PREMIÈRE LEÇON
Le sermon lui-même est dans la prédication la chose principale : son sujet, son but ei l'esprit dans lequel on le prononce, Fonction de l'Esprit sur le prédicateur et l'action de l'Esprit sur l'auditeur sont infiniment plus importants qu'aucun détail extérieur. L'attitude et l'action sont relativement sans importance : cependant, comme, dans une Minerve la sandale elle-même doit être sculptée avec soin, les plus petites choses dans le service de Dieu doivent être faites avec un saint souci de la réussite. La vie se compose de petits événements et le succès y dépend souvent de l'attention qu'on donne a de petits détails. Préservons notre ministère des petites mouches qui font sentir mauvais les parfums et des petits renards qui dévastent les vignes. Il est certain que des maladresses sur un point aussi secondaire que l'attitude ont compromis plus d'un ministère. Le grand public s'arrête a de petites bizarreries dans la manière et le
fô l'attitude, les gestes, l'action
geste, que les gens de sens s'efForcent de ne pas voir ; de fait la majorité des auditeurs ne prend garde qu'à ces misères, surtout ceux qui sont venus dans de mauvaises dispositions. Vous ne tenez pas à émousser vous-mêmes vos flèches ou a les faire vous-mêmes dévier du but : puisque ces détails de geste, d'attitude, d action, peuvent avoir ce résultat fâcheux d'annihiler vos efforts, vous y consacrerez une sérieuse attention .
Il 3- a des exemples de puissance dans la prédication, malgré un débit défectueux. Il vaudrait mieux que cette lacune n'existât pas. Des pommes d'or ne sont-elles pas encore plus charmantes quand les corbeilles où elles reposent, sont d'argenr? Pourquoi un prédicateur puissant devrait-il rouler de gros yeux et se dandiner alternativement sur chaque jambe, comme le fait un des meilleurs orateurs actuels de Boston r
Certes une action correcte n'est pas indispensable au succès. Homère ne paraît pas avoir considéré l'absence de gestes comme un défaut chez un orateur consommé, car il représente un de ses plus grands héros s'abstenant de tout geste en parlant ; il prête, il est vrai, aux auditeurs, une impression détonne-
ment et de mécontentement, tandis qu'ils écoutent Ulysse :
« Mais quand se leva Ulysse, à la pensée profonde, — il fixa sur le sol son regard modeste; — on l'eût pris pour un homme sans esprit ou muet; — il ne tint point sa tête levée et n'étendit point sa main royale. — Mais dès qu'il parla, quel discours coula de ses lèvres! — Doucement, comme les flocons de la neige tombante, — tombe sa parole abondante, avec aisance et art; — elle fond en tombant et pénètre le cœur! — Nous écoutons surpris, et, perdus dans notre étonnement, — nous laissons nos oreilles réfuter les critiques de nos yeux. »
Une grande sobriété dans l'action peut accompagner une grande force dans l'éloquence. Notre admirable Robert Hall n'avait point d'action oratoire; il restait a peu près immobile dans sa chaire ; de temps en temps seulement il levait ou étendait la main droite, et dans ses moments les plus véhéments il s'avançait, puis reculait.
Mais s'il n'importe guère pour vous d'arriver a l'action oratoire idéale, il vous importe par-dessus tout d'arriver'à vous défaire d'une action oratoire fautive. Il vaudrait mieux pour vous d'être réduits à l'état de momies impassibles, que d'être des incarnations remuantes et même véhémentes du grotesque, comme quelques-uns de nos fi'ères le sont devenus. Ils ont
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peu à peu anéanti la force de leur prédication en s'enfonçant toujours plus dans le bourbier âQlcurmaniéris7ne. Personne ne se soucie de les avertir de leurs façons drolatiques; ils ne s'en doutent pas; je suis étonné que leurs femmes ne les contrefassent pas en particulier pour les en délivrer. J'ai connu un frère qui, d'abord, a prêché très convenablement; puis, graduellement, il s'est mis à parler du nez, à se tordre la bouche, à se tenir d'une manière singulière. Il a pu devenir un homme estimable, mais il s'est rendu impossible à entendre; d'excellents chrétiens disaient qu'ils ne savaient s'ils devaient l'ire ou pleurer quand il prêchait : l'ire de ses grimaces ou pleurera ses appels touchants, que contrecarraient ses contorsions ridicules.
Si vous ne tenez pas à arriver à la perfection dans l'action, soyez au moins assez avisés pour vous débarrasser de ce qui est grotesque ou affecté. Il 3^ a des degrés entre le petit-maître, qui frise et parfume ses cheveux et le rustre, qui les porte en crinière ou en broussailles. Je ne vous conseille pas d'étudier vos postures devant la glace, ni d'imiter le prédicateur à la mode, ni de singer les beaux messieurs, mais il n'y a pas besoin d'autre part que vous soyez vulgaires ou
baroques. Quoique en haillons un homme est un homme encore. Cependant vous n'irez pas vous affubler de haillons, si vous pouvez vous donner des vêtements convenables : ne donnez donc pas à la vérité un air débraillé, quand vous pouvez rhabiller en reine.
Quelques-uns sont naturellement très gauches de leurs personnes et de leurs mouvements. Cela tient a leur éducation L'homme des champs aie port lourd et le pas traînant. On voit que son habitat naturel est le sol labouré. Sur le pavé ou sur un tapis, il ne sait comment poser le pied: en descendant une côte boueuse avec, sur chaque botte, la charge de terre d'une mule, il marche avec aisance, sinon avec élégance. Il y a des gens dont la nature est faite de massiveté. Vous n'en feriez pas des élégants, quand même vous les broieriez dans un mortier avec un pilon parmi des grains de froment. Le sergent instructeur est des plus utiles dans nos écoles, et les parents qui pensent que l'exercice militaire est une perte de temps , se trompent fort. Rien ne remplace l'exercice, intelligem.ment fait, pour donner au corps de la grâce et de Taisance. Cela enseigne à effacer les épaules, à ne pasiDalancer les bras a perte de vue; cela élargit la
poitrine, apprend à savoir que faire de ses mains, en un inot, à marcher droit, à se tenir bien, sans y tâcher, ce qui trahit toujours l'impuissance d'y parvenir. Des gens d'un spirituaHsme subhme vont penser que je baguenaude. Point. J'espère que le jour viendra où l'on considérera comme une partie capitale de l'éducation d'enseigner à un jeune homme à se tenir et à se mouvoir sans gaucherie.
Il se peut que l'impropriété des gestes vienne de la faiblesse de l'organe vocal et du sentiment nerveux de cette faiblesse. La modestie engendre la défiance de soi, laquelle à son tour entrave l'action, donne de l'hésitation à la parole, la gène. Feu le D*" James Hamilton n'avait guère son pareil pour la distinction des idées, l'heureux choix des mots, l'abondance des images originales, la ferveur évangélique. Mais il n'avait que peu de voix, et il ne parvenait pas à en régler l'émission. Il le savait; il se dressait sur la pointe des pieds et lançait ses mots à pleine bouche comme pour les faire mieux arriver au fond de l'église. C'était extrêmement pénible à voir. « Si, dit son biographe, les muscles de sa poitrine lui avaient permis de rester bien solidement campé, pendant que
ses lèvres auraient articulé les mots sans devoir recourir aux provisions d"air de poumons distendus, James Hamilton aurait certainement attiré de plus
g-randes foules Cette épine lui fut laissée dans la
chair, malgré ses prières et ses efforts Il ne put
mettre en valeur quelques-uns de ses plus beaux dons. Celui qui l'en empêcha, en sait le motif. Il fait bien ce qu'il fait. » Je pense de même, mais je serais marri qu'un jeune homme, a.tteint d'une infirmité de ce genre, en prit son parti en disant : •' C'est le Seigneur qui Ta voulu. » Le D"" Hamilton ne raisonna pas ainsi. Il essaya et essaya encore de combattre son m.al, et il n'abandonna la partie, il ne cessa de prendre des leçons de diction, que lorsqu'il lui devint tout à fait évident qu'il avait affaire à une infirmité physique inguérissable.
Lorsque nous constatons chez un frère des défauts qui paraissent inévitables, n'y prenons pas trop garde, et félicitons -le des résultats auxquels il arrive dans des circonstances défavorables ; soyons heureux de ce triomphe de l'esprit sur la matière. Il est beau pour un prédicateur de faire oublier un extérieur peu attrayant par la richesse de la pensée et le bonheur de l'expression. Pour ce qui nous concerne nous-
mêmes, 503-005 décidés à vaincie nos défauts ; ce n'est point une tâche irréalisable. L'exemple d'Edward Irving est là pour prouver jusqu'où un homme peut réussir en ce sens; il était à l'origine embarrassé, peu naturel, gourmé; après une étude incessante, il en vint à donner à son éloquence, par son attitude et son action, un relief extraordinaire.
Les chaires sont une cause essentielle de la gaucherie des prédicateurs. C'est une horrible invention que les chaires. Si nous pouvions les supprimer un jour, nous aurions le droit d'en dire alors ce que Josué dit de Jéricho : « Maudit soit celui qui rebâtira ce Jéricho ! » car la chaire vieux-modèle a été une plus grande malédiction qu'il n'}" paraît à première vue. Aucun avocat ne voudrait s'enfouir dans une chaire pour plaider. Comment pourrait-il se flatter d'arriver à quelque bon résultat, en étant enseveli vivant, à peu prés jusqu'aux épaules? Qu'elle est digne, qu'elle est dominatrice l'attitude dans laquelle on représente ordinairement Chr3-50stôme !
Cette posture si naturelle est bien plus en rapport avec la vérité prèchée que celle d'un homme presque enfoui dans un manuscrit, et, quand il lui arrive d'en
sortir, ne montrant que sa tète et ses épaules, ce Si un