VIris ex&spéré. Lemerre, Paris
réforme accomplie par les symbolistes. Ils ne cherchent pas à enguirlander de fleurs rares des lieux communs classiques, mais à creuser à Fintérieur d'eux-mêmes, pour faire jaillir la source des émotions vraies et primordiales qui dort dans l'intime de notre être. Les réformes métriques n'ont pour objet que d'offrir un instrument lyrique capable de rendre, sans les cristalliser dans leurs modulations mouvementées, les accents flexibles de nos polyphonies psychiques. Les « jeunes » sont venus continuer, en l'aérant, notre, tradition infiniment perfectible.
L'Iris exaspéré nous aide à mieux saisir chez un poète original, influencé seulement par Pambiance de Fépoque et du moment, le passage inconscient du romantisme d'imagination au symbolisme intuitif. Rien que la lecture des titres est significative : L'assassinat du Silence ; Avoir bu les Etoiles ; L'Avril voulu; La béatitude des Pierres ; Le cœur du Temps ; LaLiine aveugle ; Les Tours douloureuses lé De plus en plus nous voyons Mithouard pro-
1. Trouver un titre représentatif est une qualité rare. Mithouard la possède à un degré incroyable. Aux exemples que je cite, puisés dans 17ri* exaspéré, il faut ajouter ceux des autres recueils, depuis le Récital mystique jusqu'au Traité de l'Occident. Mithouard affectionne les titres étranges et qui font image, comme Y Ane crépusculaire, \c Mari de la Forêt, etc. Il aime aussi les titres brefs qui vous entrent dans l'esprit au moyen d'un infinitif : Sonner le temps, Déchirer le ciel, etc.
mener son inspiration dans les « serres chaud <> » de la conscience et dans le verger intérieur de la vie.
Le cœur énamouré du poète est mort. On l'a enseveli sous un ciel solitaire, et à cette place se dresse désespérément un iris blême. La plante courroucée et folle d'avoir bu un sang vermeil, de s'être nourrie d'une fièvre mystique, de posséder en sa sève une âme éperdue, tente l'aventure de se hausser jusqu'au ciel sur sa tige frêle. En vain l'iris se tord, profère à tous les vents le cri de son parfum, se tend de tout son vouloir vers les étoiles, sa corolle retombe exténuée sur le sol. Mais, dans son désir exaspéré de faire choir l'azur, la fleur sanctifiée s'est nuancée d'une lueur d'azur. Cette pièce donne le ton du livre et contient toute l'essence du tempérament du poète en lutte avec lui-même, parti à la conquête de l'Infini. Un idéalisme subjectif s'enferme dans des symboles éclatants et montre en chaque aspect de la nature autant d'âmes passionnées.
Le ciel était de nuit, d'astres et de silence. Au fleuve alors, où l'onde agitait la semblance Des paysages et des univers en jeu, Je puisai l'eau frigide où frissonnait du feu : Toute l'immensité du ciel fut dans ma droite. Ma main pour de l'azur n'était pas trop étroite.
Je maniais l'abîme, la lune, les bois, Les soleils grelottaient de fièvre entre mes doigts. Et je trempai ma lèvre au ruisseau de leur flamme, Et je fis boire les étoiles à mon âme.
Je ne sais pas d'histoire plus tragique que celle d'une intelligence et d'un cœur cherchant leur repos suprême dans l'unité. Cet espoir perpétuellement trompé de concilier des contraires, Mithouard l'appelle encore les Impossibles Noces l. Heurt constaut de deux éléments qui ne peuvent se confondre, voilà de quoi vit cette cathédrale « double et contradictoire ». Deux âmes en présence hurlent sur les murs. Deux esprits, le triste et le rieur, édifient Péquilibre des voûtes de leur furieux choc. L'époux s'avance heureux, rêvant «c des ciels purs et légers, des climats doux », évoquant « l'impassible beauté du temple athénien debout sur la cité ». L'épouse vient lamentable, l'air dolent, l'âme éperdument souffrante ; et les deux êtres voudraient se joindre, arracher la tunique
Qui les vêt en dedans de la couleur du soi. Mais il leur faut subir Timmarcessible loi. Et chacune qui rit ou qui pleure de force Consomme, en existant, l'implacable divorce.