‹ L'aube du théâtre romantiqueChapitre 10 sur 55 · GRIGRI · texte numérisé non relu

GRIGRI

La thèse va changer.

Pour qu'il soit ton égal, je le fais boulanger.

GUEUSARD

Eh bien! soit... au canon.

GHAUDCHAUD.

A l'épingle.

GUEUSARD

l'aiguille.

GHAUDCHAUD.

A pied.

GUEUSARD

Gomme à cheval.

TOUS DEUX, ensemble.

Il faut que je l'étrille.

Au troisième tableau^ la Lorraine échange des confidences avec Turlure, qui lui dit aii sujet de Saint-Pétrin :

Il aime une tigresse à nulle autre pareille.

LA LORRAINE

Gela n'est pas, cousin, si sûr que de l'oseille.

TURLURE.

Vous souvient-il qu'un soir, non, c'était à midi.

Nous fûmes au Jardin des Plantes, un jeudi,

Que Ghaudchaud, près de vous, blanc comme une carafe,

Tout en vous admirant, oubliait la girafe,

Pendant que votre époux étudiait les cerfs.

Vous pensâtes avoir une crise de nerfs.

Nous touchons à la scène tragique. Gueusard dicte la lettre :

(( To\is les gens de la clique Doivent se réunir, ce soir, dans la boutique.

Quand minuit sonneront. Venez donc, à ce soir !

De bonne heure surtout... Le mien est de vous voir. »

La Lorraine se révolte, scandalisée :

Plus souvent que jamais je consente A risquer comme ça des mots à double entente.

Gueusard lui montre un encrier. Que contient-il?

De l'encre apparemment.

GUEUSARD

Non, de la mort aux rats.

Il faut, sans hésiter, choisir de ces deux choses : ' Ecrire, si tu veux, ou boire, si tu l'oses.

Elle résiste encore. Il la pince et la repince avec violence :

Aïe! aïe! aie! il me pince.

Vous n'avez pas, Gueusard, des manières de prince.

gueusard, la pinçant de nouveau.

Écris...

LA LORRAINE

Ah! finissez, je cède à mes devoirs.

Je ne crains pas la mort, mais je crains les bras noirs.

GUEUSARD, dictant.

Mettez huit t'ois : « Je t'aime. »

Ajoutez : « Je t'attends, ma chambre est au sixième. »

Puis l'adresse, ainsi libellée : « A Ghaudchaud Saint-Pétrin, boulanger aspirant. »

Au quatrième tableau. Ghaudchaud s'apprête à rejoindre la dame de ses pensées, mais il songe à sa mère, qui est portière et qui va s'alarmer. Turlure a évoqué cette attendrissante image :

Ses yeux se cloront-ils sur le mol édredon Quand elle attend son fils pour tirer le cordon?

GHAUDCHAUD.

Si je ne reviens pas, en signe de tendresse. Porte-lui ce cheveu, pour s'en faire une tresse.

Il s'arrache un cheveu.

Enfin, voici la dernière scène, chez la Lorraine. C'est la grande extase, avant le suprême émoi. Ecoutez leurs aveux alternés :

CHAUDCHAUD.

De ta bouche un seid mot, de tes yeux une œillade, Et je me laisse après mettre eu capilotade.

LA LORRAINE

Je brave les caucans, je brave les potins,

Je jette mon bonnet par dessus les moulins.

Oui, je t'aime ! je t'aime, et je t'aime, et je t'aime.

On entend un terrible fracas. C'est l'arrivée de Gueusard, et Ghaudchaud s'écrie avec angoisse :

iVuriez-vous une armoire?

Un tiroir de conmiode, une pièce bien noire? D'un petit cabinet, ah! j'aurais grand besoin.

Et, en aparté, ce mot d'adieu malcontent :

Recevoir un amant, quand on loge au sixième!

Il disparaît. Tout à coup, le trou du souffleur se lève, et Chaudchaud, nouveau Lazare, lance au public cet appel final :

De faire en bas le mort je me suis fatigué. Et je reviens vivant pour que ce soit plus gai. Mesdames et Messieurs, cette pièce est morale. Elle prouve aujourd'hui, sans faire de scandale, Que chez un jeune amant, lorsque l'on va le soir, On peut oublier tout, excepté son mouchoir.

Avec une forte dose de gauloiserie, mais qui n'est pas exempte d'ironie malicieuse, Cricri et ses Mitrons marque les invraisemblances, les singularités, les enfantillages et les solennités tonitruantes di Henri III . En quelques vers, Chaudchaud et Cricri ont tout dit contre l'œuvre et le genre :

La pièce est historique?

— Ah i-c'est^une autre histoire.

— Et comment sont les vers?

— On les a faits en prose.

— C'est donc un mélodrame alors?

— Pas autre chose.

Sous couleur de parodie, voilà de très judicieuse critique littéraire. C'est la vérité mise en boutades.

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