussitôt après l'amnistie, en 1838, dans les conciliabtdcs secrets où l'on agitait les destinées futures de la France, où l'on osa même proposer une Conscription pour la prostitution, comme il en existait une poui' le service militaire, dans ces séandes occultes où l'on passait en revue les doctrines de Marat et cellds de Babœuf, on ne parvenait pas toujours à s'enleUdre ; l'élément politique et l'éléfnent socialiste avaient ([uelquC i)cine à liiarchcr d'at-i'ord vers un but défini, et Vi^n s'aj(»iniiail polu' repreildrc l'élude de pr(>l)lèines dont la solution ne |)iirais>ail point facile a
276 LIDKAL REVOLlTloNNAlRH.
fKiinuler, dès (|uc l'on sorlail des mots vagues et des rôveries sans consistance.
Après léchauffourée odieuse et ridicule du mois de mai I8?,9, lorsque les fortes tètes du parti, sauvées de la î:uill(»tine par la clémence de Louis- Philippe, eurent Iniit Inisir pour méditer ;\ Doullens el au Mitul-Sainl-Miclu'I. les nouveaux chefs de la tribu révolutionnaire voulurent en linir avec toutes les hésitîUions. Us essayèrent de déterminer un programme dont l'application serait immédiatement faite au lendemain dune victoire. 11 s'agissait de rédiger la loi dont ils étaient les prophètes. Paris , très-surveillé . ne leur ollVait point un asiie sùi- où l'idi pût discuter eu paix ; ils se doutaient bien, du reste, (pie la police, invisible et muette, assistait à toutes leurs séances; ils se transportèrent alors à Londres, où, réunis à dillerents réfugiés, ils purent élaborer le code du monde nouveau.
Le rendez-vous était lixé au i novembre \H'MK On y fut exact, lue coinuiissinii fut nommée pour donner une forme déleiuiinée aux aspiratioii> de la •■ déinorralie ". el li' ra|)|)orteur |iiit lire son travail « à la Société «iénnxratiipu' fran- (.ai^e •>, dans la séance du \S novembre. Dette élurubration est intitulée: /{np/nnt sur hs mesures ù //rendre et les moyens à enijilnijer /mur mettre la France ilans une voie rcculutiinnuure, le lendemain
d'une insurrection victorieuse effectuée tlans son sein. Ce document a cela pour lui, qu'il est net et ne laisse place à aucune hésitation ; il ne s'enveloppe . pas de circonlocutions superflues, et dit hautement ce qu'il veut dire.
Dix-huit questions sont posées, auxquelles le rapporteur répond ; mais, dans une sorte de préambule, il est dit que les opinions émises sont « toutes marquées au coin du système communautaire » ; la communauté est « la participation de tous à tout, c'est-à-dire, participation de tous les hommes à l'éducation, au travail ou aux fonctions (pouvoir), et aux jouissances. » Ceci posé, (ui entre en matièi'e.
Dès que la révoluti(jn aura triomphé, on installera un gouvernement provisoire composé d'un triumvirat choisi parmi des hommes révolutionnaires ou de progrès qui auront les idées sociales les plus avancées ; ces hommes seront nommés « non pas par la grande majorité du peuple qui pourrait se tromper, mais par les auteurs de l'insurrection ». La direction imprimée à ce gouvernement devra être révolutionnaire, « et ici, dit le rapporteur, nous prendrons occasion de dire ce (pu! nous croyons qu'il faut entendre, par les mots révolu lion et révolutionnaire : révolution est, selon nous, application successive d'idées nouvelles au fait (rass(jcialion ou société ; révolutionnnire est ce
Î7S LIDKAL HKVOLUTlONNAIRi:.
qui réalise [5ar dos atlcs le priiuipo do révolution. )) La durée du gouverncmenl provisoire est limitée à racceptation. par les masses, des idées révr.lutionnairos et à lapplii aliun do rolles-oi. Litpininii publicjuo sera (liriiiôo par les clubs, les journaux, les théâtres et les fêtes. Les journaux et les théâtres devront « rhangor entièrement de nature ». On ne créera pas darméc révolutionnaire, car "le peuple armé et bien dirigé» suffira à toutes les éventualités. Le triumvirat. <( directoiu" do la nation », nomnu' à tous les emplois public^.
La dixième (juestion est ainsi conçue: « Ouels devnuit être les premiers actes du gouvernement jirovisoire? )> La réponse contient un aveu précieux : « \j} lendemain de l'insurrection, le peuple sera sur la place j)ubli(iuo. sans travail et sans |)ain. Le commerce ou ce (ju'on api)ello connnerce •»cra anéanti, ou au moins tout à fait arrêté. » I^* goM\crni'ment provisoire devra : I " laiio une \nncjamation pour rétablir la grande ch-vise: liberté, égalité, fralornilé ; i" décréter labitlilion de la monarchie et proclamer la républi(|uc ; .T décréter que tout homme a droit à l'exislenco ; suspendre l'exporlation des grains et s'eniparer de reux-ri ; t" décréter labolition dc> impôts >ur les drnrccs alinuMilaires, cl établir nu maxinnnn siu' les sus<litcs «lenrées ; W décréter dc> peint'*» au>>i
sévères que les circonstances le permettront, contre les individus qui chercheraient à émigrcr ; 6" nommer à la direction des ministères ; 7° changer les ambassadeurs près les cours étrangères ; 8° déclarer que la patrie est en danger ; « en un mot, remettre en avant le décret de Barrère » ; 9° réorganiser Tarméc ; 10'* réorganiser la garde nationale, dans laquelle seront admis seulement '( les individus qui auront lait preuve de civisme et ceux qui n'ont jamais fait opposition à la cause démocratique. » Une note, ajoutée un peu arbitrairement à cet article, dit que le gouvernement provisoire devra rédiger la Constitution et la faire accepter par les clubs, avawt de la présenter à la « Convention » future.
Les membres du gouvernement, à l'expiration de leurs pouvoirs, seront jugés par la représentation nationale. Tous les chefs de l'armée, jusqu'au grade de colonel inclusivement, seront mis à la retraite; toutes les croix, toutes les médailles, toutes les distinctions honoriiiques sont supprimées ; l'armée est commandée par des représentants du peuple, « La ]{épubli(iue devra immédiatement déclarer la guerre à tous les rois, renvoyer leurs ambassadeurs, » et fomenter l'insurrection dans tous les pays éli'angers. — Les récompenses fi accoi'der aux citoyens seront toutes morales.
L'organisation du travail est facile, et le procédé
préconisé est' ;\ rotenir. Le iroinornonient devra : «« i" Se faire, au prolilde la iialinii. premier manufacturier, directeur suprî^me de Ifules les industries ; 2° avoir une seule caisse et une seule direction pour elles (les industries) ; 3° comme moyen de circulation des produits, avoir des magasins où ils seront déposés et vendus ; i" créer des ateliers naliimaux (l\ »
Le système d'éducaliitu est péremploire ; l'enfant est retiré, dès l'àf^e de <in(i ans. à la tnlelle, à l'influence de son père et de sa mère ; le gouvernement seul se charge de lui « inculquer les bons principes » ; l'éducation devra être une, elk' sera appliquée à /o</s; « un père ne devra pas avoir le droit d'instruire ni d'élever son enfant ;\ sa guise, » car la génération, au lieu d'être dévouée, intelligente, régulière, « ne sérail (lu'un cnniposé (rélémeiits ([ui se chcKinciaicnt par leur liélénigénéilé. "
Ces élucubrations pédagogiques pouvaient paraître neuves ù (luehiues nigauds ignorants ; elles s<ml re|)endant ramassées hrihe à bribe dans le Cmle (le la unfittr de Morelly, dans les rêveries lioM\i''cs |)ariiii It's papiers di- S.iiiil-JuNt, cl siirloiil
(I) l.a ■U|i|ir<'iiiiiiin ilr>ii n(i<lioni nalionnux, cri*i«!i a|iH>ii In rt^volutlon de fnvrlpr, |)r<Mluiiiit li<« jnurn*«* cl<< juin IrtlH; In ■up|ir<><iKioi) <!•< In kiilili» n('ciirili<« nux >:nr<li<<i uniionniik nriix'» |Hiur la ilcr>*iiitf< (If l'nrio, |M<iiilniit In )("■'''■'•' <lc IHTit. n, fm iiiii> dos priti<'i|inli"< cau««a de l'Insurrcciluti ilu |H tiiAm.
dans le Contrai social., dans V Emile, dans le Discours sur î Economie politique, de J.-J. Rousseau, qui est le grand-père indirect et inconscient de tous ces saccageurs de société.
La liberté de la presse, que ces hommes invoquent toujours et imperturbablement lorsqu'ils ne sont pas au pouvoir, est traitée à peu près comme la liberté de l'enseignement : « Nous pensons que tout article de journal, toute brochure, tout livre ou tout pamphlet qui, par les idées qu'il contiendrait, tendrait à faire revenir à l'ancien ordre de choses, devrait causer la poursuite et la punition de son auteur comme contre-révolutionnaire (1). »
Nous arrivons enlin à la dix-huitième question, la dernière, qui est la question économique: « Quels seront les moyens à employer pour se procurer l'argent nécessaire à toutes les dépenses publiques?» Ici le résumé ne suffit pas, il faut citer textuellement : « Nous pensons que les meilleurs moyens seraient : l" une émission de papiermonnaie qui serait une représentation réelle ,
(1) Le programme relatif k la presse fut religieusement exécuté pendant la Commune; tous les journaux contraires, — non pas aux doctrines, il n'y en avait pas, — aux faits de violente liètise dont Paris eut alors à souffrir, furent sup[)rimés ; les écrivains qui, fort courageusement, luttèrent contri! les insanités brutales que nous eiimes à supporter, furent traipiés, poursuivis et réduits ;i chercher leur salut dans la fuite.
LIDKAL RKVOLUTU'NNAIUIJ.
soit «lu sul, suit lit' riiuluslrii' ; "l" une s(''(|iu'slralion des biens appartenant aux lamillcs des individns ayant participé aux actes ^duvornomentaux depuis 17i»3; 3^ la (•apitali>alinn de linipùt dans eerUiins cas ; -i" rabolilidii de Ihérédilé des fmtnnes en ligne collatérale , niènie au premier degré ; 5" lappnipriation par l'Ktal de la portion (quotiléi disponible dans les héritages en ligne directe; enlin, le rapport de tous les impôts qui j)onrront être appli(jués sans gêner le peujjle. Puis la nation pourrait compter au nombre des prolits à l'aire : .1." une immense dimimilion tics liaitemenls ciioiines di-s divers employés; li : l'abolition immédiate i-t entière de tontes les pensions et <U' tous les traitenjents alloués au clergé. ..;
Puis le rapporteur, parlant de son rapport, dit: « Limi)arlialilé et la franchise ont j)résidé à rémission des idées (|iril coulient. »
Ce rajjporl lut imprimé à Londres et di>tribué aux seilaires intéressés à l'étudier; ceux-ci comprirent (pic de telles ([ueslious exigeaient des mé(lilatit)ns approfonilies ; ils demandèrent h j-éllérhir, et l'on s'ajoiuiia h un an, au nn>is de septembre iKtO. pour |)rendre une décision déllnili\i' et éuietire un vote sou\eraiu. du fui lldèle au rende/.-\ous donné; ou discuta; rliaeun dut roriiiidcr sou opinion miilivéc ; les héritiers de
L'IDEAL REVOLUTIONXAIRK. :2S:i
Morey, de Pépin, de Fieschi, d'Alibaïul, de Meunier, les disciples de Blanqui, de Barbes s'éclairèrent mutuellement et firent une autopsie attentive du projet de la commission. Le vote fut favorable à l'unanimité , dans la séance du a septembre ISiO, les habitués des sociétés secrètes, réunis sous le titre de Société démocratique française, adoptèrent les conclusions du rapport.
C'a été et c'est encore le code révolutionnaire par excellence ; c'est rÉyangile des temps futurs ; c'est la condensation de toutes les idées qui tourmentaient la cervelle des régicides de 1835 et des révoltés de 1839; ce sont là les théories que l'on eût essayé d'appliquer si, l'attentat réussissant, la population indignée n'eût pas étouffé sur place toute tentative de soulèvement.
Ces idées ne sont point mortes et, à l'heure qu'il est, elles hantent plus d'un esprit troublé. Aux hommes qui souffrent de ce mal, fait de haine et d'envie, on peut répéter impunément la grande parole de Franklin : « Si quelqu'un vous dit qu'il est d'autres moyens pour s'enrichir que le travail et l'économie, vous pouvez lui répondre qu'il en a menti ; » ils ne l'admettront et ne la comprendront jamais. Les fauteurs de ces pensées de destructioa, ces échappés de la Société des Familles, de la Société des Kgalilaires, de la Société
- des Saisons, ont bien cm, au mois de fé^Ticr 18i8, que leur heure avait cnliii sonné. L'effort de Blanqui, au lendemain mc^me de la révolution, pour faire adopter le drapeau rouge, n'était quun premier essai vers la réalisation de ces théories extravagantes.
Ceux qui détenaient alors le pouvoir sortaient, pour la plupart, de l'ancienne Société des Droits de l'homme ; ils furent implacables pour les révolutionnaires socialistes qu'ils avaient côtoyés, parmi lesquels ils s'étaient fourvoyés jadis, au temps de la jeunesse, des conspirations et des émeutes. Depuis qu'ils étaient devenus les maîtres, ils reniaient leurs vieux complices, refusaient de partager avec eux et, terrifiés des périls qu'ils entrevoyaient, ils tendaient lamentablement leurs mains vers le parti conservateur si souvent outragé, et parlaient à leur tour de « l'hydre de l'anarchie », qu'ils avaient ternie en laisse et caressée pendant les dix-huit années du régne de Louis-Philippe.
Le parti sctcialiste et le parti pnljticiue, les sectaires des Saisons, les sectionnaires des Diojis de l'homme étaient maintenant des frères ennemis; il y eut des transfuges, et le premier conlldent de I*epin, celui " qui nc^ le détourna pas de son projet >', selon l'expression même du régicide, le docteur llecurl , vice-président de l'Assemblée
nationale, ministre des travaux publies, ministre (le l'intérieur, préfet de la Seine, repoussa de toutes ses forées ceux dont, jadis, il avait été au moins Tallié.
A la journée du 15 mai, les auteurs de la proclamation qui, le 28 juillet 1835, devait être adressée au peuple , avortèrent misérablement ; leurs adeptes nous valurent l'insurrection de Juin réprimée sans merci par le frère de celui auquel on avait demandé les fusils destinés h armer la machine infernale du boulevard du Temple , et qui, quatorze jours avant l'attentat, reçut les confidences de Morey. Entre ces deux partis, la lutte continua jusqu'au jour où l'empire imposa silence à toutes les voix, et regarda de près dans tous les conciliabules.
Dès que le droit de réunion est concédé, dès que la liberté de la presse est rétablie, on les retrouve côte î\ côte, s'étayant mutuellement, combattant le mauvais combat pour la mauvaise cause, la cause de juin i83!2, d'avril 183i, de juillet 1835, de mai 1839, de mai et de juin 1818. En s'étonnant de s'être haïs aux jours de la victoire, ils s'embrassent et, compi'cnant ({u'ils sont également vaincus, (ju'ils ont, par incapacité, perdu le pouvoir issu du coup de main de févriei', ils sont fraternellement d'accord dans la jjropagande révolulinnnaire et l'cipposilion sysléuiali(|ue. En pré-
■2m I/IDKAL RKVoLlTIoNNAIKi:.
scnre de l'ennemi qui s'avance à marches forcées sur Paris, ils font ensemble la poussée du 4 septembre. Les doctrinaires s'emparent du pouvoir, et immédiatement leurs amis de la veille, ceux qui se font lïloire, à cette heure, davoir dirifîé la Ouumuno, les attaciuent à outrance et sont bien près de triompher dans la soirée du M octobre 1S70.
Pour que ces hommes , ces descendants des émeutiers et des régicides d'autrelois. j)uissenl se hisser momentanément aux adaires. il lauî rciriiiidicnu'nt (le la l'rance, cl il tant suilnut. à la tète de notre i)auvrc j)ays, le lîouvernement le plus incapable (|ui lût jamais. La victoire du IS Mars reste une la<he ined'acable au fi'ont de la ville (|ui l'a supportée. Ce mardi-gras babouvisle dura deux mois, pendant les(|uels nos maîtres, — les mailres de Pai-is. — essayèrent dappliciuer le programme \olc à Londres le 11 septembre ISJO. L'Ame du vieux Morey et celle de Tieschi ont dil tressaillir d'aise dans les (ibamps-Klysées des assassins, et le fantôme de l'epin, de ce « patriote »» qui rêvait <le voir louh'r les tètes des ri<'hcs comme des tas de j^avés, a dû voltiger joyeusement au-dessus des mur^ de la Ho(iuelle. Deux mois pour faire piéxaloir le^ doclrines nouvelles, c'était bien peu , dans un temps où il l'allail s(> ddendre contre la Fiance (jui accourait, et mettre
LIDEAL REVOLUTIONNAIRE. JS7
Cil piali(iiic la théorie de « l'cgalilé des jouissances y>.
Si ces gorilles avaient réussi à imposer leurs sinistres billevesées, celles-ci eussent-elles satisfait les exigeants? Non : car derrière un parti violent, il y a toujours un parti plus violent encore ; au-delà d"Hébert, il y a Marat ; c'est comme dans les asiles d'aliénés : d'abord les demi-paisibles, puis les agités, enfin les fous furieux. Le programme, suffisant aux besoins de la Société des Saisons, eût paru faible et un peu décoloré au '( parti de l'action », qui déjà s'agitait derrière la Commune lorsque celle-ci s'écroula (ji.
Ceux qui ont profité de notre défaite pour s'insurger contre toute loi, ceux qui ont achevé de leurs propres mains l'œuvre de l'ennemi armé devant nos portes, ceux qui ont massacré les otages et brûlé Paris, ne peuvent désavouer ni Pépin, ni Morey, niFiesclii; ce sont là leurs pères spirituels. Ils les ont dépassés, il est vrai, mais cette noble émulation ne doit point leur permettre de les répudier ; ils sont bien de la inèiuc race et de la même famille. Si les héros de la Commune parviennent, — comme ils l'espèrent
(1) Dos la lin de 1793, l'itt, rGConiiaissant cette loi l'atale de toute insurrection, avait dit : " Quel que soit le ]i;irti (jui domine dans la révolution rran(;ai:>o. il sera tonjours reniiilact; imr un jdus violent. '.
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et comme cela est probable, — à installer légaleinenl leur irouvernenient au pétrole, si, mus par un sentiment de reconnaissance cher aux cceurs généreux pour les maîtres qui leur ont indiqué la voie où ils ont si glorieusement marché, ils veulent dresser un monument commémoratif des hauts faits de leurs prédécesseurs diiecls, ils feront bim d'ériger (pielques statues aux auteurs de l'attentat du is juillet is^o. En le faisant, ils houureiont leurs ancêtres, et ce sera justice.