‹ L'aube du théâtre romantiqueChapitre 31 sur 55 · EVE · texte numérisé non relu

EVE

Salut, miracle de beauté, Toujours beau, de quelque côté

Que l'œil surpris t'admire.

En toi, d'un roi brille et respire

La majesté.

Vu de face, ou vu de profil, Quel attribut te manque- t-il

Pour le suprême empire?

Un feu subtil M'enflamme à ton aspect viril.

ADAM

Objet par ma côte anobli, 0 toi, de mon être accompli

Secondaire modèle, Moitié presque aussi Jjelle!

Eve, nourrie de la pure moelle classique, dit à sa fille Thyrza qui, étant à peine dans son cinquante-cinquième printemps, a le cœur infiniment tendre : « Trêve à tes sottises lugubres ; ou tu deviendras la mère des espèces larmoyantes ; le romantisme naîtra de toi, je t'en préviens. »

Pareil conilit intellectuel entre Adam et Abel, qui ne parlent pas la même laniîue et ne sont point de la même école. Le père est un gros bourgeois du grand siècle^ le lils un bousingot sentimental, qui s'écrie quand on lui propose en mariage sa sœur Thyrza, l'éternelle fiancée presque sexagénaire :

Infortuné-né que je suis ! Les grandes idéalités que j'avais conçues d'un nœud entre les êtres, nœud contracté par l'amour, par ce sentiment divin et riche d'espérances, me portaient à interroger le vœu de mon âme et de l'àme la plus conforme à la mienne ; je consultais ce moi intime qui aspire à se joindre à un autre moi futur, tendant à s'attacher à lui, si indissolublement que l'un et l'autre moi ne fissent plus qu'une seule et identique essence.

ADAM

Qu'est-ce qu'il bredouille ?

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