LES RÉGICIDES
Volte-faco des journaux radicaux. — Déatifîcation do Morey. — La relit-'ioD du régicide. — Lettre de Marc Dufraisso. — Alibaud. — i)|>iniuD d'Armand Carrel. — Socii'lé ilfs fonuUrs. — L'auinistie. — Journaux clandestins. — Le Moniteur ré/>ublicain. — L'Homme libre. — La Sociélë des Saisons. — Organisation ingénieuse. — Meunier. — Darmès. — Quenisset. — Les iVouvelles Saisons. — La Société dissidente. — Triomphe motneutaué. — Qu'auraiout-ils fait s'ils eussent été les maîtres?
On se rappelle avec (luellos superbes expressions (le mépris les jduniaux de l'cipposilidu radieale avaient ré|)n(lié Iniile i)arlieipalii»n à Taltcnlal (lu iîX juillet, et par (|m'lles manienvres peu loyales ils avaient essayé d'en l'aire retomber la responsabilité sur le parti légitimiste. Cette belle ferveur ne fut pas «le longue durée; ils eontinuèrent, il est vrai, à maudire Fiesclii, unu point parce qu'il a\ait eonnnis d'éponvanlables asNas>iiiats, mais jjaree qu'il avait livré des eomplir(•^ (pii, trop babileuienl. a\. lient elicrché :\ nie débarras.scr de lui. l-'ie-M hi lui-nièun', du joud de
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sa prison, avait parfaitement compris que Ton n'hésiterait devant aucun moyen pour arrêter ses révélations, et, aussitôt après l'interrogatoire du I i septembre, il demande que Ton prenne certaines précautions à son égard, que l'on surveille spécialement sa nourriture , et que celle-ci ne lui soit apportée que par des hommes de confiance, car il craint d'être empoisonné.
Si Fieschi continua d'être pour les feuilles révolutionnaires « un monstre , un fanfaron , un sicaire, un bandit », il n'en fut pas de même de Pépin, ni surtout de Morey. Celui-ci devint une sorte de héros, et l'on procéda à son apothéose; ses cheveux, ses derniers vêtements, les cordes qui l'avaient lié à l'heure suprême, furent des reliques précieuses que l'on se partagea avec vénération. On se serait cru j^evenu aux litanies du temps de la Terreur: « Cœur de Jésus! cœur de Marat! » tout ce qui avait appartenu à cette brute obtuse et sanguinaire fut d'un prix inappréciable pour les patriotes; on allait en pèlerinage ;\ sa tombe, on y portait des fleurs et des immortelles enguirlandées de crêpe noir; quelques femmes « bien pensantes » y eurent des attaques de nerfs, comme autrefois les convulsionnaires sur le tombeau du diacre Paris.
Ce n'étaient point 1;\ de vaines simagrées destinées ;\ « lacpiiner le pduvoir » ; on était de
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bunne fui; une nouvelle religion va naître, celle du régicide, et elle aura ses adeptes. Le 23 février 1836, sept jours après rexécutitm tics assassins. Marc Dufraisse écrivait à st>n ami Augustin Gay, membre de la Socirtc dea Familh's, une lettre qui exprime nettement l'opinion radicale sur l'attentat Fiescbi et qui, à cet égard, ne doit pas être négligée :
<< Ouel rôle a donc joué cette presse poltronne et ignorante, dans le drame commencé le 58 juillet et dénoué d'une façon sanglante? QuA écrivain a osé (lualilier le fait du :ÎS juillet autrement (lUf par le nml d'attental? ICt ccix'udanl, jxiur quiconque a un peu de morale dans le cœur, un peu de f(»i dans lc> entrailles, il y a ([uekiue chose à dire... Ne fallait-il pas d'abord, abstraction faite de ses auteurs, cpii ("laii'iil alors ignorés, apprécier en lui-même l'acte du 'is juillet? Et ne pourrait-on pas dire : Le but de ce que vous appelez attentat était (le détruire !.uiii>-IMiilippe et les aînés de sa race? Louis-l'hili|)pe cX les aînés de sa race sont des contre-révoluti(uuiaires. Le premier devoir do rhonune est d'anéantir tout ce qui s'oppose au progrés, e'est-î'i-dirc h la révolution; donc le fait du >JS juillet avait une lin révolutionnaire, donc il était moral. Kl n'était-il pas facile d'asseoir sur ret argument une justiilcation aloolue de l'alteutiit. et di- le >anctiller par la raison, par le
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senliiîicnl et par la passion?... Fieschi est un infâme, parce que, après s'être fait sinistrement salarier d'une action qu'il ne comprenait pas, il a dénoncé ses complices... Pépin avait la conscience de l'œuvre qu'il méditait; s'il est coupable d'un crime, c'est d'avoir été lâche pendant les débats... Morey a été sublime d'un bout à l'autre du drame! Ce vieux prolétaire, concevant l'idée du régicide, faisant le plan de la machine qui doit exécuter son dessein, chargeant les canons, les ajustant; ce vieux travailleur, passant de son atelier où il gagne son pain, au lieu où doit s'accomplir son projet, toujours calme, toujours de sangfroid; ce vieillard, souffrant et infirme, soutenant les débats avec une imperturbable impassibilité^ entendant son arrêt de mort sans rien dire, ce vieux Morey a été sublime. 11 savait bien ce qu'il faisait et il ne s'est point démenti. Boireau n'avait pas conspiré par passion, mais par mode; il n'a plus eu de courage quand il en fallait, parce qu'on ne meurt pas par mode; il s'est laissé séduire ; ses révélations sur Pépin l'ont déshonoré ; il ne porte plus qu'une tète déshonorée. Un journaliste républicain devait représenter Pépin rachetant, à la fin , sa pusillanimité dans les débats par une mort ferme et courageuse ; Fieschi mourant en fanfaron comme il avait vécu avec forfanterie. Mais c'est encore sur le vieux Morey que
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j'aurais appelé ralliMition. Eh bienl cv[ héroïque vieiMard si sublime dans lacle qu'il prépara, si sublime dans le débat, si impassible au dernier moment, ce vieillard si Ixm, si généreux, de l'aveu môme de linfAme qui l'a fait périr; ce vieillard, si éloquent par son silence et sa continuelle taciturnité; ce vieillard est mort sans qu'aucune voix de la foule stujjide qui l'entourait lui ail lancé un mot de cons(tlalii)n, mi pjulot d'ailmiration, el pas un journal n'a fait l'oraison funèbre que ce beau caractère a méritée! Ah! mon ami, la tradition révolutionnaire est morte dans les cœurs ! le l)euplc n'a pas senti tout ce qu'il y avait de saint dans la mort de Morey; Je peuple a vu tomber cette tête blanche sans frémir! Le peuple a peulôlre applaudi! l-'est ainsi (|uc les juifs raillèrent le Christ sur la i-ioix ! (Jnand donc viendra le jour des réhabilitations? »
Est-ce donc 1;\ ro'uvre isolée d'un fanali(jue? Nullement; c'est uni' docliine (jiii >impose; c'est un mot d'ordre <|ui est écouté. Un journal qui passait j)our sérieux dit rpie Fieschi << n'était (pi'nn coupe -jarret de police égaré, on ne sait coninient, an milieu de passions (|u'il ne pouvait partager ». Ces théories se répandaient dans la partie révolutionnaire et niéconlcnle de la population ; rexallalion ties criuiincls i-ngendre nalnrclle- Niciil le crime. Le -J.» juin |H;i(i, moins dune année
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après l'attentat de 1835, Alibaud essaye de tuer le roi. On le glorifie et l'on parle du droit de Brutus contre César. Cette rhétorique de chiourme, ces lieux communs patibulaires, éveillent un écho dans des âmes qui auraient toujours dû les rejeter avec horreur. Armand Carrel lui-môme, cet écrivain hautain, dédaigneux et sévère, publie, neuf jours avant sa mort, un étrange article sur Alibaud dans le Xational du io juillet 1836. Il dit que Pépin et Morey ont été les victimes de Fieschi, et il ajoute : « Quant à ce Fieschi, qui a inspiré plus d'intérêt aux agents du gouvernement que ses deux coaccusés, c'est ajouter à sa dégradation que de lui refuser le titre d'assassin politique, o Cette morale de cour d'assises ne fut point de la semence perdue; elle fructifia: Meunier, Darmès, Quenisset, ^n ont donné la preuve.
Cependant la terreur que « les œillets rouges » avaient éprouvée après l'attentat de Fieschi, les angoisses sous lesquelles ils avaient vécu, s'attendant chacjue jour à des révélations ([ui p()u\aient les envoyer devant la cour des Pairs, avaient produit un bon résultat; la Société des Droits de l'homme s'était réellement dissoute, les sections étaient dispersées; le parti rcvoluliuiinaire exclusivement politique s'était relire de la lutte, autant par découragement que par impuissance, et il avait laissé le parti jacobino-socialisle la conti-
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niicr. (l'osl Cl' (jiK' Rarhî's. Hlan(|ui cl un corlain Lainicusscns avaionl ossayé de lairo en ciéanl la Société des Familles, bicnlùl découverte grâce aux dénonciations de Pépin. Ses chefs, compromis dans l'airaire des poudres de la rue de Lourcinc, avaient été condamnés à la prison, et y méditaient paisiblenuMil (luelqnes nouvelles organisalions secrètes.
Le mariai^e du duc d'Orléans cl de la princesse Hélène parut une occasinn iialuicilc di" diMuicr un témoignage d'indulgence à « ces hommes égarés, qu'un acte de clémence ramènerait certainemenl à des senlimenls meilleurs ». Une amnislic lut proclamée (|ui d-evait, selon certains niais, « ouvrir l'ère de la réconcilialion et de la Concorde universelles .. l.c premier soin des amnistiés l'ut de créer un jounial où ils purent, sansrontraiute, haver le llel qui les aigrissait. Les lois «le scplemhre n'avaient point élé abrogées; la presse était toujours « bâillonnée »>, comme l'on disait alors et ConuMc on l'a si souvent répété depuis; elles exigeaient i\v^ autoiisalions préalables, des cantiouncnicuts et autres lormalités restrictives (pu- l'on ne pou\ail éluder. (»n se résolut à publier un jomnal clandestin (pii serait distribué de la main à la main; ('e lut le Moniteur rrpithliniiii: le premier uunuMo porte «u'gueilleusfMitMil cl pnérilfMiciil I.i dair : ;t l'iim.iirc au